Le temps presse pour Stornoway

Le ministre Pierre Fitzgibbon s'est dit préoccupé à sauver l'entreprise.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre Pierre Fitzgibbon s'est dit préoccupé à sauver l'entreprise.

Le temps presse pour que Stornoway trouve un terrain d’entente avec ses créanciers, affirme le ministre de l’Économie en estimant qu’il faudrait idéalement qu’une résolution survienne « d’ici la fin du mois de septembre ».

Aux prises avec une chute des prix du diamant, Stornoway, dont la mine se situe à 350 kilomètres au nord de Chibougamau, se cherche un acheteur ou un investisseur depuis juin. Elle a indiqué mercredi soir ne pas avoir reçu « d’expression d’intérêt non contraignante considérée comme acceptable », et a repoussé du 15 juillet au 16 septembre la date limite pour recevoir des offres.

Investissement Québec et la Caisse de dépôt sont des actionnaires importants dans l’entreprise, qui compte environ 550 travailleurs.

« Notre préoccupation première, c’est de sauver l’entreprise, sauver les emplois », a dit le ministre Pierre Fitzgibbon en entrevue jeudi, au lendemain des états financiers de l’entreprise, qui exploite la seule mine de diamant au Québec.

« Il y a des solutions qui sont examinées. Le gouvernement est carrément à la table avec les autres créanciers. Tout le monde travaille fort », a dit M. Fitzgibbon. Les « problèmes opérationnels sont largement réglés », mais la structure du capital, en raison notamment des prêts à rembourser, demeure « déficiente », selon le ministre.

Investissement Québec détient 25,78 % des actions de Stornoway, par l’entremise de Ressources Québec et Diaquem. La Caisse de dépôt et placement possède un bloc de 11,02 %. Investissement Québec est également créancier en raison d’une dette de 125,3 millions, selon le plus récent rapport annuel d’IQ.

Lors d’un entretien avec La Presse canadienne, le président de l’entreprise, Patrick Godin, a dit jeudi : « Les propositions reçues ne répondent pas à la satisfaction de tous et nous avons besoin d’un peu plus de temps pour les travailler. »

Inauguration

La mine a été inaugurée en grande pompe en 2014 lors d’une cérémonie à laquelle ont participé plusieurs représentants du gouvernement de Philippe Couillard, dont le premier ministre lui-même, des élus de Chapais et Chibougamau et le chef de la nation crie de Mistissini. La production commerciale a débuté en janvier 2017, atteignant sa pleine capacité quelques mois plus tard.

Depuis, toutefois, le prix du diamant est en baisse. Alors que le prix obtenu au cours du deuxième trimestre s’est établi à 76 $US, comparativement à 98 $US l’an dernier, l’évaluation faite en 2014, basée sur les cours qui prévalaient à l’époque, était de près de 150 $US.

Notre préoccupation première, c’est de sauver l’entreprise, sauver les emplois

La compagnie compte 556 employés, dont 11 % sont des Cris (Eeyou Istchee), selon les plus récents chiffres.

Stornoway a enregistré une perte nette de 346,3 millions au cours du trimestre, comparativement à 35,9 millions l’an dernier, ce que la compagnie a expliqué par une charge de dépréciation hors trésorerie de 442,7 millions, « principalement provoquée par la baisse du prix du diamant brut ». La perte nette ajustée s’est établie à 61,5 millions, par rapport à une perte de 36,9 millions l’an dernier.

À la fin juin, la trésorerie et les équivalents de trésorerie étaient de 21,3 millions. « La direction estime que le fonds de roulement au 30 juin 2019 et les flux de trésorerie prévus ne seront pas suffisants pour s’acquitter des obligations, engagements et dépenses budgétées […] jusqu’au 30 juin 2020 dans les conditions actuelles des prix du marché de diamants », a écrit l’entreprise mercredi.

« La mine performe au-delà de nos attentes » et « nos coûts de production sont en baisse », a affirmé le président de Stornoway à La Presse canadienne. « Même si nos 550 employés sont inquiets par rapport à leur emploi, ils sont très engagés et ils nous poussent dans le dos. »