Changer de vie grâce aux nouvelles technologies

Après 14 années passées dans le domaine des piscines creusées, Sébastien Gagné a entrepris un véritable virage professionnel en devenant programmeur après des études en informatique.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Après 14 années passées dans le domaine des piscines creusées, Sébastien Gagné a entrepris un véritable virage professionnel en devenant programmeur après des études en informatique.

Robotisation, intelligence artificielle, objets connectés : les nouvelles technologies obligeront à terme des milliers de travailleurs à acquérir de nouvelles compétences en cours de carrière pour suivre le rythme ou profiter de la manne. Dans ce quatrième et dernier article sur les visages de la révolution numérique, profiter des nouvelles technologies pour changer de vie.

Quand on observe Sébastien Gagné dans son nouveau lieu de travail, portant chemise et veston devant l’un des écrans d’ordinateur de ce grand bureau à aire ouverte du boulevard Saint-Laurent, on a du mal à imaginer qu’il y a trois ans à peine, il travaillait avec une perche de piscine plutôt qu’une souris.

À 33 ans, il est aujourd’hui programmeur au sein de Mango, une compagnie de développement de logiciels et d’applications mobiles établie dans l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville. Un changement de cap complet.

« J’ai 14 ans d’expérience dans le domaine des piscines creusées, dit-il pour résumer son expérience professionnelle. J’ai fait ça depuis que j’ai 18 ans. »

Pendant 10 ans, il a remplacé et réparé des toiles, pour ensuite construire des piscines sur la Rive-Nord de Montréal. « Je m’en ennuie encore un peu, admet-il. Tu travailles seulement quand il fait beau, six mois par année. Il y a quand même de gros avantages, sauf que tu vis six mois riche, six mois pauvre. »

À l’époque, il aime son travail, mais en 2015, la maladie le frappe : son médecin lui apprend qu’il a un cancer de la moelle osseuse. Affaibli, il se concentre sur l’entretien des piscines pour effectuer des tâches moins exigeantes physiquement, mais il peine à garder le rythme.

Puis, sans s’y attendre, il reçoit un appel d’Emploi-Québec, qui lui propose de se réorienter après avoir touché du chômage pendant plusieurs années. « J’ai été surpris, mais je suis entré dans l’engrenage et je me suis laissé porter pour voir où ça allait me mener. »

Choix d’avenir

Après quelques rencontres d’orientation pour cerner ses intérêts, on lui propose plusieurs avenues, y compris celle de devenir réparateur de télévisions et de lecteurs de vidéocassettes, raconte-t-il. Il opte finalement pour un domaine plus prometteur en s’inscrivant en informatique au collège Bois-de-Boulogne, où il découvre la programmation.

« Je connaissais zéro. Je n’avais jamais touché à ça, je ne savais même pas c’était quoi. »

Il s’inscrit d’abord à un cours d’introduction à la programmation et fait ensuite le grand saut en entamant une attestation d’études collégiales (AEC). « Je pouvais dormir trois heures par nuit pour étudier et avoir de bons résultats, parce que je voulais absolument me réorienter, se souvient-il. Charrier une brouette de béton, ça ne me dérangeait pas quand j’avais 18 ans, mais je commençais à la trouver pas mal plus pesante. Je me disais qu’un travail de bureau, ce serait plus simple. »

Je pouvais dormir trois heures par nuit pour étudier et avoir de bons résultats, parce que je voulais absolument me réorienter, se souvient-il. Charrier une brouette de béton, ça ne me dérangeait pas quand j’avais 18 ans, mais je commençais à la trouver pas mal plus pesante. Je me disais qu’un travail de bureau, ce serait plus simple.

Depuis qu’il a terminé sa formation, il est passé par une autre entreprise avant d’atterrir chez Mango au début du mois de juillet. Et aujourd’hui, c’est le bonheur à tous points de vue. « J’ai un super bon salaire, de bons avantages, je peux avoir une vie sociale, donc je n’ai pas de raison d’être malheureux de mon choix, dit-il. Je pense que c’est un emploi du futur. Donc même si ça ne fonctionnait pas ici, je pourrais avoir d’autres débouchés grâce à la formation que j’ai reçue. »

Au-delà du travail, il a maintenant adopté un rythme de vie plus sain : il a mis de côté les boissons énergisantes, il a arrêté de fumer et il s’est remis à faire de l’exercice. « C’est le premier été que j’ai à moi en 16 ans, parce qu’avec les piscines, je ne les voyais pas passer. J’en profite ! »

Miser sur la nouveauté

Le changement de carrière a été tout aussi radical pour Vera Yeni, une Montréalaise d’origine russe âgée de 37 ans. Pendant la majeure partie de sa vie, cette polyglotte a travaillé avec des étrangers, mais elle constate que ses nouvelles fonctions lui conviennent beaucoup mieux.

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Vera Yeni est passée de la traduction à la programmation après son arrivée à Montréal.

« Je pense que j’ai toujours été introvertie. Je préfère rester toute seule à lire des livres. Aujourd’hui, je réalise que j’aime bien le fait d’être seule devant mon ordinateur », lance en riant cette spécialiste en développement de sites Web et de logiciels fraîchement diplômée.

À l’époque où elle habitait en Russie, Mme Yeni a obtenu deux diplômes en langues. Elle a appris l’anglais et l’allemand, puis le français, l’espagnol et l’italien. Elle a occupé différentes fonctions comme traductrice, enseignante ou guide sur des bateaux de croisière, servant même d’interprète pour des parents italiens venus adopter des enfants russes.

Craignant que son fils mulâtre soit victime de racisme lors de son entrée à l’école, son ex-mari, son fils et elle immigrent au Québec en 2009. « En Russie, j’étais traductrice russe-anglais, russe-italien, russe-français, mais c’était un peu inutile arrivé au Québec, parce qu’ici, on a seulement besoin de traduction anglais-français. Et je suis moins à l’aise de traduire d’une langue étrangère à une autre », explique-t-elle.

Elle songe alors à travailler comme secrétaire ou enseignante, mais elle constate qu’elle devra décrocher un nouveau diplôme de toute façon. « Je me suis dit que tant qu’à aller étudier, j’allais essayer quelque chose de nouveau. »

Nouveau langage

Emprunter une nouvelle voie, d’accord. Mais laquelle ? « J’ai toujours aimé l’art graphique et je me suis dit que je pourrais faire du design Web. J’ai donc choisi un programme un peu plus large de développement Web, mais en cours d’études, j’ai réalisé que je préfère la programmation au design. »

Après avoir terminé une AEC au Collège de Maisonneuve, Vera Yeni a décroché un emploi chez Espresso communication, où elle travaille depuis plus de deux ans comme programmeuse.

Elle est retournée aux études il y a deux ans pour obtenir un certificat en développement logiciel de l’Université McGill, dans le but d’aller plus loin : après avoir consacré les premières années de sa nouvelle carrière à développer la partie visible des logiciels, elle espère que ses nouveaux acquis lui permettront de se consacrer à la portion cachée, celle des serveurs et des bases de données.

Après le russe, l’anglais, l’allemand, le français, l’espagnol et l’italien, elle est sur le point de maîtriser un nouveau langage, mais sans avoir besoin de s’exprimer pour le mettre en pratique. Et ça lui convient parfaitement.