États-Unis: la fusion AT & T/Time Warner est contestée

AT & T est le premier câblo-opérateur américain et le deuxième opérateur mobile.
Photo: Michael Nagle / Getty Images / Agence France-Presse AT & T est le premier câblo-opérateur américain et le deuxième opérateur mobile.

Le ministère américain de la Justice a fait appel jeudi du jugement autorisant la fusion entre le géant des télécommunications AT & T et le groupe de médias Time Warner. Le ministère n’a pas donné d’argumentaire pour cet appel, qui survient tout juste un mois après qu’un juge américain a autorisé cette fusion que le gouvernement Trump tentait d’empêcher.

AT & T avait bouclé l’opération mi-juin, sans attendre un éventuel appel du gouvernement. Le groupe a réagi jeudi en affirmant que « la décision du tribunal ne pouvait être plus exhaustive, basée sur les faits et justifiée » qu’elle ne l’était. « Même si la partie perdante a toujours le droit de faire appel si elle le souhaite, nous sommes surpris que le ministère de la Justice ait choisi de le faire dans ces circonstances. Nous sommes prêts à défendre la décision du tribunal devant la Cour d’appel », a écrit AT & T dans un communiqué.

L’opération avait été annoncée en 2016 et s’élève à 85 milliards de dollars. AT & T est le premier câblo-opérateur américain et le deuxième opérateur mobile. Time Warner constitue, lui, un énorme groupe de médias, propriétaire notamment de la chaîne HBO, des studios de cinéma Warner ou encore de la chaîne d’informations CNN. Le paysage des médias et des télécommunications américain est en plein bouleversement avec des rapprochements opérés entre les acteurs traditionnels de ces secteurs pour faire pièce à l’arrivée des géants de l’Internet comme Amazon, Apple, Google ou encore Netflix.

Dans sa décision du 12 juin, le juge fédéral Richard Leon avait souligné que le gouvernement n’avait pas apporté la moindre preuve que cette fusion pourrait pénaliser les consommateurs. Il avait signalé qu’il n’empêcherait pas la fusion d’avoir lieu en attendant de voir si sa décision était portée en appel, ne posant ainsi aucune condition pour l’autoriser.

Blair Levin, ancien avocat au sein du régulateur américain des communications, estimait peu avant que le gouvernement avait peiné à prouver pendant les débats que la fusion serait néfaste. Donner raison au gouvernement aurait marqué un changement de cap important dans l’application des lois antimonopoles aux États-Unis, car depuis des décennies, la plupart des fusions verticales ont été autorisées, tant que le consommateur n’en subissait pas des conséquences négatives.

Mais le dossier avait pris un tour politique avec les critiques adressées par Donald Trump à CNN, l’un des fleurons du groupe Time Warner. Il était ainsi attendu que la justice puisse avoir le soutien du président, qui a ouvertement critiqué le projet pendant la campagne de 2016.