L’UE s’interroge sur la place du gaz dans son avenir énergétique

Le gaz serait appelé à jouer un rôle, même essentiel, pour les dix prochaines années au moins, selon l’Institut français des relations internationales.
Photo: Tobias Schwarz Agence France-Presse Le gaz serait appelé à jouer un rôle, même essentiel, pour les dix prochaines années au moins, selon l’Institut français des relations internationales.

Très dépendante du gaz, qui représente un quart de sa consommation d’énergie et qu’elle importe abondamment, l’Union européenne est confrontée à un dilemme sur la place de cette source d’énergie fossile dans sa politique climatique ambitieuse.

Le débat a rebondi dans la bulle européenne cet été avec la volonté de la Banque européenne d’investissement (BEI) d’écarter à l’avenir le financement de projets liés aux énergies fossiles, y compris le gaz — la décision finale à ce sujet est attendue jeudi. Puis avec la publication la semaine passée de la liste des « projets d’intérêt commun » (PIC). Il s’agit de projets d’infrastructure transfrontalière reliant les systèmes énergétiques des États membres de l’UE, dont l’un des buts affichés est de soutenir les objectifs climat de l’UE et la décarbonation à long terme de son économie. La liste compte une trentaine de projets gaziers (sur un total de 151), qui bénéficient de procédures simplifiées et du droit de demander un financement européen.

« Absolument ridicule, considère Colin Roche, de l’ONG Friends of the Earth. Les entreprises vendent l’idée que le gaz est une énergie de transition. Mais au final, il faut être 100 % énergie renouvelable », dit-il. L’ONG voit dans la politique de l’exécutif européen une dichotomie fondamentale : comment à la fois apporter son soutien à des projets basés sur une énergie fossile et prôner la neutralité carbone d’ici 2050 ? La future Commission emmenée par Ursula von der Leyen « a des ambitions pour une Europe neutre en carbone, mais travaille toujours avec une vieille politique énergétique », déplore Colin Roche.

Diversification et transition

La Commission de son côté a souligné « une tendance clairement à la baisse pour le financement d’infrastructures gazières, en faveur de l’électricité notamment ». « Nous avons été clairs et transparents sur le besoin d’avoir recours au gaz dans le bouquet énergétique de l’UE. Nous nous concentrons sur la diversification ainsi que la transition vers des énergies plus propres, et le gaz va certainement jouer un rôle encore quelque temps », a expliqué une porte-parole, Anna-Kaisa Itkonen.

Le gaz est souvent présenté comme la plus « propre » des énergies fossiles : il émet par exemple 40 % moins de CO2 que le charbon. La Commission voit la part de gaz naturel dans la consommation d’énergie de l’UE atteindre encore 20 % en 2030, et d’ici 2050 reculer à 7-9 % dans un scénario de réduction de 80 % des émissions de gaz à effet de serre, 3-4 % dans des prévisions plus ambitieuses.

Le gaz « est appelé à jouer un rôle, même essentiel, pour les dix prochaines années au moins », estime Carole Mathieu, responsable des politiques européennes au sein du Centre énergie et climat de l’Institut français des relations internationales (IFRI). « En revanche, dès qu’on se projette au-delà de 2030, et surtout dès qu’on envisage la neutralité carbone à 2050, on est face à des choix plus radicaux, explique la chercheuse à l’AFP. Et, en général, les énergies fossiles n’ont plus leur place dans les scénarios. »

Or les PIC sont des projets d’infrastructures à long terme, et il est difficile d’imaginer qu’elles ne seraient opérationnelles qu’une dizaine d’années. « Il y a un gain environnemental certainement à court et moyen termes, mais à long terme il faut prévoir leur déclin ou alors considérer soit des techniques de captage et de stockage de CO2, soit le verdissement du gaz », à savoir un déploiement du biogaz, de l’hydrogène, pour l’instant plutôt au stade de la recherche-développement, prévient Mme Mathieu.

En juillet, la BEI a préconisé de ne plus investir dans les projets liés aux énergies fossiles, y compris le gaz. Un projet accueilli prudemment par les États membres. « On ne peut pas exclure qu’un certain nombre de pays, comme l’Allemagne, ait besoin de façon temporaire de développer un peu plus de gaz ou de cogénération, des centrales très performantes pour faciliter la sortie du charbon sans compromettre la sécurité de l’approvisionnement », note Carole Mathieu. Idem en Belgique qui se tourne vers le gaz pour accompagner sa sortie du nucléaire.

Un compromis au niveau de la BEI pourrait être de définir des critères d’émissions pour les investissements, avance Carole Mathieu : elle « ne financerait que les centrales à gaz les plus performantes ».