Onex met la main sur WestJet

Un avion de WestJet à Ottawa
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Un avion de WestJet à Ottawa

L’annonce a causé la surprise. Westjet a accepté l’offre amicale déposée par Onex. La firme d’investissement privé concrétiserait ainsi un intérêt de longue date pour le transport aérien qui pourrait aussi l’amener à jouer de complémentarité avec Transat A.T., avance-t-on.

Westjet a annoncé lundi avoir conclu un accord définitif avec Onex. La firme d’investissement fera l’acquisition de la totalité des actions émises et en circulation du transporteur de l’Ouest au prix unitaire de 31 $. La transaction tout en espèces est évaluée à 3,5 milliards, à 5 milliards en incluant la dette. Le prix offert renferme une prime de 67 % par rapport au cours de clôture de vendredi.

L’annonce était plutôt inattendue. Le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, a déclaré lundi : « on a su ça ce matin ». Questionné sur la suite des choses, le ministre a répondu : « On va examiner la question de l’intérêt public. Aussi, l’Office des transports du Canada doit examiner la question de la propriété étrangère […] Et puis on verra comment ça va se passer. On n’a pas reçu des détails encore. » Pour ajouter : « À première vue, je crois que ça semble dans les règles, mais on verra. »

Westjet a précisé qu’Onex l’avait contacté en mars dernier, forçant la mise sur pied d’un comité spécial indépendant afin d’appuyer le conseil d’administration. Suivant les recommandations de ce comité, le conseil conclut que la transaction s’inscrit dans l’intérêt de Westjet et recommande aux actionnaires de l’accepter. Onex veut fermer le capital de Westjet, entend conserver les quelque 14 000 emplois et maintenir le siège social du transporteur à Calgary.

En réaction syndicale le Syndicat canadien de la fonction publique, qui représente près de 4000 agents de bord de WestJet et de sa filiale régionale Encore, a exprimé un optimisme prudent, tout en se disant préoccupé quant à l’avenir du régime d’achat d’actions des employés. « Comme ils n’ont pas de régime de retraite, plusieurs agents de bord comptent sur leurs actions pour pouvoir vivre dans la dignité à la retraite », a souligné le président de la section locale 4070 du SCFP, Chris Rauenbusch. Le SCFP abordera cet enjeu dans le cadre de la négociation d’une nouvelle convention collective qui est en cours depuis avril, ajoute-t-il.

Intéressé par Transat ?

Cette acquisition surprise est venue apporter du poids au scénario évoquant un éventuel rapprochement entre Westjet et Transat A.T. Le voyagiste québécois a déclaré être présentement la cible de manifestations d’intérêt provenant de plus d’une partie. Il est accepté que Transat serait, pour Westjet, un complément naturel, ne serait-ce que pour accélérer sa percée dans l’Est canadien et vers le marché européen. La Torontoise Onex, dont le portefeuille d’actif sous gestion atteint les 31 milliards de dollars américains, pourrait également contribuer à atténuer le choc des cultures pouvant découler d’un tel rapprochement tout en travaillant à des synergies respectant la personnalité de chacun. Onex n’avait pas fait de commentaires au moment d’écrire ces lignes.

Forte encaisse

Benoit Poirier, de Valeurs mobilières Desjardins, est du nombre de ces analystes croyant que l’offre d’Onex pour Westjet ajoute à la vraisemblance que Transat sera également acquise. « Nous croyons que cette transaction apporte des implications positives pour Transat, avec Onex qui pourrait ultimement envisager son achat », écrit-il, tout en rappelant la forte taille de l’encaisse du voyagiste.

Nous croyons que cette transaction apporte des implications positives pour Transat, avec Onex qui pourrait ultimement envisager son achat

Onex n’en est pas à une première tentative d’incursion dans l’industrie du transport aérien. En mai 2007, les actionnaires de Qantas ont rejeté une offre d’achat de 10,8 milliards de dollars australiens du groupe d’investisseurs comprenant la firme d’investissement, sabordant ainsi une des plus importantes tentatives de prise de contrôle en Australie. Le consortium Airline Partners Australia, qui comprenait, outre Onex, la banque australienne Macquarie et l’américaine TPG, n’avait pas réussi à recueillir le nombre d’actions nécessaire à l’expiration de son offre.

Mais Onex avait plutôt ébranlé les colonnes du temple en août 1999 avec sa proposition globale de 5,7 milliards comprenant une offre amicale pour Canadien International mais hostile pour Air Canada dans le but de fusionner les deux transporteurs nationaux. Le tout appuyé financièrement par American Airlines. La Cour supérieure du Québec a mis un terme aux visées d’Onex en jugeant que son offre était illégale.