Les élections les plus importantes pour le Canada se tiendront en 2020

Fortement dépendante du commerce international, l'économie canadienne a été durement secouée par les incessants coups de force et changements de cap du président américain, Donald Trump.
Photo: Jonathan Hayward La Presse canadienne Fortement dépendante du commerce international, l'économie canadienne a été durement secouée par les incessants coups de force et changements de cap du président américain, Donald Trump.

Les élections canadiennes se tiendront à un moment où l’économie se porte relativement bien, dans les circonstances. Le vote à venir aura probablement un effet modeste sur la suite des choses, du moins celui qui se tiendra de ce côté-ci de la frontière.

Il est largement admis que les facteurs économiques pèsent lourd dans l’appui populaire aux gouvernements et dans leurs chances de se faire réélire. Pourtant, il devrait tout aussi être de notoriété publique que les gouvernements ont généralement peu d’influence sur le cours des choses en ce domaine. Du moins à court terme. Et particulièrement dans les petites économies ouvertes sur le monde, comme le Canada.

Bien que les dernières défaites des gouvernements sortants au Québec, en Ontario et en Colombie-Britannique devraient nous inciter à relativiser l’influence de la conjoncture économique sur le verdict des urnes, l’actuel contexte devrait, selon cette théorie, être plutôt favorable à l’élection du gouvernement de Justin Trudeau à Ottawa.

Si la croissance au dernier trimestre de l’économie canadienne de 1,6 % en 12 mois n’avait rien de spectaculaire par rapport notamment aux États-Unis (2,3 %), elle se comparait malgré tout avantageusement à celles du Japon (0,8 %), de l’Australie (1,4 %), du Royaume-Uni (1,2 %), de l’Allemagne (0,4 %) ou de l’ensemble de la zone euro (1,2 %). Quant au taux de chômage (5,7 %), il se maintenait en août tout près de son plancher record des 40 dernières années, ce qui n’est pas étranger à l’augmentation du salaire horaire moyen de 3,7 % en un an. Depuis les dernières élections, il s’est ainsi créé 1,2 million d’emplois, dont 300 000 seulement depuis le début de l’année.

Comme le Canada est un pays étendu et diversifié, ce portrait global n’est pas sans gommer d’importantes différences entre, par exemple, le Québec, qui fait office de premier de classe avec 4,7 % de chômage, et l’Alberta (7,2 %), qui est plombée par son industrie pétrolière.

Le portrait se révèle aussi plutôt positif sur le front des finances publiques en dépit de la promesse non tenue du gouvernement Trudeau d’équilibrer son budget avant la fin de son mandat et alors que ses déficits avoisinent toujours les 20 milliards par année. C’est que, en proportion de la taille de l’économie, non seulement le poids relatif de la dette accumulée (31 %) est le plus bas de tous les pays du G7, mais, contrairement à la plupart d’entre eux, dont les États-Unis (près de 100 % du PIB pour le gouvernement fédéral seulement), il n’a pas cessé de diminuer depuis la sortie de la crise.

L’ouragan Donald

L’économie canadienne est pourtant loin d’avoir été un long fleuve tranquille. Fortement dépendante du commerce international, elle a été durement secouée par les incessants coups de force et changements de cap du président américain, Donald Trump.

Pris directement pour cible avec les tarifs américains sur l’acier et l’aluminium, les attaques de Boeing contre la CSeries de Bombardier, le énième conflit du bois d’oeuvre, mais surtout la renégociation forcée et précipitée de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), le Canada a fait comme il a pu pour contenter l’inconstant président, rassurer les investisseurs et protéger ses intérêts à long terme. Ottawa en a profité pour conclure les négociations de libre-échange entamées par le gouvernement conservateur avec l’Europe et les pays du Partenariat transpacifique.

Le Canada a aussi été une victime collatérale des autres guerres commerciales de Donald Trump, notamment contre la deuxième économie mondiale, la Chine, avec laquelle Ottawa s’est retrouvé brouillé malgré lui en raison de l’affaire Huawei. Comme pour le reste de la planète — États-Unis compris —, l’économie canadienne fait aussi plus généralement les frais des dommages infligés par l’escalade de la tension commerciale aux échanges, à l’investissement et à une croissance mondiale de plus en plus fragile.

Sur le front budgétaire, les gouvernements canadiens ont aussi dû répondre à la pression concurrentielle exercée par les baisses d’impôt massives accordées par Washington aux entreprises et aux riches particuliers ainsi que par sa campagne de déréglementation, notamment en matière environnementale.

À la place, Ottawa a notamment opté pour des allocations aux familles plus généreuses ainsi que pour une baisse d’impôt pour les contribuables gagnant plus de 45 000 $ par an et une hausse d’impôt pour les revenus dépassant 200 000 $, auxquelles des experts attribuent au moins une partie de la vigueur actuelle de la demande intérieure.

Ses crédits d’impôt aux entreprises pour la formation professionnelle et la recherche et le développement ont aussi été bien reçus, mais n’ont pas eu l’heur de satisfaire le Conseil canadien des affaires, qui se plaignait encore, dans une lettre ouverte au début de l’été, du fardeau fiscal et réglementaire trop élevé.

Les problèmes à venir

D’autres initiatives économiques du gouvernement Trudeau ont eu nettement moins de succès, comme sa taxe carbone aujourd’hui attaquée de toutes parts, son ambitieux programme d’infrastructures qui a eu un mal fou à se mettre en branle, l’ensemble de sa gestion du projet d’oléoduc Trans Mountain et son sauvetage raté de SNC-Lavalin.

Donald Trump n’est évidemment pas le seul problème économique auquel est confronté le Canada. La rareté de main-d’oeuvre promet de se faire de plus en plus aiguë avec le vieillissement de sa population et l’amélioration à pas de tortue de sa productivité ne fait rien pour arranger les choses. Le Canada est aussi l’un des plus en retard parmi les pays développés dans son impérative et urgente transition vers une économie à faibles émissions de carbone.

Mais pour l’heure, les élections qui compteront le plus pour son avenir économique ne se joueront peut-être pas le mois prochain, mais en 2020, lorsque les Américains se choisiront, de nouveau, un président.