Les conseillers jouent un rôle crucial, plaide le patron de l’Industrielle Alliance

Le patron de l’Industrielle Alliance, Denis Ricard, lors d’une allocution au Cercle canadien de Montréal
Photo: Cercle canadien de Montréal Le patron de l’Industrielle Alliance, Denis Ricard, lors d’une allocution au Cercle canadien de Montréal

Les autorités réglementaires devraient faire attention aux changements qu’elles envisagent pour les frais qui entourent les fonds communs, car des modifications « structurelles » pourraient avoir des conséquences négatives qui vont au-delà de l’industrie financière, prévient le nouveau p.-d.g. de l’Industrielle Alliance (IA).

Les Autorités canadiennes en valeurs mobilières (ACVM) ont publié jeudi dernier un avis de consultation afin d’interdire deux types particuliers de commissions versées aux courtiers lorsque leurs clients — des investisseurs ordinaires, par exemple — achètent des parts dans un fonds commun. L’annonce a suscité une opposition immédiate du gouvernement conservateur en Ontario.

« Le nombre de conseillers au Canada n’augmente pas, il baisse. Parfois, il y a des conséquences inattendues de certaines réglementations qui pourraient faire en sorte qu’il y ait moins de conseillers financiers », a dit le p.-d.g. de l’Industrielle Alliance, Denis Ricard, en marge d’une allocution au Cercle canadien de Montréal. « Pour moi, ça, c’est un problème majeur et sociétal, parce qu’il y a bien des gens qui ne connaissent pas leurs besoins. Ça prend quelqu’un qui leur explique leurs besoins, que ce soit en assurance ou en planification pour la retraite. »

Il y aurait au Canada environ 98 000 conseillers financiers, selon l’Institut des fonds d’investissement du Canada.

Le débat entourant les commissions de suivi qui sont versées aux conseillers financiers pour la vente de fonds communs mobilise les opinions depuis de nombreuses années. Alors que certains font valoir qu’elles jouent en faveur des conseillers indépendants, d’autres estiment qu’on a mal informé les épargnants au sujet de ces frais.

Les commissions que souhaitent interdire les ACVM, qui regroupent les autorités en valeurs mobilières des provinces, sont celles versées aux conseillers lorsqu’un client investit dans un fonds commun. Les ACVM veulent aussi éliminer les commissions versées à des « courtiers exécutants », c’est-à-dire les courtiers à escompte.

« Ces modifications entraîneraient l’abandon de toutes les formes d’option de frais d’acquisition reportés et apporteraient un surcroît de transparence aux frais imposés dans le réseau des courtiers exécutants », ont écrit les ACVM, dont la période de consultation prendra fin le 13 décembre.

Parmi les arguments faisant valoir qu’il s’agit d’une mauvaise idée figure celui d’une diminution du nombre de conseillers dont les clients ont un patrimoine moins élevé.

« En Ontario, le gouvernement a mis le pied à terre. Une des raisons qu’il a données, c’est justement pour éviter que ce soit trop difficile pour certains conseillers d’entrer dans l’industrie et d’y demeurer, a dit M. Ricard. Il n’y a pas de situation parfaite. Il y a un balancier. Oui, le traitement équitable des consommateurs, on est tous d’accord avec ça. Mais si, à l’extrême, les consommateurs n’étaient pas du tout servis, on n’est pas plus avancés comme société. »

Par ailleurs, M. Ricard a dit que l’Industrielle Alliance souhaite prendre de l’expansion aux États-Unis, ce qui se ferait en procédant à des acquisitions. L’assureur basé à Québec a mis le pied l’an dernier dans le marché américain des concessionnaires automobiles en acquérant Dealers Assurance Company et Southwest Reinsure.

Lors de son allocution, M. Ricard a rappelé que l’IA veut doubler sa taille aux États-Unis « d’ici quelques années ».

Au Canada, l’entreprise a pris de grosses bouchées au cours des dernières années. En 2016, elle a acquis auprès de la Banque Scotia la firme HollisWealth, quatrième plus grand réseau de conseillers indépendants au pays avec 300 bureaux et 400 000 comptes actifs. Elle a également acheté en 2015 la firme de courtage ontarienne Burgeonvest Bick, avec un actif sous administration de 840 millions, et plus récemment la firme actuarielle PPI Management.

À la Bourse de Toronto, l’action de l’IA a perdu environ 13 % depuis le début de l’année. Elle a terminé la séance de lundi à 51,76 $.