Le projet de loi de Québec reçu avec prudence par les agences de crédit

Equifax a affirmé qu’elle appuie l’épanouissement des gens et a offert sa collaboration au gouvernement Legault pour que la législation soit «la meilleure possible».
Photo: Mike Stewart La Presse canadienne Equifax a affirmé qu’elle appuie l’épanouissement des gens et a offert sa collaboration au gouvernement Legault pour que la législation soit «la meilleure possible».

L’idée de forcer les agences de crédit à offrir un service de verrou aux consommateurs reçoit un accueil prudent chez ces entreprises, TransUnion se disant pour sa part prête à travailler avec Québec, tout en insistant sur le besoin de bien faire les choses pour éviter des « conséquences imprévues ».

Deux mois après que les agences se sont retrouvées dans l’actualité en raison de l’incident survenu chez Desjardins, le ministre des Finances a indiqué la semaine dernière que Québec veut adopter une loi couvrant spécifiquement leur fonctionnement, ce qui se fait déjà ailleurs au Canada.

Or, le gouvernement Legault veut aller plus loin et reproduire le modèle américain, où le gouvernement fédéral a obligé les agences l’an dernier à offrir le verrou gratuitement aux consommateurs qui en font la demande.

Un verrou empêche les tiers partis de consulter le dossier de crédit d’une personne. Aux dires du gouvernement américain, cela « complique la tâche pour les voleurs de renseignements qui veulent ouvrir un nouveau compte à votre nom ».

« TransUnion soutient la proposition du gouvernement du Québec pour permettre aux gens de geler leur dossier de crédit », a indiqué l’entreprise dans une déclaration écrite. La compagnie affirme être un chef de file dans « l’autonomisation » des consommateurs afin que ceux-ci puissent accéder à leurs renseignements et en gérer le contrôle.

Cependant, prévient TransUnion, l’implantation d’un gel de crédit au Canada serait une « opération complexe requérant la collaboration dans diverses industries afin d’éviter des conséquences non intentionnelles pour les consommateurs ou l’économie ».

Quelles seraient ces conséquences ? Selon TransUnion, la proposition gouvernementale d’un gel nécessiterait « une intégration technique entre agences de crédit pour s’assurer que les gens puissent continuer d’avoir accès à des services financiers tels que des prêts hypothécaires ». Il faudrait aussi des exemptions permettant à l’industrie financière de « continuer à fonctionner de manière efficace », notamment dans la consultation de dossiers à des fins de recouvrement.

Du côté d’Equifax, la direction de la division canadienne a simplement affirmé qu’elle appuie l’épanouissement des gens et qu’elle a offert sa collaboration au gouvernement Legault pour que la législation soit « la meilleure possible ».

Des millions en jeu

Equifax, dont les actions se négocient à la Bourse de New York, a enregistré un chiffre d’affaires de 3,4 milliards $US en 2018. Au Canada, ses revenus ont atteint 147 millions, en hausse de 8 %. La compagnie a été durement éprouvée par le vol de données personnelles survenu en 2017, un incident qui a entraîné des dépenses d’environ 1,5 milliard $US au total.

Elle aussi inscrite à la Bourse de New York, TransUnion a généré en 2018 des revenus de 2,3 milliards $US, dont 96 millions au Canada.

 
3,4 milliards
C’est le chiffre d’affaires (en dollars américains) d’Equifax en 2018. Celui de TransUnion est de 2,3 milliards.

L’idée du verrou met certainement du sable dans l’engrenage des agences de crédit, selon un expert. « Ils font des millions en vendant un programme de surveillance à 14 $ par mois. Donc, c’est certain que si la loi exige de permettre à un consommateur de mettre un verrou et que ça doit être gratuit, ça va faire en sorte que la vente de programme de surveillance n’aura plus lieu d’être », a dit Sylvain Paquette, président du Bureau canadien du crédit.

« Dès qu’une institution va faire une demande de crédit, et qu’elle va voir le message sur le dossier de crédit, elle va devoir appeler le client pour lui demander son mot secret avant d’accorder le crédit », a ajouté M. Paquette. Cela compliquera les approbations instantanées. Les banques « vont devoir engager du personnel », selon lui.

Il est trop tôt pour faire des commentaires car « un projet de loi n’a pas encore été déposé », a fait valoir un porte-parole de l’Association des banquiers canadiens, Mathieu Labrèche. « Nous aurions bien sûr d’abord besoin de voir et d’étudier le projet de loi. »