La Banque du Canada révise encore à la baisse ses prévisions

Les analystes n’ont pas manqué de remarquer que les nouvelles prévisions de croissance de la Banque du Canada se situent bien en deçà de celles des prévisionnistes du secteur privé.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Les analystes n’ont pas manqué de remarquer que les nouvelles prévisions de croissance de la Banque du Canada se situent bien en deçà de celles des prévisionnistes du secteur privé.

La Banque du Canada révise encore une fois à la baisse ses prévisions de croissance économique sous le coup des tensions commerciales, des difficultés du secteur immobilier et de l’industrie pétrolière, mais aussi du premier budget du gouvernement ontarien de Doug Ford.

La banque centrale n’a étonné personne, mercredi, en laissant son taux directeur inchangé à 1,75 %. La surprise des observateurs a, par contre, été beaucoup plus grande devant l’ampleur de la révision à la baisse de ses prévisions de croissance économique pour le début de l’année.

Au total, l’institution n’attend plus, pour 2019, qu’une croissance réelle de seulement 1,2 %, alors qu’elle prédisait encore une expansion de 1,7 % en janvier et de 2,1 % en octobre. Ce ralentissement s’est amorcé à la fin de l’année dernière, qui s’est bouclée par une croissance annuelle non pas de 2 %, comme elle s’y attendait en janvier, mais de 1,8 %, a-t-elle rappelé dans l’édition printanière de son Rapport sur la politique monétaire. Ce « détour » de la croissance devrait mener à un « rebond » qui commencera à se faire véritablement ressentir en seconde moitié de 2019 et débouchera, l’année prochaine, sur une expansion économique de 2,1 %, supérieure au potentiel de croissance que la Banque estime à 1,8 %.

L’impact de Doug Ford

La plupart des causes de ce passage à vide de l’économie canadienne sont désormais bien connues, a expliqué la Banque du Canada. Elles se trouvent notamment dans un contexte économique mondial morose où chaque pays a des problèmes qui lui sont propres, a déclaré le gouverneur de la Banque, Stephen Poloz, mais où « l’on note un élément commun : les conflits commerciaux » qui retardent les décisions d’investissement des entreprises et ralentissent les échanges.

Au Canada, la banque centrale relève quatre facteurs principaux qui ont pesé sur la croissance. Le premier tient encore une fois au commerce et semble notamment lié à l’incertitude entourant la ratification du nouvel Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) ainsi qu’aux mauvaises conditions météo. Autre facteur souvent évoqué, Toronto et Vancouver n’ont pas encore fini de s’adapter au resserrement des règles du marché immobilier. Le pays continue également de faire les frais des malheurs de son secteur pétrolier, aux prises avec des prix mondiaux déprimés et « des contraintes de transport persistantes ».

Finalement, le niveau des dépenses publiques devra aussi, désormais, être ajouté à la liste des facteurs qui plomberont l’économie l’an prochain, explique la Banque du Canada, en dépit des « initiatives prises à l’échelon fédéral ainsi qu’au Québec et en Colombie-Britannique [qui] vont contribuer à la croissance ». C’est que « la baisse de dépenses publiques prévue en Ontario [suffira] amplement pour contrebalancer toutes ces initiatives » au point que l’impact global des gouvernements sera négatif en enlevant 0,2 point de pourcentage au produit intérieur brut (PIB).

Contrairement à Doug Ford, Stephen Poloz ne croit pas, par ailleurs, qu’Ottawa puisse provoquer une récession avec sa taxe carbone dans les provinces qui refusent la tarification des gaz à effet de serre. Ce que cette taxe prend d’une main, elle le redonnera aux ménages de l’autre et, par conséquent, l’impact sur la croissance sera nul, a-t-il rappelé en réponse à la question d’un journaliste en conférence de presse. La Banque estime cependant qu’elle pourrait augmenter les prix à la consommation de 0,1 % cette année, et de moitié moins l’an prochain.

Prochaine hausse des taux

La Banque du Canada a enlevé mercredi dans son communiqué un passage qui disait son intention de ramener son taux directeur à un niveau neutre, c’est-à-dire qui ne stimule ni ne freine la croissance et qu’elle situe désormais quelque part entre 2,25 % et 3,25 %. Stephen Poloz a dit qu’il continuait de croire que « les taux d’intérêt ont plus de chance, avec le temps, de monter que de descendre », mais qu’il faudra du temps avant que le rebond économique attendu se matérialise et que se résorbent les inventaires qui se seront constitués en attendant.

Les analystes n’ont pas manqué de remarquer que les nouvelles prévisions de croissance de la Banque du Canada se situent bien en deçà de celles des prévisionnistes du secteur privé. « Si la Banque a raison, de mauvaises surprises pourraient venir ébranler [leurs] projections », a observé dans une analyse Benoit P. Durocher, économiste au Mouvement Desjardins.

La banque centrale ouvre ainsi la porte à la possibilité de réduction des taux si la deuxième moitié de l’année devait aussi décevoir, ont commenté ses confrères de la Banque Nationale, Krishen Rangasamy et Paul-André Pinsonnault.

Si, comme la plupart des autres, ces derniers se contentent pour l’instant d’évoquer un statu quo jusqu’à la fin de 2019, Benoit P. Durocher fait valoir que « les probabilités d’une éventuelle hausse des taux directeurs en 2020 deviennent [aussi] plus faibles ».