SmileDirectClub rate son entrée en Bourse

Un SmileShop de SmileDirectClub, dans un magasin CVS en Californie
Photo: Jae C. Hong Associated Press Un SmileShop de SmileDirectClub, dans un magasin CVS en Californie

SmileDirecClub a raté son entrée à la cotation du Nasdaq. Chiffrant son offre publique initiale à 1,35 milliard $US, pour un prix d’introduction de 23 $US l’action, le titre a fermé sa première journée de négociation sous les 17 $US, en baisse de 27 %.

L’action du spécialiste du redressement et du blanchiment des dents SmileDirectClub, qui propose des appareils d’orthodontie à prix réduits, a terminé jeudi à 16,67 $US, loin de son prix d’introduction de 23 $US, qui lui-même se situait au-dessus des prévisions initiales ciblant l’intervalle de 19-22 $US. Ce cours d’introduction accordait une valorisation boursière de 9 milliards, loin des 3,2 milliards établis lors d’une dernière campagne de financement privé achevée il y a 11 mois, rappelle le magazine Forbes.

Cette valorisation supérieure aux attentes contraste avec les difficultés rencontrées par le géant des bureaux partagés WeWork, qui envisage de baisser considérablement sa valorisation et pourrait reporter son introduction à Wall Street en 2020.

Fondé en 2014, SmileDirectClub propose des appareils dentaires transparents (aligneurs), livrés à domicile aux États-Unis, au Canada, en Australie et au Royaume-Uni. Sa formule la moins chère est un abonnement de deux ans coûtant 1895 $US, bien au-dessous des prix affichés par la plupart des cabinets dentaires.

Le groupe dit compter 5000 employés avec 300 emplacements SmileShop aux États-Unis, au Canada, en Australie et au Royaume-Uni, où les clients peuvent obtenir gratuitement une image 3D de leur dentition. L’entreprise a aussi signé des partenariats avec les chaînes américaines de pharmacie Walgreens et CVS.

SmileDirectClub n’est pas encore bénéficiaire : pour un chiffre d’affaires de 423 millions en 2018, il a encaissé une perte nette de 75 millions, plus du double de la perte de 33 millions comptabilisée en 2017, les dépenses en marketing à la télévision et sur les réseaux sociaux accaparant la moitié des revenus.

Pratiques critiquées

Les pratiques de l’entreprise, qui incite à se passer d’une visite chez l’orthodontiste, ont toutefois été critiquées par plusieurs professionnels du secteur.

En juillet dernier, Radio-Canada mentionnait l’inquiétude de l’Ordre des dentistes du Québec devant ces compagnies offrant de suivre des traitements d’orthodontie par gouttières pour une fraction du prix sans jamais avoir à rencontrer un spécialiste. On résumait le processus. Vous vous rendez en ligne, vous prenez vous-même vos empreintes dentaires et on vous fait parvenir par la poste une trousse de traitement par gouttières semblables au traitement Invisalign, le tout sans que vous rencontriez jamais un spécialiste et à un prix 60 % moins cher que celui d’un traitement chez le dentiste.

« C’est une nouvelle approche qui vient des États-Unis. La façon de bouger les dents, la technologie, n’est pas nouvelle et ce n’est pas là le problème. Ce sont les risques importants de faire bouger les dents sans un examen complet, des radiographies, des photos et des modèles pour s’assurer qu’il n’y a pas de caries, de problèmes à la gencive, et, surtout, sans la supervision d’un professionnel » qui posent problème. Le président de l’Ordre, Barry Dolman, rappelait dans le reportage que prendre une empreinte de la bouche est un acte réservé aux dentistes. Même chose pour un traitement qui relève d’un diagnostic.

En France, la Fédération française d’orthodontie sonnait l’alerte en avril sur ce genre de pratique jugée dangereuse, rappelant « que le principal élément de la réussite d’un traitement d’orthodontie restera toujours le diagnostic, établi sur un patient unique, après un examen clinique et radiographique mené par un orthodontiste compétent ».

Your Smile Direct, basée à Dublin mais disposant d’un cabinet à Paris, s’est défendue de toute pratique malhonnête. « Nous sommes positionnés sur un marché attractif, donc c’est vrai que les orthodontistes peuvent être réticents aux traitements que nous offrons. Mais ce que nous proposons s’apparente à de l’esthétique et à du cosmétique », soulignait l’entreprise dans un reportage de la chaine française d’information en continu LCI.

Avec Le Devoir