Les gains salariaux ne retrouvent pas leur rythme d’avant-crise

La forte création d’emplois reste concentrée dans les secteurs à faible productivité et à basse rémunération.
Photo: Jeff Pachoud Agence France-Presse La forte création d’emplois reste concentrée dans les secteurs à faible productivité et à basse rémunération.

L’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) persiste et signe. La forte création d’emplois reste concentrée dans les secteurs à faible productivité et à basse rémunération. Aussi, la part de la croissance économique récupérée depuis la crise et redistribuée aux employés sous forme de salaire affiche une baisse quasi généralisée depuis maintenant 15 ans.

Le constat ressort de la dernière édition du Compendium of Productivity Indicators, publiée lundi par l’organisation. La conclusion demeure : malgré la forte création d’emplois, l’augmentation des salaires ne parvient pas à retrouver le rythme. Pire, la progression réelle, corrigée de l’inflation, « reste en deçà des niveaux observés avant la crise dans deux tiers des pays de l’OCDE », note-t-on dans le rapport. Plus précisément, ces deux facteurs demeurent inférieurs à leur niveau d’avant la crise en Espagne, en Grèce et en Italie, et ils ont accusé un repli ces dernières années en Belgique et au Canada.

Ainsi, la plupart des nouveaux emplois sont créés dans des secteurs caractérisés par une productivité et des salaires relativement faibles. « En Allemagne, en France et au Royaume-Uni, les trois secteurs qui ont enregistré les plus fortes progressions de l’emploi entre 2010 et 2017 représentaient un tiers du total des créations d’emplois mais offraient des rémunérations inférieures à la moyenne », souligne l’OCDE, qui ajoute : « en Belgique, en Espagne, en Finlande et en Italie, les secteurs d’activité affichant des niveaux de productivité du travail supérieurs à la moyenne ont accusé des pertes nettes d’emplois ».

L’augmentation du nombre d’emplois se vérifie dans des secteurs offrant de faibles rémunérations, comme l’hôtellerie et la restauration ou l’hébergement médico-social. L’OCDE mesure également que la part du revenu généré par l’activité économique qui revient à la main-d’oeuvre par l’intermédiaire des salaires ne cesse de diminuer depuis 15 ans dans de nombreux pays, surtout dans le secteur manufacturier.

Des emplois temporaires

L’organisation explique que ces pressions baissières ne sont également pas sans refléter le choix des entreprises de reporter leurs investissements et de répondre à la demande croissante plutôt par l’embauche de personnel supplémentaire. Elle y voit ainsi un effet sur la productivité et un facteur d’atténuation de la création de richesse. Et si les pressions haussières récentes sur les salaires, amplifiées par la pénurie de main-d’oeuvre dans plusieurs pays, sont susceptibles d’inciter les entreprises à relancer leurs investissements, « le climat politique incertain, les tensions commerciales et l’érosion de la confiance des entreprises et des consommateurs » agissent tel un frein.

Cette stagnation de la rémunération frappant particulièrement les travailleurs à plus bas salaires dominait déjà l’édition 2018 des Perspectives de l’emploi, publiée en juillet dernier. On y observait que, fin 2017, la croissance des salaires nominaux dans la zone OCDE était inférieure de moitié à ce qu’elle était 10 ans auparavant. Le rythme de progression annuel se chiffrait alors à 3,2 %, soit près de deux fois moins que 10 ans plus tôt, alors que le taux de chômage moyen se comparait à celui du dernier trimestre de 2017.

« Ce qui est plus inquiétant encore, c’est que la stagnation des salaires touche beaucoup plus les travailleurs faiblement rémunérés », déploraient les analystes de l’OCDE. Et que « ces dernières années, les revenus du travail réels des 1 % les mieux rémunérés ont augmenté beaucoup plus rapidement que ceux des travailleurs à temps plein médians, accentuant une tendance déjà bien installée ».