Climat: une inertie qui risque de «faire perdre la guerre»

Parmi les 42 pays qui émettent le plus de GES, avec 80% des émissions mondiales, un peu plus de la moitié seulement (54%) ont adopté un système de tarification du carbone.
Photo: Nicolas Asfouri Agence France-Presse Parmi les 42 pays qui émettent le plus de GES, avec 80% des émissions mondiales, un peu plus de la moitié seulement (54%) ont adopté un système de tarification du carbone.

Le monde va dans la mauvaise direction dans sa guerre contre les changements climatiques, déplore un rapport international. Il dispose pourtant de tous les outils nécessaires, notamment économiques, pour renverser la tendance. Il ne manque que la volonté des gouvernements de se mettre à la tâche.

Pendant trois ans, on a vu non seulement diminuer dans le monde la quantité de gaz à effet de serre (GES) émis pour chaque dollar de richesse supplémentaire produit, mais aussi plafonner la quantité totale de GES rejetés dans l’atmosphère. Malheureusement, les émissions totales se sont remises à augmenter l’an dernier avec l’accélération de la croissance économique mondiale, déplore un rapport dévoilé mardi à New York par l’ONU Environnement, la Banque mondiale et l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Or, pendant ce temps, seulement 9 pays sur les 180 qui ont signé l’Accord de Paris sur les changements climatiques ont soumis la stratégie à long terme pour 2050 de développement à faibles émissions carbones qu’on attendait d’eux.

« Après toutes les promesses faites à Paris, et bien que nous ayons en main tous les outils nécessaires pour progresser, cette inertie risque de nous faire perdre la guerre contre le changement climatique », a déclaré mardi le secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurría. « Pour maintenir le réchauffement mondial en dessous de 2 °C, il faut que les gouvernements commencent par respecter pleinement leurs engagements avant de passer à la vitesse supérieure. »

Mauvais signal économique

Le rapport fait notamment valoir que les gouvernements pourraient déjà faire un bon bout de chemin s’ils s’assuraient que leurs propres actions et des lacunes dans le fonctionnement de la finance ne pesaient pas si lourdement en défaveur de la réduction des GES dans la balance économique.

Il faudrait commencer par les quelque 500 milliards en subventions que les pouvoirs publics versent encore chaque année pour les carburants fossiles.

On sait également que l’imposition d’un prix sur les émissions de carbone est une mesure efficace à condition que ce prix soit suffisamment élevé. Or, parmi les 42 pays qui émettent le plus de GES, avec 80 % des émissions mondiales, un peu plus de la moitié seulement (54 %) ont adopté un tel système. Mais même dans ce cas, le prix imposé se révèle, neuf fois sur dix, inférieur à l’estimation la plus prudente des dommages environnementaux infligés de 30 euros (45 $CAN) la tonne. Au rythme où vont les choses, il faudrait attendre 2095 pour que ces taxes carbone soient au niveau des coûts réels occasionnés par les effets de la pollution sur le climat.

Comptant actuellement pour 60 % des émissions de GES, les infrastructures de production d’énergie, de transport, de traitement d’eau et de logement offrent aux gouvernements une « chance unique » d’aller dans la bonne direction, fait valoir le rapport. Les besoins des pays en développement comme des pays riches dans le domaine pourraient, si l’on choisit d’y répondre avec des solutions à faibles émissions de carbone, ajouter en moyenne 2,8 % à la croissance économique d’ici 2050 tout en maintenant l’augmentation de la température sous la barre des 2 °C. Ce gain pourrait même s’élever à 4,7 % si l’on tient aussi compte de la réduction des dommages climatiques.

Mais il faudrait pour cela que les décisions des gouvernements et de leurs sociétés d’État prennent en compte les impératifs climatiques, note le rapport. Il faudrait aussi que les investisseurs privés en fassent autant.

Aider les investisseurs

Actuellement, moins de 1 % des actifs détenus par les grands investisseurs institutionnels, comme les caisses de retraite, sont dans des infrastructures à faibles émissions de GES. Il est vrai que l’on a vu ces dernières années se développer un marché d’obligations vertes. Mais ce dernier ne totalise pas encore 1000 milliards $US dans un marché obligataire mondial 100 000 milliards. Dans le seul secteur de l’énergie, il s’est investi 826 milliards dans l’exploitation des carburants fossiles en 2016 contre 288 milliards dans les énergies renouvelables.

Ce qu’il faudrait, dit le rapport, c’est que les investisseurs privés aient une image plus claire du coût et des risques à long terme de choisir des projets polluants dans un monde qui s’en va, tant bien que mal, vers une économie à plus faible émission de carbone. Plusieurs d’entre eux feraient probablement des choix différents s’il existait des indicateurs de performance reconnus et fiables. On estime ainsi que des investissements mieux amarrés aux objectifs mondiaux de réduction de GES permettraient au monde de la finance de réduire de 2100 milliards à 800 milliards ses pertes anticipées dans des actifs qui se révéleront inexploitables dans le seul secteur du pétrole et du gaz naturel.