Les Nations désunies

De nombreux chefs d’État se réunissent à Osaka, vendredi et samedi, pour le sommet du G20.
Photo: Charly Triballeau Agence France-Presse De nombreux chefs d’État se réunissent à Osaka, vendredi et samedi, pour le sommet du G20.

Essentielle au bon fonctionnement d’un monde de plus en plus complexe et interconnecté, la coopération entre pays souverains est une tâche ardue. Surtout ces temps-ci.

On en rirait si les questions en jeu n’étaient pas si importantes. Durant les quelques heures qui ont précédé son arrivée au Japon en prévision du sommet du G20, vendredi et samedi, à Osaka, le président américain avait eu le temps de dire du mal d’au moins quatre des plus importants pays du forum regroupant les principales économies développées et émergentes de la planète représentant plus de 85 % de l’économie mondiale.

Le choix des cibles de Donald Trump semblait correspondre, cette fois-ci, aux rencontres bilatérales qu’on avait prévues pour lui, a ironisé jeudi le New York Times. Premier à l’accueillir, son hôte, le premier ministre japonais Shinzo Abe, a ainsi eu le déplaisir d’apprendre que son invité venait de tourner en dérision la dépense militaire de son pays, affirmant qu’en cas d’attaque, les États-Unis devraient voler à son secours, mais que, si c’étaient les Américains qui étaient menacés, les Japonais les laisseraient probablement se débrouiller seuls en regardant tout cela « sur une télévision Sony ».

Prochain nom dans l’emploi du temps du président américain, le premier ministre indien Narendra Modi l’a entendu, quant à lui, vilipender les nouveaux tarifs imposés par l’Inde sur les produits américains sans mentionner toutefois que cela est en représailles directes à ses propres tarifs. La suivante à l’agenda de Donald Trump, la chancelière allemande, Angela Merkel, s’était fait reprocher, la veille, un trop faible effort de l’Allemagne en matière de dépense militaire. Quant à la Chine, à laquelle les États-Unis ont déclaré une guerre commerciale qui dure depuis plus d’un an et qui plombe de plus en plus la croissance mondiale, elle serait désormais sur le point de capituler devant les exigences américaines, a assuré Donald Trump sur les ondes de la chaîne Fox mercredi. « L’économie de la Chine s’effondre, ils veulent un accord », a ainsi appris le président chinois, Xi Jinping, qui a une rencontre de prévue samedi avec l’auteur de ces paroles dans ce qui est censé être un effort de rapprochement et qui prendra, comme lors de la dernière réunion des dirigeants du G20 en Argentine en décembre, des allures de « sommet dans le sommet ».

Plus que Trump

Pris avec un géant américain tout aussi invivable qu’incontournable, les autres pays sont partagés entre l’envie — fort risquée — de le confronter directement et le choix — plus prudent — de faire le dos rond en espérant que les électeurs américains lui montreront bientôt la porte. Mais le président Trump n’est pas la seule source de dissensions à Osaka. D’autres pays, par exemple, pensent comme lui que la Chine prend trop de liberté avec les règles commerciales.

Mais peut-être plus important encore, plusieurs démocraties sentent monter, elles aussi, une certaine opinion publique de plus en plus critique à l’égard de la mondialisation, de ses ordonnateurs et des forums multilatéraux, comme le G20, dans laquelle semble se dissoudre la souveraineté des nations sans parvenir, pour autant, à des solutions rapides et concrètes.

Le meilleur comme le pire

Cette frustration populaire, que les agissements des nouveaux matamores de la politique internationale ne contribuent qu’à renforcer, ne fait que compliquer encore plus les choses lorsqu’il est question de problèmes complexes qui débordent, par nature, les frontières nationales, comme les changements climatiques, le protectionnisme, les flots migratoires ou le ralentissement économique mondial.

Elle donne parfois lieu aussi à des scènes surréalistes, comme cette semaine, lorsque le premier ministre du Québec, François Legault, a menacé de sanctions commerciales la deuxième puissance économique mondiale si elle ne cessait pas immédiatement de s’en prendre à ses producteurs de porc.

Cette apparente foire d’empoigne internationale cache la lente et patiente mise en place de mécanisme de coopération qui se poursuit dans plusieurs domaines malgré les vents contraires. Ce travail débouche parfois à des alliances tout aussi étonnantes que rafraîchissantes. Cela a été le cas mercredi quand le Canada a annoncé que, en réaction à l’affaiblissement, par le gouvernement Trump, des normes fédérales américaines d’émissions polluantes dans l’industrie de l’auto, les règles canadiennes allaient dorénavant s’aligner sur les normes de la Californie, qui, avec d’autres États américains, ont décidé de lui tenir tête.