Du répit pour les ménages endettés

Deux Québécois sur cinq craignent les difficultés financières en cas d’augmentation des taux d’intérêt et près du tiers y voient un risque de faillite.
Photo: Tijana Martin La Presse canadienne Deux Québécois sur cinq craignent les difficultés financières en cas d’augmentation des taux d’intérêt et près du tiers y voient un risque de faillite.

La Banque du Canada change de ton, et de regard. Les ménages lourdement endettés, ceux toujours plus nombreux déclarant se retrouver à 200 $ du défaut de paiement, obtiennent un répit.

La donne a changé depuis le ralentissement économique surprise de fin 2018 et son débordement au premier trimestre de 2019. La continuité de l’élan haussier du taux directeur anticipé pour 2019 n’aura pas lieu. Une pause est décrétée, après cinq remontées de 25 points chacune du taux cible à un jour depuis juillet 2017 l’amenant à 1,75 %. Pire (ou mieux, c’est selon), la Banque du Canada a abaissé sensiblement ses prévisions de croissance pour cette année et déplacé d’un cran vers le bas sa fourchette neutre du taux cible, désormais à 2,25-3,25 %, contre 2,5-3,5 % auparavant. Tout en affirmant qu’« une certaine marge de capacités excédentaires est réapparue ». Bref, le niveau actuel des taux cadre avec les perspectives économiques, ou vice-versa.

Il y a à peine six mois, la banque centrale évoquait plutôt un scénario dans lequel elle se voyait contrainte de choisir entre la stabilité économique et l’appui aux ménages fortement endettés. Dans une présentation faite le 22 novembre lors de la Conférence sur le logement de la SCHL, Carolyn Wilkins, première sous-gouverneure à la Banque du Canada, maintenait la pression sur les ménages lourdement endettés en les sensibilisant à leur vulnérabilité. Mme Wilkins disait alors douter que la Banque du Canada rejoue la même cassette consistant à abaisser ses taux pour inciter à plus d’emprunts et à alimenter ainsi une autre flambée des prix immobiliers. Il vient un moment où vous devez faire un arbitrage entre des objectifs sociaux et la stabilité financière, prévenait-elle.

Or, depuis, le processus de normalisation de la politique monétaire a perdu le rythme souhaité alors. Pire (ou mieux, c’est selon), la courbe de rendement sur le marché obligataire a adopté le schéma d’un assombrissement de la conjoncture économique. Ces rendements, qui influencent les taux hypothécaires à plus longue échéance, ont notamment entraîné un recul de 60 points de base du taux à échéance de cinq ans depuis janvier. Si l’on accepte l’équation voulant que chaque hausse de 25 points entraîne une augmentation de 75 $ par année par tranche de 50 000 $ d’hypothèque, on peut mieux mesurer la sensibilité des ménages à ces augmentations du loyer de l’argent qui ne viennent plus.

Une sensibilité d’autant plus grande qu’un sondage Ipsos réalisé pour le compte du cabinet MNP, spécialisé en insolvabilité, indique que 51 % des répondants au Québec affirment frôler le défaut de paiement chaque mois, au point de ne pas pouvoir payer une facture additionnelle de 200 $. Deux Québécois sur cinq craignent les difficultés financières en cas d’augmentation des taux d’intérêt et près du tiers y voient un risque de faillite, pouvait-on lire dans un texte du Devoir.

Mais entre une réponse à un sondeur et la réalité… Dans le secteur immobilier, la Banque du Canada a déjà mesuré que le resserrement des règles hypothécaires combiné à la hausse des taux en 2018 avait apporté une certaine stabilité dans les marchés en surchauffe et rétrécit le bassin d’emprunteurs vulnérables à des conditions défavorables. Dans ce segment, la proportion de nouveaux prêts hypothécaires est passée de 20 % au quatrième trimestre de 2016 à 6 % au deuxième trimestre de 2018. Sur un an, par rapport au deuxième trimestre de 2017, le nombre de nouveaux prêts à ces emprunteurs fortement endettés s’est replié de 39 %, pouvait-on lire dans l’analyse publiée par la banque centrale.

S’ajoutent la croissance des revenus, la vigueur du marché du travail et la progression d’ensemble de la valorisation des éléments d’actif pour expliquer une relative stabilité du ratio du service de la dette (en proportion du revenu disponible) et un léger recul du rapport entre la dette et l’actif depuis la crise de 2008. Il est vrai que la progression de l’insolvabilité s’est accélérée au cours des derniers mois de 2018, partant, toutefois, d’un niveau de délinquance plutôt faible. Mais présence d’actif aidant, on observe dans les statistiques du Bureau du surintendant des faillites que les faillites des consommateurs étaient en recul de 5,7 % au cours des dix premiers mois de 2018 alors que les propositions aux créanciers étaient en hausse de 8,1 %.

Ce qui n’empêche pas la Banque du Canada de réitérer que l’endettement élevé des ménages est la principale vulnérabilité financière au Canada.