Guerre commerciale: consternés, les marchés mondiaux flanchent

L’annonce de nouveaux droits de douane sur les importations chinoises, jeudi, a d’abord touché de plein fouet Wall Street.
Photo: Drew Angerer Getty Images / Agence France-Presse L’annonce de nouveaux droits de douane sur les importations chinoises, jeudi, a d’abord touché de plein fouet Wall Street.

Accablés par la reprise du conflit commercial sino-américain, relancé sans crier gare par Donald Trump, les indices boursiers ont fortement chuté vendredi, tandis que les valeurs refuges, comme l’or ou la dette allemande, ont flambé.

« C’est un nouveau mauvais jour pour les marchés européens […] après que le président Trump a jeté en l’air les pièces de l’échiquier commercial », a observé Michael Hewson, un analyste de CMC Markets. « La nervosité liée au commerce sino-américain a mis les investisseurs sur la défensive. »

Alors que les investisseurs se remettaient à peine de la réunion de la Réserve fédérale américaine, pas assez accommodante à leur goût, le président américain a mis le feu aux poudres jeudi soir en déclarant que son gouvernement allait infliger, à compter du 1er septembre, des droits de douane supplémentaires de 10 % sur les 300 milliards de dollars d’importations chinoises jusque-là épargnées. Ces déclarations ont d’abord touché de plein fouet Wall Street, encore ouverte, avant de se propager vendredi à l’Asie, où Tokyo a notamment chuté de 2,1 %, puis aux marchés européens.

Vendredi, la Bourse de New York a poursuivi son repli : le Dow Jones a cédé 0,4 % à la clôture, le Nasdaq, 1,3 %, et le S & P 500, 0,7 %. En Europe, tous les marchés y ont laissé des plumes : la Bourse de Paris a dégringolé de 3,6 %, celle de Francfort, de 3,1 % et celle de Londres, de 2,3 %.

« C’est à nouveau une escalade » des tensions commerciales sino-américaines, qui « montre l’absence de cohérence de la communication de Trump », alors qu’il y a seulement quelques jours, le gouvernement américain indiquait que « les discussions se passaient bien », a souligné auprès de l’AFP Alexandre Baradez, analyste chez IG France. La réplique chinoise n’a pas tardé, Pékin menaçant vendredi de prendre des mesures de représailles.

« Il n’est pas difficile de comprendre à quel point cette brusque escalade a pris les marchés de court », alors même qu’ils espéraient que « la reprise de négociations déboucherait a minima sur une courte période de cessez-le-feu », a ajouté M. Hewson. « Il est difficile de comprendre ce que le président a à l’esprit, a-t-il analysé, étant donné que ces taxes vont probablement surtout toucher sa base, puisque les produits concernés incluent des essentiels de la consommation américaine comme les jouets, l’habillement ou les appareils électroménagers ».

En tout cas, son geste pourrait affaiblir davantage le dollar, ainsi qu’il le souhaite, selon l’expert. Le billet vert a clairement perdu du terrain par rapport à l’euro depuis jeudi soir. Vendredi, la devise européenne grimpait à 1,1105 $ US contre 1,1085 la veille.

Stupeur généralisée

« On ne l’a pas vu venir », a réagi Gregori Volokhine, analyste chez Meeschaert Financial Services. Washington impose déjà des droits de douane supplémentaires de 25 % sur plus de 250 milliards de dollars de biens chinois. Pékin a rétorqué en imposant en retour des tarifs douaniers supplémentaires sur quelque 110 milliards de dollars de produits américains. Jusqu’alors, le gouvernement américain avait épargné les biens de consommation courante si bien que l’économie américaine, tirée par la consommation des ménages, est restée relativement à l’abri de la guerre commerciale.

Mais la perspective de droits de douane de 10 % sur les 300 milliards de dollars d’importations chinoises jusque-là épargnées, affectant tous les biens, a provoqué la stupeur sur les marchés. Le président « joue avec le feu », a averti Gregori Volokhine.

« Les nouveaux droits de douane pourraient être un coup rendu à la Réserve fédérale américaine de la part de Donald Trump, qui estimait » que sa politique « n’était pas assez accommodante » et la pousserait ainsi « à baisser davantage ses taux lors de la prochaine réunion », a observé Christopher Dembik, responsable de la recherche économique chez Saxo Banque. La Banque centrale américaine a baissé ses taux d’un quart de point de pourcentage mercredi, mais Donald Trump, qui avait réclamé une baisse « forte », a rapidement fait part de sa déception.

Les actifs considérés comme des refuges, à l’inverse, ont été largement privilégiés par des investisseurs anxieux. Le yen s’est apprécié fortement, tout comme l’or, qui a atteint son plus haut depuis 2013, à 1450,30 $ US l’once. Sur le marché obligataire, le taux d’emprunt à 10 ans des États-Unis restait sous la barre des 2 %, à 1,850 %, après être tombé au plus bas depuis novembre 2016. En Europe, celui de l’Allemagne, le « Bund », qui sert de référence au marché, s’est enfoncé en territoire négatif, tombant jusqu’à –0,504 %, avant de remonter à –0,497 % à la clôture, entraînant dans son sillage le taux allemand à 30 ans, qui est brièvement passé en territoire négatif.