Donald Trump fait fausse route, dit le FMI

L’économiste en chef du Fonds monétaire international, Gita Gopinath (sur la photo), et deux de ses collègues affirment que la politique économique de la Maison-Blanche est contre-productive.
Photo: Andrew Caballero-Reynolds Agence France-Presse L’économiste en chef du Fonds monétaire international, Gita Gopinath (sur la photo), et deux de ses collègues affirment que la politique économique de la Maison-Blanche est contre-productive.

La guerre commerciale menée par le gouvernement Trump contre la Chine avec des tarifs douaniers punitifs et un affaiblissement du dollar ne permettra pas de redresser les déséquilibres commerciaux, ont mis en garde mercredi des économistes du FMI.

Sur un ton inhabituellement direct, l’économiste en chef du Fonds monétaire international, Gita Gopinath, et deux de ses collègues affirment que la politique économique de la Maison-Blanche est contre-productive et va ralentir l’économie mondiale. Les tarifs douaniers « vont avoir un impact négatif aussi bien sur l’économie américaine que mondiale en minant la confiance des entreprises et l’investissement de même qu’en désorganisant les chaînes d’approvisionnement, tout en augmentant les coûts pour les producteurs et les consommateurs », écrivent les auteurs dans une publication sur un blogue.

« Des tarifs douaniers bilatéraux plus élevés ont peu de chances d’arriver à réduire les déséquilibres commerciaux, parce que, pour l’essentiel, ils détournent les échanges vers d’autres pays », écrivent Mme Gopinath et MM. Gustavo Adler et Luis Cubeddu. Pour autant, la production n’est pas rapatriée aux États-Unis, mais ce qui était produit en Chine va être produit dans un autre pays à bas coûts, auquel cas le déficit commercial se creusera.

Le déficit commercial est, pour Donald Trump, l’une des principales mesures de la santé de l’économie américaine. Il voit dans le déséquilibre un signe de faiblesse des États-Unis et essaie d’y remédier, avec la Chine tout particulièrement, à coups de tarifs douaniers punitifs pour tenter de rétablir l’équilibre. D’ici la mi-décembre, la totalité des 550 milliards de dollars de biens importés de Chine devrait être frappée d’une taxe comprise entre 10 et 25 %.

Affaiblissement du dollar

Les trois économistes mettent aussi en garde contre une autre idée caressée par le président et évoquée souvent sur Twitter : affaiblir le dollar pour rendre les produits américains plus compétitifs. Le locataire accuse la Banque centrale européenne et Pékin de volontairement faire baisser leur devise respective pour rendre leurs produits plus attractifs aux consommateurs américains.

Les stratégies pour affaiblir la devise d’un pays « sont difficiles à mettre en oeuvre et s’avèrent, selon toute probabilité, inefficace », soulignent les économistes du Fonds, ajoutant, pour bien enfoncer le clou, que presser la Réserve fédérale de baisser les taux ne permettra pas non plus d’arriver au but désiré. Donald Trump attaque sans répit la Banque centrale américaine, qu’il accuse de freiner la croissance économique en ayant augmenté ses taux « trop souvent, trop vite ».

Le président qui est en campagne pour sa réélection et qui sait l’importance de la santé de l’économie sur l’issue du scrutin, réclame désormais une baisse d’un point de pourcentage du principal taux d’intérêt de la Fed, pour regagner en compétitivité et doper la croissance. « Plus fort dollar de l’histoire, très dur pour les exportations. Pas d’inflation ! » s’est-il insurgé sur Twitter mercredi matin, arguant que, ailleurs, les taux sont plus bas. Le billet vert est en fait loin de ses plus hauts niveaux historiques.

« Il ne faut pas se bercer de l’illusion qu’en baissant les taux d’intérêt, on arrive à affaiblir suffisamment une devise pour qu’elle améliore durablement la balance commerciale », jugent les auteurs du blogue. « La politique monétaire seule n’est pas en mesure d’induire les dévaluations fortes et durables qui seraient nécessaires pour mener à ce résultat et surtout pas sur une période de 12 mois », mettent-ils en garde, faisant clairement allusion à l’échéance présidentielle de novembre 2020.

Le Fonds note aussi que, si la théorie économique veut qu’une devise plus faible favorise les exportations d’un pays, il s’avère que nombre de produits dans le système commercial international sont de toute façon libellés en dollars, ce qui annule en partie les effets d’un affaiblissement du billet vert.

Pression sur les ménages ?

Dans la même veine, la banque JP Morgan a publié une étude mercredi soutenant que le coût des taxes douanières sur le budget des ménages américains va passer d’environ 600 $US par an à 1000 $US si un surcroît de tarifs de 10 % est appliqué sur 300 milliards de dollars de marchandises chinoises importées, comme le prévoit le gouvernement Trump. S’il choisit d’infliger des droits de 25 %, il en coûtera 1500 $US annuels à chaque ménage, ajoute l’étude obtenue par l’AFP mercredi.

Donald Trump et ses conseillers nient tout effet négatif des tarifs douaniers sur le consommateur. « Il n’y a absolument aucune preuve que le consommateur américain doive en porter les conséquences », avait affirmé Peter Navarro, principal conseiller commercial de M. Trump, dimanche sur CNN.

Des taux négatifs à 30 ans en Allemagne

L’Allemagne a émis mercredi, pour la première fois de la dette à 30 ans à taux négatif, une adjudication historique qui a toutefois tourné au « désastre », la première puissance économique européenne échouant à lever autant d’argent que prévu. Grosse nouvelle du jour sur le marché obligataire, l’adjudication a été « un flop complet ». L’Allemagne, qui prévoyait d’emprunter 2 milliards d’euros à échéance de 2050, a seulement « pu adjuger 824 millions à un taux négatif de -0,11 % », a indiqué à l’AFP Eric Vanraes, gérant obligataire à la Banque Eric Sturdza. C’était la première fois que l’Allemagne émettait avec un « coupon zéro », c’est-à-dire sans taux d’intérêt, le coupon représentant le montant des intérêts versés périodiquement au détenteur du titre. « Il faut être courageux pour acheter de la dette à 30 ans à taux négatif avec zéro coupon », concède M. Vanraes. A contrario, le Trésor allemand a, lui, « touché de l’argent pour emprunter, qui plus est sur 30 ans. On marche sur la tête », souligne M. Vanraes. Et « quand l’Allemagne est capable d’emprunter à -0,11 %, c’est un signe que ça ne va pas » sur le front économique, prévient-il.