Facebook s’apprête à bousculer l'univers de la cryptomonnaie

La BBC a révélé récemment que Facebook envisageait le lancement de sa monnaie virtuelle au premier trimestre 2020, d’abord dans une douzaine de pays.
Photo: Loic Venance Agence France-Presse La BBC a révélé récemment que Facebook envisageait le lancement de sa monnaie virtuelle au premier trimestre 2020, d’abord dans une douzaine de pays.

Facebook doit révéler mardi les détails d’un projet qui devrait signer l’entrée du géant américain dans l’univers des cryptomonnaies. Un événement susceptible de révolutionner l’écosystème actuel des devises virtuelles.

Cela fait plusieurs mois que l’intérêt de Facebook concernant les cryptomonnaies est connu et plusieurs informations ont déjà fait l’objet de fuites dans la presse, même si aucune n’a encore été confirmée officiellement. La BBC a révélé il y a trois semaines que le réseau social envisageait le lancement de sa monnaie virtuelle au premier trimestre 2020, d’abord dans une douzaine de pays.

Adossée à un panier de monnaies, cette cryptomonnaie qui pourrait s’appeler « Libra » serait susceptible de transiter à partir d’applications détenues par Facebook, notamment Messenger et Whatsapp, qui regroupent plus de deux milliards d’utilisateurs. Plusieurs entreprises comme Visa, Mastercard, PayPal et Uber ont déjà rejoint le consortium créé par Facebook, selon le Wall Street Journal. D’après le quotidien Les Échos, l’opérateur télécoms Illiad, maison mère de Free, fait également partie des premiers investisseurs.

Des partenaires dont la présence ne manque pas d’étonner Cathy Mulligan, chercheuse spécialisée dans les devises virtuelles, alors que « tout le monde a toujours considéré les cryptomonnaies comme des concurrents majeurs pour Visa ou Mastercard ». S’exprimant à l’occasion d’un groupe de discussion organisé par l’ONU à Genève, en Suisse, Mme Mulligan s’est ainsi inquiétée d’une « monopolisation de ce qui pourrait être une cryptomonnaie mondiale ».

Comme la première et principale monnaie virtuelle décentralisée, la devise Facebook devrait utiliser la blockchain (chaîne de blocs), un registre décentralisé, public et infalsifiable, qui permet de garantir la fiabilité des échanges sans faire appel à un tiers de confiance.

En revanche, la cryptomonnaie de Facebook ne devrait pas fluctuer librement selon l’offre et la demande, comme c’est le cas du bitcoin. Ce dernier, qui ne valait rien à sa création et a dépassé les 19 500 $US en décembre 2017, a souvent été critiqué pour sa forte volatilité, jugée comme un frein à son adoption par le grand public. En effet, selon plusieurs études, le bitcoin est plus souvent conservé à des fins de spéculation qu’utilisé comme moyen d’échange.

Facebook s’acheminerait donc vers la création d’un « stablecoin », une cryptodevise adossée à un panier de devises réelles censé en garantir le cours. L’impact sur le bitcoin est difficile à déterminer, au moment où il vient de franchir lundi les 9200 $US pour la première fois depuis mai 2018.

L’engouement autour de la monnaie virtuelle de Facebook pourrait relancer l’intérêt pour les cryptomonnaies après une période de relative accalmie, voire de défiance. Cela « banalise les cryptos », a expliqué à l’AFP Neil Wilson, analyste pour Markets.com, qui y voit un signal « clairement positif » pour le secteur. En revanche, la puissance de frappe du géant américain, avec ses milliards d’utilisateurs, et son ambition de créer une monnaie décentralisée qui servirait véritablement de moyen d’échange, pourrait également porter un sérieux coup à l’intérêt du bitcoin et tirer les prix des autres monnaies virtuelles vers le bas.

À la mi-février, la banque américaine JPMorgan Chase avait annoncé le lancement du JPM Coin, adossé également à un panier de devises réelles. Mais les ambitions des deux cryptomonnaies semblent différentes. Alors que le JPM Coin sera restreint à des transactions financières entre grands investisseurs, la devise virtuelle de Facebook, elle, pourrait s’adresser à des particuliers qui ne disposent même pas de compte bancaire.