Trudeau interpelle les opposants à l’accord Canada-UE

Le premier ministre canadien a admis que les entreprises européennes semblaient avoir été plus rapides à saisir l’occasion d’augmenter leurs ventes au Canada, mais a ajouté que les exportateurs canadiens apprendront rapidement à en faire autant.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le premier ministre canadien a admis que les entreprises européennes semblaient avoir été plus rapides à saisir l’occasion d’augmenter leurs ventes au Canada, mais a ajouté que les exportateurs canadiens apprendront rapidement à en faire autant.

Justin Trudeau a interpellé, jeudi, les Canadiens et les Européens qui s’opposent à l’Accord économique et commercial global (AECG) conclu par leurs gouvernements.

S’en prenant plus particulièrement à l’opposition néodémocrate à Ottawa, qui, aux côtés d’élus du Parti vert et d’une députée de Québec solidaire, pressait cette semaine ses homologues français de ne pas ratifier l’entente, le premier ministre canadien a profité d’une question en conférence de presse pour qualifier cette démarche de « regrettable » et lui adresser une question aux accents de reproche : « Si vous ne voulez pas faire d’entente commerciale avec l’Europe verte, progressiste, alignée sur nos valeurs, alors avec qui vous voudriez que le Canada signe des accords commerciaux ? »

Prenant la parole au terme du Sommet Canada-Union européenne (UE) qui s’est tenu pendant deux jours à Montréal, le chef libéral a estimé que l’entrée en vigueur provisoire de 95 % de l’entente depuis septembre 2017 est en train « de démontrer les bénéfices » qu’elle peut apporter des deux côtés de l’Atlantique. Il a admis que les entreprises européennes semblent avoir été plus rapides à saisir l’occasion d’augmenter leurs ventes au Canada, mais a ajouté que les exportateurs canadiens apprendront rapidement à en faire autant dans le marché de 500 millions d’Européens.

À ses côtés, le président du Conseil européen et la commissaire européenne au Commerce l’ont appuyé. « Les calamités prédites par certains ne se sont pas matérialisées », a déclaré Donald Tusk. « Nous avons établi la référence mondiale en matière d’entente commerciale », a renchéri Cecilia Malmström, selon qui l’AECG est devenu le « symbole de ce que peut être le commerce progressiste » en faisant la promotion de « tout ce que les Européens et les Canadiens ont à coeur », notamment la poursuite des objectifs de l’Accord de Paris sur les changements climatiques.

Voix discordantes

Dans leurs lettres de lundi aux membres de l’Assemblée nationale française, le chef du NPD, Jagmeet Singh, cinq élus verts fédéraux et la députée québécoise Catherine Dorion estimaient que l’AECG fait la part trop belle aux entreprises en matière de protection des investissements, de privatisation des services publics et d’harmonisation réglementaire. Ils le disaient aussi pas assez contraignant en matière de droits du travail ou de protection de l’environnement.

Si vous ne voulez pas faire d’entente commerciale avec l’Europe verte, progressiste, alignée sur nos valeurs, alors avec qui ?

Leur appel arrivait à la veille du vote de ratification de l’entente par la France, qui a finalement été remis à mardi en raison, notamment, de la forte contestation qu’elle soulève auprès des agriculteurs et des environnementalistes. Jugé de « compétence mixte » en Europe, l’AECG doit y être ratifié par 38 Parlements nationaux, Chambres hautes et Parlements régionaux dans les 28 pays membres de l’UE pour obtenir l’appui unanime requis. À peine 13 pays ont rempli cette condition jusqu’à présent, dont l’Espagne et le Royaume-Uni. De l’autre côté de l’Atlantique, Ottawa et Québec ont ratifié l’entente en 2017.

Le 17e Sommet Canada-UE a aussi été l’occasion de conclure un nouvel accord de partenariat sur la protection des océans, de faire le point sur l’Accord de partenariat stratégique, déjà signé, de parler de coopération scientifique et de convenir d’une plus grande participation du Canada à des missions européennes d’observation électorale. On a travaillé aussi sur la mise au point d’une « procédure arbitrale d’appel provisoire » qui pourrait temporairement prendre la relève à l’Organisation mondiale du commerce si les négociations en vue de résoudre l’obstruction des États-Unis à son organe d’appel devaient rester dans l’impasse et menacer de tout bloquer.

Canadiens et Européens n’ont pas manqué non plus d’envoyer plusieurs flèches en direction du président américain, Donald Trump, et de son travail de sape du commerce, du multilatéralisme et de la lutte contre les changements climatiques.