Agences de placement: travail égal, salaire égal?

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
<p>«Non seulement les gens qui offrent leurs services dans une agence de placement ne savent pas nécessairement où ils vont atterrir, mais en plus, pour un travail égal, ils obtiennent un salaire moindre», affirme Kathia Narcisse, coprésidente du Comité des jeunes de la FTQ.</p>

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Photo: Brandon Holmes Unsplash

«Non seulement les gens qui offrent leurs services dans une agence de placement ne savent pas nécessairement où ils vont atterrir, mais en plus, pour un travail égal, ils obtiennent un salaire moindre», affirme Kathia Narcisse, coprésidente du Comité des jeunes de la FTQ.

 

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Immegryde Jean Marie Rejouis est infirmière auxiliaire. Elle est entrée à la résidence l’Image d’Outremont par l’entremise d’une agence de placement : « En fait, j’ai commencé comme préposée pour pouvoir avoir plus d’heures. J’étais sous-payée et on ne reconnaissait pas mon expérience », raconte la jeune femme aujourd’hui présidente de la division des résidences privées pour personnes aînées du Syndicat québécois des employés et employées de service affilié à la FTQ.

Immegryde occupe aujourd’hui un poste d’infirmière auxiliaire à temps complet, et c’est la résidence qui l’a embauchée. Si elle décide de s’impliquer au sein de son syndicat, c’est tout simplement parce qu’elle croit à l’importance de faire respecter ses droits. « J’en avais assez de me faire demander d’effectuer des tâches qui ne relevaient pas de mon titre d’emploi. » Son syndicat a réussi à faire ajouter deux postes, qui permettent de venir soutenir l’infirmière auxiliaire qui était seule en soirée auparavant.

Aux prochaines négociations de la convention collective, la priorité sera encore l’ajout de postes, mais Immegryde souhaite aussi une reconnaissance de l’expérience : « Ça permettrait d’égaler les salaires offerts dans le réseau public », affirme-t-elle.

Kathia Narcisse est coprésidente du Comité des jeunes de la FTQ, et elle explique le rôle de ce comité : « Il est utilisé pour sonder les jeunes, prendre le pouls de leur réalité. Ensuite, des recommandations sont faites à la direction de la FTQ pour parvenir à des revendications claires, alignées avec les besoins des jeunes », explique-t-elle. Le comité regroupe des représentants des syndicats affiliés, ils sont une quinzaine autour de la table.

« Peu importe le milieu d’emploi, les points communs sont nombreux », raconte Kathia. Cette année, c’est lors d’un camp de formation que les membres se sont rassemblés en septembre dernier. « On voulait justement faire le point sur les préoccupations des jeunes ». Ce qui ressort de cet exercice, c’est évidemment l’intérêt des jeunes pour la hausse du salaire minimum à 15 $ l’heure. « C’est une revendication qui est partie du Comité des jeunes pour être ensuite portée par la grosse machine de la FTQ et devenir une question majeure », précise la coprésidente.

D’autres revendications vont toucher la conciliation famille, travail et vie personnelle. « Ça devient de plus en plus difficile d’avoir une vie personnelle ou de famille avec des horaires atypiques », ajoute-t-elle.

Toute la question de la précarité préoccupe aussi les jeunes. On parle ici beaucoup des agences de placement : « Non seulement les gens qui offrent leurs services dans une agence de placement ne savent pas nécessairement où ils vont atterrir, mais en plus, pour un travail égal, ils obtiennent un salaire moindre. » Consulter les jeunes a permis de constater que cette problématique devient de plus en plus répandue. « Dans certaines entreprises, c’est même devenu la norme ; on n’y entre que par l’entremise d’une agence de placement, autrement, c’est impossible », affirme Immegryde. Dans ce contexte, les agences deviennent les pourvoyeuses de main-d’œuvre : « Je ne crois pas à la pénurie de main-d’œuvre, je crois aux meilleures conditions de travail », lance Immegryde, convaincue qu’avec elles, les employeurs pourraient retenir les employés et éviter de faire appel aux agences pour pourvoir les postes qui restent actuellement vacants.

Enjeux divers

Une étude de la Commission des normes du travail publiée en 2013 a permis de brosser un portrait des salariés temporaires d’agences de placement, d’en apprendre davantage sur leurs conditions de travail et de recenser les salariés les plus à risque d’infraction. Elle conclut que « pas moins que 90 % des salariés temporaires d’agences de placement sont victimes d’au moins une infraction à à̀ la loi et que 31 % sont victimes de trois infractions ou plus ». De plus, les chercheurs ont pu constater « que sur la seule base du régime de travail, les caractéristiques de ces emplois semblent correspondre davantage à celles d’emplois à temps plein permanents qu’à celles d’emplois temporaires ponctuels qui sont censés constituer le créneau de ces agences de placement temporaire ».

Autre enjeu important : la relève syndicale « Les jeunes veulent être formés, ils veulent avoir tous les outils dont ils ont besoin pour pouvoir grandir au sein du syndicat pour que le mouvement ne meure pas », lance Kathia  Comment prendre notre place ? Comment intégrer le monde syndical ? C’est parfois difficile de s’y retrouver pour les jeunes ; pourtant, il y a toujours une place pour tout le monde, il y a tant à faire ! »

« On entend souvent dire ; les jeunes sont paresseux, ils ne veulent pas travailler, ils veulent tout tout cuit dans le bec… ajoute Immegryde. C’est faux. Nous, on sait ce qu’on veut et ce qu’on ne veut pas ! On ne se laisse pas faire. » La jeune femme a vu sa mère travailler toute sa vie comme préposée aux bénéficiaires pour des agences de placement, et souvent devoir occuper deux emplois et travailler la fin de semaine pour être capable de faire vivre sa famille. « Je l’admire, mais je ne veux pas être comme elle et travailler 16 heures d’affilée et ne pas voir mes enfants. »

Selon Kathia, il est grandement temps que le gouvernement vote des lois pour encadrer les agences de placement : « Actuellement, c’est n’importe quoi : elles n’apportent pas de meilleures conditions de travail. Au contraire, on y trouve de bas salaires et des travailleurs qui ne sont pas au courant de leurs droits et qui, en situation de précarité, n’osent pas trop parler de peur de perdre leur place. »

Pour elle, il est important que la FTQ fasse des démarches auprès du gouvernement, auprès des agences, mais aussi auprès des gens qui y travaillent pour les informer de leurs droits. « Dans un même temps, il faut protéger les emplois qui sont à risque à cause de la sous-traitance des agences de placement et qui représentent souvent une perte de services pour le public. »