Prévisions de croissance en baisse en Allemagne pour 2020

L’Allemagne se rapproche pour la première fois en neuf ans d’une récession, à savoir deux trimestres consécutifs de baisse du PIB. Sur la photo, le palais du Reichstag, siège du parlement allemand, à Berlin. 
Photo: Steffi Loos Agence France-Presse L’Allemagne se rapproche pour la première fois en neuf ans d’une récession, à savoir deux trimestres consécutifs de baisse du PIB. Sur la photo, le palais du Reichstag, siège du parlement allemand, à Berlin. 

Le gouvernement allemand a revu jeudi à la baisse sa prévision de croissance pour l’an prochain et, s’il refuse encore de parler de « crise », ouvre la porte à des mesures de soutien, exigées de plus en plus par ses partenaires.

Pour 2020, le ministère de l’Économie ne pronostique plus qu’un modeste 1 % de croissance, au lieu du 1,5 % encore espéré au printemps dernier dans la première économie européenne.

C’est encore moins que ce qu’a prédit mardi le Fonds monétaire international (FMI), soit 1,2 %, et ce chiffre est historiquement très faible comparé aux 2,2 % de 2017 ou au 1,4 % de l’an dernier.

De modèle, l’Allemagne est devenue « l’enfant à problème » de l’économie mondiale, écrit jeudi le quotidien Süddeutsche Zeitung. Italie mise à part, aucun pays industrialisé ne devrait connaître une croissance aussi faible l’an prochain.

« Si les perspectives sont actuellement en demi-teinte, il n’y a aucune menace de crise de conjoncture », a voulu rassurer le ministre de l’Économie, Peter Altmaier.

Une manière de signifier que l’heure n’est pas encore pour Berlin à un grand plan de relance par l’emprunt, en dépit des appels de ses partenaires en ce sens.

Politique de croissance

Mais, dans le même temps, le ministre a dit que l’heure était venue « de se retrousser les manches ».

« Nous avons besoin à présent d’une politique de croissance », a-t-il dit, qui doit passer par des « allégements d’impôt et une « réduction de la bureaucratie ». Le ministre a aussi parlé d’investissements dans les technologies du futur », un sujet déjà évoqué dans le cadre du plan climat du gouvernement.

1 %
C’est la croissance qui est maintenant prévue par le ministère de l’Économie en Allemagne pour 2020, au lieu du 1,5 % encore espéré au printemps dernier.  

Le temps commence à presser. L’Allemagne se rapproche pour la première fois en neuf ans d’une récession, à savoir deux trimestres consécutifs de baisse du PIB.

Le recul déjà observé de 0,1 % au deuxième trimestre devrait être suivi par une nouvelle contraction au troisième, selon la Bundesbank.

Ce coup de frein marque la fin d’une décennie dorée pour le pays après la crise de 2008, avec une forte croissance nourrie par les exportations et une solide demande intérieure.

Mais les conflits commerciaux engagés par Washington, les difficultés du secteur automobile allemand à cause du scandale des moteurs diesel comme les incertitudes liées au Brexit, sont en train de transformer le pilier de la croissance allemande — les exportations — en talon d’Achille.

Les plans de licenciements dans l’industrie se multiplient depuis plusieurs mois, le rythme des créations d’emplois ralentit, et plusieurs signaux économiques sont à l’orange ou au rouge.

Arrêt de la rigueur

Ce contexte morose nourrit depuis plusieurs mois un débat sur un possible arrêt de la rigueur budgétaire allemande que symbolise la politique du gouvernement Angela Merkel du « zéro endettement » — et l’opportunité pour le pays de dépenser plus pour stimuler la conjoncture. D’autant que les caisses publiques sont pleines et ont des excédents budgétaires depuis des années.

« Nous devons discuter intensivement du “zéro endettement” avec nos partenaires allemands », a mis en garde il y a une semaine le ministre français de l’Économie, Bruno Le Maire, dans une interview au quotidien allemand Die Welt.

« Les pays qui peuvent se le permettre devraient investir davantage et utiliser leur marge de manoeuvre budgétaire pour alimenter la croissance dans l’ensemble de la zone euro », a-t-il plaidé.

Même son de cloche de la part du FMI. Il a recommandé mardi une fois de plus à l’Allemagne d’investir davantage dans les infrastructures et l’éducation, étant « donné ses marges de manoeuvre budgétaires ».