Le calme après la tempête dans le conflit commercial entre Chine et États-Unis?

Depuis le début, en mars 2018, du conflit commercial entre les deux premières puissances économiques du monde, elles se rendent ainsi coup sur coup.
Photo: Mark Ralston Agence France-Presse Depuis le début, en mars 2018, du conflit commercial entre les deux premières puissances économiques du monde, elles se rendent ainsi coup sur coup.

Un calme aussi soudain que la tempête avait été brutale : après s’être accablées réciproquement de droits de douane et de reproches vendredi, la Chine et les États-Unis ont repris lundi le chemin de la négociation.

« Je pense que tout est possible […] Nous avons des négociations très significatives, qui n’ont jamais été aussi significatives », a même assuré le président américain, Donald Trump, depuis Biarritz, où il participe au sommet du G7.

De son côté, le principal négociateur chinois, Liu He, a assuré que Pékin était prêt à « résoudre calmement le problème par des consultations et la coopération ».

« Nous sommes résolument opposés à l’escalade de la guerre commerciale » qui n’est bonne « ni pour la Chine, ni pour les États-Unis, ni pour les peuples du monde », a ajouté M. Liu, cité par la presse financière.

Dans ce climat d’apaisement, la dégringolade du yuan face au dollar, au plus bas depuis 2008, une évolution favorable aux exportateurs chinois, est presque passée inaperçue.

Le milliardaire américain, qui a pour obsession la réduction du gigantesque déficit commercial qu’accusent les États-Unis, ne perd d’ordinaire jamais une occasion de se plaindre du bas niveau de la monnaie chinoise, dont le cours est étroitement contrôlé par Pékin.

Reste à voir quel tour vont prendre en pratique les discussions, qui restent nimbées de nombreuses interrogations et se déroulent sur fond de campagne électorale aux États-Unis, avec un Donald Trump jouant à fond la carte du patriotisme économique.

Donald Trump a assuré que la demande de dialogue était venue de Pékin. « La Chine a appelé la nuit dernière […] Elle a dit “revenons à la table des négociations” alors on va y revenir », a-t-il dit, sans préciser qui avait « appelé » qui.

Interrogé lors d’un point de presse, le porte-parole de la diplomatie chinoise, Geng Shuang, a dit ne pas être au courant de la conversation évoquée par M. Trump.

Aucune date n’a été fixée pour cette reprise de contact. Lors de leur dernière négociation à Shanghai fin juillet, les deux parties avaient convenu de se revoir en septembre aux États-Unis, sans plus de précision.

Le yuan dévisse à nouveau

L’accalmie est aussi soudaine que la tempête avait été brutale vendredi, en particulier sur les marchés.

Avant le week-end, la Chine avait annoncé un relèvement de ses droits de douane sur des produits américains représentant 75 milliards de dollars d’importations annuelles.

Il s’agissait d’une riposte à des sanctions commerciales américaines déjà annoncées. Depuis le début, en mars 2018, du conflit commercial entre les deux premières puissances économiques du monde, elles se rendent ainsi coup sur coup.

Prévisible, cette initiative chinoise n’en a pas moins déclenché une forte réaction américaine, Washington annonçant des hausses plus fortes que prévu de ses propres surtaxes douanières sur les produits chinois, le 1er septembre puis le 15 décembre.

Le président Trump a en outre tétanisé les milieux d’affaires américains en les sommant de cesser de faire des affaires avec la Chine, une menace dont il n’a pas précisé le fondement juridique, et qui a été ensuite atténuée par de hauts responsables de son administration.

Les marchés, à bout de nerfs après plus d’une année de conflit commercial, entre réconciliations inattendues et accès de fièvre imprévisibles, ont trinqué. Wall Street a perdu plus de 2 % vendredi. Et les places asiatiques ont, elles aussi, bu la tasse, avant les déclarations apaisantes de part et d’autre.

Lundi, les places européennes cotaient au contraire en petite hausse, profitant de l’accalmie.

Comme en réaction à la menace de l’ancien magnat de l’immobilier, représentant d’une droite américaine pourtant hostile en général à toute contrainte publique sur les entreprises, M. Liu a assuré lundi que la Chine souhaitait « accueillir les investisseurs du monde entier, y compris des États-Unis ».

La Chambre de Commerce américaine à Shanghai a souligné que les entreprises de l’Oncle Sam ne pouvaient pas se retirer de l’immense marché chinois, ce qui ne ferait que pénaliser l’économie des États-Unis. « Le coût économique (de la guerre commerciale) est déjà considérable », a déclaré la Chambre dans un communiqué.