Une après-crise en demi-teinte pour les Québécois

Fin 2017, le taux de chômage québécois tombait sous les 5%, un record en près de quarante ans.
Photo: iStock Fin 2017, le taux de chômage québécois tombait sous les 5%, un record en près de quarante ans.

Vue à travers la lorgnette de vingt-trois indicateurs, l’évolution du bien-être des Québécois a été plutôt bigarrée dans l’après-crise. En fait, au-delà des grands agrégats montrant tantôt une croissance du PIB soutenue, tantôt un taux de chômage caracolant autour de ses bas vieux de quarante ans, le portrait d’ensemble affiche peu de progrès.

Le PIB du Québec vient d’aligner au cours de la période avril-juin son dixième trimestre de hausse d’affilée, soit sa plus longue séquence du genre depuis février 2001, soulignait cette semaine Marc Pinsonneault, économiste principal à la Banque Nationale. Aussi, fin 2017, le taux de chômage québécois tombait sous les 5 %, à un record en près de quarante ans. D’une statistique à l’autre, on ne peut que conclure à un accroissement du bien-être des Québécois.

Faux, nous dit le Mouvement Desjardins. Les économistes de l’institution reviennent sur l’image trop réductrice que nous renvoient ces agrégats. On sait que le PIB ne mesure en rien les inégalités, le travail non rémunéré, l’ampleur du travail au noir, l’évolution du niveau de vie, l’état des infrastructures… On sait aussi que le taux de chômage subit l’influence des aléas de la population active, qu’il peut cacher une sous-utilisation de la main-d’oeuvre, du chômage de longue durée…

Dans son étude publiée jeudi, le Mouvement Desjardins propose une lecture sur la période 2009-2017 sous l’angle de vingt-trois indicateurs regroupés en trois grandes catégories : la qualité de vie, le niveau de vie et la durabilité. Bien-être et progrès donnent dans le contraste en cette période d’après-récession. Tout au plus peut-on se réjouir que durant la période retenue pour l’analyse, « il y a très peu de facettes du bien-être qui se détériorent de façon permanente », concluent les économistes.

Essentiellement, on gagne sur :

  • l’augmentation des emplois de qualité élevée, la diminution des emplois de faible qualité ;
  • la vigueur des exportations ;
  • l’accroissement du nombre moyen d’heures travaillées ;
  • l’avancée en matière d’éducation et de la diplomation postsecondaire ;
  • le recul du pourcentage de la population des 25-44 ans sans diplôme d’études secondaires ;
  • un taux d’épargne en légère hausse ;
  • une amélioration pour l’eau et l’air de qualité ;
  • la sécurité en progression.
 

On perd avec :

  • une perception du bien-être évoluant en dents de scie ;
  • une distribution des revenus et de la richesse plus inégalitaire ;
  • un taux de personnes à faible revenu volatil, et plus élevé que dans le reste du Canada ;
  • une baisse des dépenses en RD et du personnel affecté ;
  • une diminution des investissements privés non résidentiels ;
  • une détérioration de l’indice fonctionnel global de l’état de santé ;
  • une progression de l’embonpoint et de l’obésité ;
  • une augmentation de la congestion routière ;
  • des avancées contrastées en matière d’entretien des infrastructures publiques ;
  • un accroissement des superficies forestières touchées par des perturbations naturelles.
 

Faut-il tout mettre sur le dos de la Grande Récession ? Une analyse de Statistique Canada concluait en 2010 qu’au Canada, la récession avait été moins profonde et plus courte que dans les autres pays du G7. Le PIB réel canadien s’est replié de 3,3 % entre l’automne 2008 et l’été 2009. Cette baisse observée pendant ces trois trimestres a également été moins longue que les baisses de quatre à six trimestres qu’ont connues les autres pays du G7.

Dans l’intervalle, la contraction du taux d’emploi a été de 1,8 %, avec un peu plus de 400 000 emplois perdus. Un recul également moins prononcé qu’ailleurs.

L’analyse a également observé que la récession de 2008-2009 a été moins sévère que les deux périodes précédentes de repli de l’activité économique. La chute de 3,3 % du PIB en trois trimestres se compare avantageusement à celle de 4,9 % en six trimestres calculée en 1981-1982 et à celle de 3,4 % en quatre trimestres mesurée en 1990-1992. L’emploi avait diminué de 5 % en 1981-1982 et de 3,2 % lors de la récession du début des années 1990, contre 1,8 % en 2008-2009.

Ou faut-il se rappeler que l’austérité budgétaire au Québec a été le thème dominant de cette période d’après-crise ?