«Trop-perçus» d’Hydro-Québec: la CAQ accusée de briser une promesse

En 2008, François Legault avait qualifié les «trop-perçus» d’Hydro-Québec de taxe déguisée et sournoise.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne En 2008, François Legault avait qualifié les «trop-perçus» d’Hydro-Québec de taxe déguisée et sournoise.

Le chef intérimaire libéral, Pierre Arcand, s’est étonné, vendredi, du refus du gouvernement Legault de rembourser aux Québécois les sommes qu’ils ont versées en trop à Hydro-Québec.

Lorsqu’elle formait le deuxième groupe d’opposition à l’Assemblée nationale, la Coalition avenir Québec (CAQ) a calculé que 1,4 milliard en trop-perçu avait été détourné depuis 2008, et que cet argent devait être retourné aux Québécois.

L’enjeu est devenu un véritable cheval de bataille pour la CAQ, qui revenait à la charge jour après jour en Chambre pour demander au ministre responsable de rembourser les Québécois.

Le chef caquiste, François Legault, avait ainsi qualifié les « trop-perçus » d’Hydro-Québec de taxe déguisée et sournoise, tandis que sa porte-parole en matière d’énergie, Chantal Soucy, concluait dans les pages de La Presse que « le temps est donc venu de rembourser les Québécois ».

Celle-ci avait même déposé une pétition de près de 50 000 noms exigeant tel remboursement.

« Malheureusement, dans ce cas-ci nous ne pourrons corriger les injustices qui ont été faites sous les libéraux », a confirmé vendredi Nadia Talbot, une porte-parole du gouvernement, dans une déclaration écrite envoyée à La Presse canadienne.

« Ceci dit, le premier ministre s’est déjà engagé à remettre rapidement de l’argent dans le portefeuille des Québécois et à ne pas hausser les tarifs d’électricité plus haut que l’inflation », a-t-elle ajouté.

Il n’en fallait pas plus pour que le gouvernement Legault s’attire les railleries des partis d’opposition.

« Une autre journée, une autre promesse brisée. La Coalition avenir Québec était prête à vous promettre la lune pour prendre le pouvoir. Vous en avez une autre preuve concrète ce matin. C’est bien de critiquer, mais il faut aussi être capable de gouverner », a gazouillé M. Arcand.

En entrevue, le député libéral de Laval-des-Rapides, Saul Polo, en a remis une couche : « Ils ont fait beaucoup de tapage. […] Aujourd’hui, je pense que les Québécois ont constaté que la CAQ était tellement assoiffée de pouvoir qu’elle a annoncé plein d’engagements. […] Ils ont été bernés », a-t-il martelé.

Mal préparée, la CAQ ?

Le Parti québécois (PQ) crie également à l’improvisation. Le porte-parole péquiste en matière d’énergie, Sylvain Gaudreault, a dit en entrevue comprendre que les Québécois puissent être frustrés.

« Ça en dit long sur le manque de préparation (à la CAQ), a-t-il affirmé. Mais semble que s’ils ont pris une position aussi forte avant les élections, c’est qu’ils devaient savoir un petit peu où ils s’enlignaient, comment ça pouvait être faisable. »

« Si une fois qu’ils arrivent au pouvoir, ils s’aperçoivent qu’ils ne peuvent pas le faire, bien là, ce n’est pas très crédible », a-t-il ajouté.

L’élu péquiste a rappelé qu’une demande d’action collective a été déposée l’année dernière contre Hydro-Québec, au palais de justice de Montréal, pour exiger un remboursement des « trop-perçus » qui avaient permis au gouvernement libéral d’équilibrer plus rapidement ses finances.

La Coalition peuple allumé réclame un remboursement rétroactif et intégral des « trop-perçus » transformés en dividendes entre 2008 et 2013.

« J’aimerais que le ministre des Ressources naturelles [Jonatan Julien] puisse réaffirmer ce que son parti disait durant la période de l’opposition, que ce sont des trop-perçus qui sont inacceptables, que ce sont les Québécois qui ont payé ça, donc ce sont les consommateurs québécois qui doivent se voir remboursés », a poursuivi M. Gaudreault.

M. Julien a refusé toute demande d’entrevue vendredi, en raison de son agenda chargé.

Selon Ruba Ghazal, porte-parole en matière d’énergie pour Québec solidaire, le silence du ministre, jumelé au revirement de la CAQ, ne fait qu’amplifier le cynisme dans la population.

« Ça entache toute la classe politique, s’est-elle désolée. Nous, on rembourserait les gens », a-t-elle fait valoir, en dénonçant la « taxe régressive » d’Hydro-Québec, qui touche principalement les citoyens les plus vulnérables, selon elle.

Selon Hydro-Québec, la somme de 1,4 milliard représente l’écart entre le rendement autorisé par la Régie de l’énergie et le rendement réel.

En mars dernier, la société d’État a dévoilé des profits de 2,84 milliards, alors qu’ils avaient été de 2,86 milliards lors de l’exercice précédent.

Ce résultat tenait compte d’une charge de 45 millions attribuable au partage d’une partie des écarts de rendement avec la clientèle d’Hydro-Québec.