Libérer le potentiel économique féminin

Les entreprises présentant une plus forte proportion de femmes à leur tête affichent des rendements à long terme de 36 % supérieurs en Bourse, estime la firme d’analyse State Street.
Photo: Getty Images Les entreprises présentant une plus forte proportion de femmes à leur tête affichent des rendements à long terme de 36 % supérieurs en Bourse, estime la firme d’analyse State Street.

Des experts disaient depuis quelques années qu’une meilleure place faite aux femmes dans l’économie avait le pouvoir de générer une prospérité plus grande et plus durable. Les plus récentes recherches laissent entendre qu’ils avaient sous-estimé ce pouvoir.

Si les hasards de la vie vous propulsaient au rang de ministre de l’Économie quelque part dans le monde et que quelqu’un vous arrivait un jour en vous disant qu’il savait comment augmenter votre produit intérieur brut (PIB) de 35 %, parions que vous vous arrêteriez pour écouter.

Le petit malin en question pourrait être l’un des experts qui ont contribué à un dossier dévoilé jeudi par le Fonds monétaire international (FMI) sur les femmes et la croissance économique. Pour réaliser le progrès économique extraordinaire qu’il vous ferait miroiter, il faudrait que vous parveniez à combler l’écart qu’accusent les femmes en matière d’emploi et que votre pays compte parmi la moitié la plus en retard en la matière dans le monde. Bien que moins spectaculaire, le gain potentiel s’élèverait tout de même à 10 % en moyenne dans les pays développés.

Les principaux facteurs en jeu sont désormais bien connus, à commencer par le taux de participation. En moyenne, seulement la moitié des femmes en âge de travailler occupent effectivement un emploi dans le monde, contre 80 % des hommes. Pour des économistes, c’est un terrible gaspillage de main-d’oeuvre.

Il y a aussi les inégalités salariales qui font que, à emploi et compétences égaux, les femmes gagnent en moyenne 25 % de moins que les hommes, réduisant d’autant le pouvoir d’achat des travailleuses.

Les femmes sont également surreprésentées dans les secteurs économiques informels, aux conditions de travail plus précaires, et continuent d’assumer une part disproportionnellement grande des tâches non rémunérées, comme s’occuper des enfants et des parents vieillissants.

La croissance au féminin

Bien qu’ils comptent pour environ les quatre cinquièmes du manque à gagner, ces facteurs ne sont pas les seuls à peser sur la croissance économique, poursuivent nos experts du FMI. On réalise de plus en plus que les femmes ne constituent pas seulement une main-d’oeuvre sous-utilisée et sous-rémunérée, mais aussi différente.

Que ce soit pour des raisons culturelles ou innées, les femmes tendent notamment à se montrer plus prudentes face aux risques et plus portées à la coopération que les hommes, observe-t-on. Ces qualités se révèlent précieuses en soi, notamment chez les dirigeants d’entreprise et les membres de conseils d’administration, et particulièrement dans les secteurs de la haute technologie et des services à forte composante de savoir. Les entreprises présentant une plus forte proportion de femmes à leur tête affichent des rendements à long terme de 36 % supérieurs en Bourse, estime la firme d’analyse State Street. Dans le secteur financier, on reconnaît ces chefs de file par leurs réserves de liquidités plus importantes, leur plus faible proportion de prêts non rentables et leur plus grande capacité de résistance aux chocs.

Mais le dernier 20 % du potentiel économique perdu en raison des inégalités hommes-femmes en matière d’emploi tient moins à des qualités féminines qui seraient supérieures à celles des hommes qu’à une affaire de diversité et de complémentarité qui se traduit par des gains de productivité, concluait l’an dernier une étude du FMI faisant le point sur l’évolution de la science en la matière. Cette meilleure chimie a le pouvoir de profiter à tous en générant une meilleure croissance économique et de meilleurs salaires.

Obstacles

Les écarts entre les hommes et les femmes en matière d’emploi ont plusieurs causes, à commencer par toutes ces lois qui continuent de désavantager les femmes en matière de conditions de travail, de services financiers, d’entrepreneuriat, de maternité ou encore de retraite, rapportait une étude de la Banque mondiale mercredi. En moyenne, les femmes n’ont ainsi que les trois quarts des droits économiques des hommes, en hausse de cinq petits points de pourcentage par rapport à la proportion de 70 % mesurée il y a dix ans. Seulement 6 des 187 pays étudiés affichent un score parfait (100 %), dont la France, la Suède et la Belgique, suivis de près par le Canada, à 97,5 %, de plus loin par États-Unis, à 83,8 %, et de très, très loin par l’Arabie saoudite, en queue de peloton avec seulement 25,6 %.

Dans les pays développés, le retard salarial des femmes tient principalement aujourd’hui au fait qu’elles ont besoin d’un horaire allégé ou flexible pour s’occuper des enfants, dit la pionnière du domaine, Claudia Goldin, de l’Université Harvard. Aussi, le FMI recommande-t-il, entre autres, aux gouvernements d’offrir des garderies de qualité à prix abordable et d’adapter leurs politiques sociales à un monde du travail plus flexible.

Il prévient que des reculs ne sont pas impossibles, les femmes étant notamment surreprésentées dans les emplois de bureau routiniers et de vendeuses, fortement menacés par l’automatisation. « Des gains durement gagnés pourraient s’éroder rapidement », met-il en garde.