L’Ontario ferme la porte à un nouvel approvisionnement en électricité

Hydro-Québec a exporté en 2018 un total de 36,1 TWh, un sommet, dont une part de 19% est allée à l’Ontario.
Photo: Annik MH de Carufel Archives Le Devoir Hydro-Québec a exporté en 2018 un total de 36,1 TWh, un sommet, dont une part de 19% est allée à l’Ontario.

Alors que le cabinet du premier ministre ontarien semble fermer la porte à un nouvel approvisionnement en électricité avec le Québec, Hydro-Québec se dit toujours ouverte à augmenter les échanges, d’autant plus que les interconnexions déjà en place pourraient faire passer deux fois plus de courant.

Sur des interconnexions qui prévoient des livraisons maximales de 14 TWh avec l’Ontario, les exportations d’Hydro-Québec vers la province voisine ont atteint l’an dernier 6,9 TWh, selon le rapport annuel publié la semaine dernière.

Le premier ministre François Legault a évoqué à l’automne 2018 l’idée de construire davantage de capacité de production en l’arrimant aux exportations auprès des clients de la société d’État, comme l’Ontario, qui devra rénover ses centrales nucléaires au cours des prochaines années.

Selon Radio-Canada, le ministre ontarien de l’Énergie a affirmé la semaine dernière qu’il n’entendait pas discuter avec Hydro-Québec. Un porte-parole du premier ministre Doug Ford est venu renforcer cette position lundi, déclarant au diffuseur public que l’Ontario est, dans les faits, en situation de surplus d’électricité.

« Kathleen Wynne et les libéraux ont laissé l’Ontario avec un gâchis. L’Ontario a un excédent d’électricité que nous vendons à perte à des concurrents comme le Michigan, l’Ohio et la Pennsylvanie », a indiqué le porte-parole de M. Ford, Simon Jefferies, dans la déclaration qu’il a transmise au Devoir.

L’équipe de Doug Ford a promis en campagne électorale de ne signer aucun nouvel accord d’approvisionnement, a-t-il ajouté. « Nous n’avons aucune intention d’aller de l’avant avec cette proposition du Québec pour le moment, car elle n’est d’aucun bénéfice pour la population de l’Ontario. »

« On est ouvert à augmenter nos échanges », a indiqué lundi une porte-parole d’Hydro-Québec, Lynn St-Laurent. « On est disponible. En fait, un des avantages avec l’Ontario, c’est qu’aux interconnexions, la capacité disponible est de 14 TWh. » Non seulement ces interconnexions permettraient-elles de livrer deux fois plus que le total de l’an dernier, mais « on a l’énergie disponible », a-t-elle dit. « Pour les besoins de l’Ontario, on est certainement un partenaire qui est juste de l’autre côté de la frontière. »

19%
C’est le taux d’exportation d’Hydro-Québec vers l’Ontario en 2018, sur un total de 36,1 TWh, un sommet.

À l’époque où ils étaient au pouvoir, Philippe Couillard et Kathleen Wynne ont annoncé en 2016 un accord de sept ans prévoyant la vente annuelle de 2 TWh, importée à des « moments ciblés où le gaz naturel aurait autrement été utilisé ». On avait alors estimé que cette entente rapporterait à Hydro-Québec des revenus d’environ 100 millions par année. Du côté de l’Ontario, cela devait permettre de réduire le recours aux centrales électriques fonctionnant au gaz naturel, et donc de réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Selon le ministre ontarien de l’Énergie de l’époque, 2 TWh permettraient d’alimenter pendant un an une ville de la taille de Kitchener, qui, avec ses 230 000 habitants, est comparable à Longueuil. L’Ontario comptait aussi sur la perspective de pouvoir économiser 70 millions de dollars par année.

Dans l’ensemble, Hydro-Québec a exporté en 2018 un total de 36,1 TWh, un sommet, dont une part de 19 % est allée à l’Ontario. Le plus grand client hors Québec est sans conteste la Nouvelle-Angleterre, à 47 %, suivie de l’État de New York à 24 %. Le Nouveau-Brunswick a représenté 7 % des ventes hors Québec. Ces exportations ont contribué 17 % des revenus annuels d’Hydro-Québec, mais 23 % du bénéfice net de la société d’État.

Par ailleurs, Hydro-Québec a signé l’an dernier une entente avec le Massachusetts prévoyant la livraison de 9,45 TWh par année à partir de 2022, pendant 20 ans. Dirigée par Éric Martel depuis 2015, la société d’État souhaite doubler son chiffre d’affaires d’ici 2030.