Pénurie de cannabis légal en vue, selon le producteur Aphria

Les consommateurs de cannabis risquent de se heurter à des pénuries dans les premiers mois du marché légal, prévient un des gros producteurs canadiens à quelques jours de l’ouverture des commerces et des plateformes numériques.

Selon le chef de la direction d’Aphria, Vic Neufeld, il n’est pas impossible que les autorités provinciales soient insatisfaites devant l’incapacité des entreprises à répondre à la demande initiale.

« Il y aura des pénuries de produits dans les premières phases de la consommation, y compris chez Aphria, dans le contexte d’une industrie qui franchit un point d’inflexion majeur », a affirmé M. Neufeld vendredi lors d’une conférence téléphonique avec des analystes financiers.

« Il n’y aura pas de satisfaction complète de la part des autorités réglementaires provinciales au jour 1. Le pipeline ne sera pas plein », a ajouté M. Neufeld en évoquant, pour Aphria, une période cahoteuse qui pourrait s’étendre sur deux ou trois mois.

D’abord orientés vers le marché du cannabis à des fins médicales, les producteurs ont investi des centaines de millions au cours des dernières années afin d’agrandir les serres et d’augmenter leur capacité après que les libéraux de Justin Trudeau ont promis de légaliser sa consommation récréative.

Fournisseurs de la SQDC

Aphria est un des six grands producteurs qui ont signé des contrats d’approvisionnement avec la SAQ afin d’alimenter le réseau de la Société québécoise du cannabis (SQDC), dont les premiers magasins et le site Internet ouvriront le 17 octobre.

Le principal fournisseur de la SQDC sera le producteur gatinois Hexo (anciennement Hydropothicaire), avec une livraison prévue de 20 000 kilos dans la première année. Suivent la société ontarienne Canopy Growth avec 12 000 kilos, MedReleaf et Aphria avec 8000 kilos et Aurora et High Park avec 5000 kilos.

La SQDC compte ouvrir 12 succursales le 17 octobre et 8 autres sont en préparation. Le site Internet sera fonctionnel dès le premier jour, a récemment affirmé son architecte, Alain Brunet, qui prévoit 4000 commandes par jour dont les livraisons seront assurées par Postes Canada.

« La balle est vraiment dans le camp des producteurs », a dit M. Brunet, qui était jusqu’en juin dernier président de la SAQ, en entrevue au 98,5 FM jeudi après-midi. « Il faut qu’ils arrivent à bien se structurer, parce que pour eux aussi c’est tout nouveau, pour arriver à fournir et avoir suffisamment de quantité en fonction de la demande. » Une porte-parole de la SQDC a indiqué au Devoir que le scénario d’une pénurie pour certains produits est possible « pendant un certain temps », mais que cette réalité sera la même partout au pays.

Même si Statistique Canada a commencé à récolter des données au sujet de la fréquence de consommation et du prix payé, les experts préviennent qu’il est hasardeux de prédire l’ampleur du transfert des consommateurs du marché noir vers le marché légal. Selon le sondage, environ 15 % des Canadiens âgés de 15 ans ou plus consomment du cannabis, c’est-à-dire 4,6 millions de personnes.

L’institut C.D. Howe a publié jeudi un rapport dans lequel il estime qu’avec un prix de 9 $ le gramme, il se pourrait que les producteurs ne puissent couvrir que 38 % de la demande totale du marché dans la première année.

M. Brunet a indiqué au 98,5 FM que les produits les moins chers se situeraient autour de 6 $ le gramme à la SQDC. Il a affirmé au Devoir au début du mois que la Société pourrait aller prendre 30 % du marché noir dans la première année.

Toutefois, le développement du réseau se fera de manière « prudente », a-t-il prévenu à la radio. Outre les premières succursales qui doivent ouvrir le 17 octobre, d’autres qui étaient en préparation ont dû suspendre les travaux en attendant de voir les changements que la CAQ apportera à la réglementation. C’est le cas notamment d’un local situé dans la rue Sainte-Catherine près de la rue Saint-Hubert, à deux pas de l’Université du Québec à Montréal. La CAQ a promis d’empêcher l’ouverture de succursales à proximité des établissements d’enseignement, une catégorie dans laquelle elle place aussi les universités.

Sur trois ans, le plan de la SQDC prévoit l’ouverture de 100 à 150 succursales.

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