ALENA: le p.-d.g. de Desjardins est optimiste sur l’issue des négociations avec Washington

Le président du Mouvement Desjardins, Guy Cormier
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le président du Mouvement Desjardins, Guy Cormier

Les négociations de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) vont aboutir à une entente, croit le président du Mouvement Desjardins, qui refuse de s’avancer sur des compromis possibles en se disant toutefois très sensible aux enjeux qui concernent le secteur agricole.

La gestion de l’offre en vigueur au Canada est depuis des mois perçue comme un irritant majeur pour les États-Unis, d’autant plus qu’elle a alimenté les discussions lors des négociations de libre-échange avec l’Europe il y a quelques années.

« Le secteur agricole est extrêmement important pour nous. On a plus de 40 % de parts de marché, une ferme sur deux fait affaire avec le Mouvement Desjardins. On est extrêmement sensibles à cette clientèle-là », a dit Guy Cormier jeudi en marge d’une allocution devant la Chambre de commerce de l’Est de Montréal.

« J’étais à Saint-Romuald hier avec des gens du domaine. Il ne faut pas sous-estimer à quel point beaucoup de gens dans notre secteur agricole ont repris des fermes au cours des dernières années, ont innové sur le plan technologique, font preuve d’audace. Ils n’aiment pas ce qu’ils entendent dans les discussions actuellement », a ajouté M. Cormier.

La gestion de l’offre contrôle la production de cinq secteurs — le lait, les poulets, les dindons, les oeufs de consommation et les oeufs d’incubation — tout en limitant les importations. Créé dans les années 1960, le système consiste à protéger les producteurs contre des variations de prix.

Dans d’innombrables autres pays, ce système est remplacé par un mécanisme de subventions. Or, les producteurs américains souhaitent avoir un meilleur accès au marché canadien, certains estimant que les négociateurs fédéraux pourraient n’avoir d’autre choix que de céder du terrain.

Les producteurs agricoles du Québec « sont habitués de vivre dans le risque » et les négociations sont une « bonne nouvelle », a dit M. Cormier. « Mais je fais confiance au fait que nos gens, au Québec, vont se relever et passer à travers ça. Mais il faut être prudent avant de savoir ce que donneront les négociations. Je demeure positif quant au fait qu’on aura quelque chose de concluant, même pour le secteur agricole. »

Les représentants de diverses associations de producteurs laitiers du Canada se sont rendus à Ottawa la semaine dernière pour dire haut et fort au gouvernement Trudeau qu’ils ont « déjà fait les frais » de la négociation avec l’Europe.

Les Producteurs laitiers du Canada estiment que l’accord avec l’Europe et le Partenariat transpacifique ont eu comme impact de réduire de 250 millions les revenus du secteur. Ottawa a promis 350 millions en aide financière, mais cela vise à soutenir l’investissement et la diversification des marchés.

Au Québec, la gestion de l’offre couvre environ 6500 fermes et 116 000 emplois, selon une coalition de producteurs qui fait pression pour son maintien. En fin de compte, cette main-d’oeuvre contribue de 2,1 milliards aux coffres de Québec en recettes fiscales.

Par ailleurs, Guy Cormier a indiqué jeudi qu’il s’apprête à effectuer une tournée en Europe pour rencontrer un certain nombre de partenaires, dont Crédit Mutuel et Siparex. À l’ordre du jour devraient notamment figurer l’offre de services aux Français qui s’installent au Québec, et l’analyse des tendances européennes en matière de financement et d’assurance vie et de dommages.

Desjardins a déjà un bureau d’affaires à Paris, a indiqué M. Cormier. Le partenariat avec Crédit Mutuel remonte à 2014. Sur son site Internet, Crédit Mutuel indique que leur société commune, Monetico, vise à « faciliter vos démarches en France en matière de banque, d’assurance et plus encore ». Elle s’adresse aussi à la clientèle de Desjardins qui voudrait ouvrir un compte en France.