La situation se complique pour SEMAFO après l’attaque survenue au Burkina Faso

SEMAFO n’est pas la seule entreprise canadienne ciblée par des attentats au Burkina Faso.
Photo: Semafo SEMAFO n’est pas la seule entreprise canadienne ciblée par des attentats au Burkina Faso.

Le producteur d’or québécois SEMAFO ignore toujours quand il pourra redémarrer les activités de sa mine de Boungou, au Burkina Faso, à la suite de l’attaque meurtrière survenue la semaine dernière sur une route menant aux installations.

Alors qu’elle a commencé à transporter des gens par hélicoptère depuis le site au cours de la fin de semaine, l’entreprise a indiqué lundi que 39 personnes avaient perdu la vie mercredi dernier lorsqu’un convoi de cinq autobus escorté par des militaires est tombé dans une embuscade.

Au total, 241 employés, entrepreneurs et fournisseurs se sont retrouvés au coeur de cette attaque.

Au moins 60 personnes ont par ailleurs été blessées, une autre manque à l’appel et 141 personnes ont été retrouvées.

« Il faudra du temps pour évaluer le nouveau contexte opérationnel et pour déterminer comment nous serons en mesure d’exploiter nos mines de manière sécuritaire au Burkina Faso », a souligné SEMAFO, dans un communiqué où elle confirme que les activités de la mine de Boungou resteront suspendues, sans toutefois fournir d’échéancier.

C’est un endroit dangereux. Même si l’on améliore la sécurité, la menace d’attaques demeurera importante au cours des prochaines semaines et des prochains mois.

Entre-temps, à la Bourse de Toronto, le titre du producteur aurifère a poursuivi sa dégringolade, lundi, en abandonnant 16,8  %, ou 53 cents, pour clôturer à 2,63 $. Depuis l’attaque, le titre a perdu environ 33 % de sa valeur.

La mine de Boungou avait été inaugurée en 2018.

Le président et chef de la direction de SEMAFO, Benoit Desormeaux, se trouve au Burkina Faso en compagnie d’autres membres de la haute direction de la société pour « s’assurer que tous ceux qui sont affectés reçoivent le soutien dont ils ont besoin ».

« Notre priorité reste toujours leur sûreté, leur sécurité et leur bien-être », a souligné M. Desormeaux, dans le communiqué.

Établie à Montréal, SEMAFO, qui compte 1200 salariés, dont 85 expatriés, à ses sites de Mana et Boungou, avait déjà été confrontée à des enjeux de sécurité dans le passé sur des routes menant à ses installations. On ignorait toujours, lundi, si les activités se poursuivaient à la mine de Mana. Lundi avant-midi, SEMAFO n’avait pas répondu aux questions envoyées par La Presse canadienne.

Depuis la semaine dernière, la société publie des communiqués, mais n’a répondu à aucune question.

Affaires mondiales Canada avait affirmé, la semaine passée, que rien n’indiquait que des citoyens canadiens aient été « affectés par l’incident ». Ottawa n’avait toutefois pas répondu à une demande de mise à jour, lundi, en fin d’après-midi.

Plusieurs questions

L’attentat n’a toujours pas été revendiqué, mais le bilan élevé et le choix de prendre pour cible une entreprise étrangère donnent à penser que les auteurs sont des djihadistes bien armés.

Pour Charles Dumbrille, chef du risque chez IN-D-TEL, une firme canadienne de consultants, il est difficile de dire quand SEMAFO décidera de relancer les activités de sa mine.

« C’est un endroit dangereux, a-t-il expliqué au cours d’un entretien téléphonique. Même si l’on améliore la sécurité, la menace d’attaques demeurera importante au cours des prochaines semaines et des prochains mois. »

M. Dumbrille est également président du Mining Security Working Group, qui se spécialise notamment dans les questions de sécurité pour les sociétés minières.

Celui-ci s’est étonné de constater que le convoi attaqué alors qu’il se rendait à la mine de Boungou comptait cinq autobus. « Cela est une cible importante, a souligné M. Dumbrille. Un convoi moins imposant est moins attrayant pour une potentielle attaque. »

Les activités minières ont été ciblées par des hommes armés dans le passé. En août 2018, un employé de SEMAFO et un sous-traitant ont été tués dans l’attaque d’un autobus transportant des travailleurs.

Quelques jours auparavant, cinq policiers et un employé avaient été tués lors d’une autre attaque.

SEMAFO n’est pas la seule entreprise canadienne ciblée par des attentats au Burkina Faso. En janvier dernier, Kirk Woodman, qui travaillait pour Progress Minerals, de Vancouver, a été retrouvé mort après avoir été enlevé dans ce pays.