Le boomerang commercial

Sur la nouvelle liste de produits chinois frappés par les sanctions de Washington figurent notamment les vélos.
Photo: Getty Images Sur la nouvelle liste de produits chinois frappés par les sanctions de Washington figurent notamment les vélos.

Comme promis, Washington a poursuivi, cette semaine, l’escalade des sanctions commerciales avec Pékin en dévoilant une liste de produits chinois dont les États-Unis importent pour 200 milliards de dollars par an et qui feront l’objet de tarifs douaniers de 10 % à compter du mois de septembre, en représailles aux récentes contre-mesures chinoises à d’autres tarifs douaniers américains sur 50 milliards d’autres importations chinoises.

Donald Trump s’est dit prêt à faire grimper de nouveau les enchères d’au moins 200 milliards si les Chinois ont le culot de lui répondre encore une fois par des contre-contre-sanctions de leur cru. La Chine n’est pas le seul pays avec lequel le président américain joue à ce petit jeu, le locataire de la Maison-Blanche n’ayant pas goûté que plusieurs gouvernements, dont ceux de l’Europe et du Canada, répliquent à ses tarifs dans l’acier et l’aluminium, et menaçant désormais de s’en prendre à 350 milliards d’importations du secteur automobile.

Si le compte est bon, le gouvernement américain en serait maintenant à menacer de tarifs presque 1000 milliards d’importations étrangères, ce à quoi les autres pays promettent de répondre dollar pour dollar. Cela porterait le total des exportations en jeu à 2000 milliards, alors qu’il s’est exporté pour une valeur totale de 23 000 milliards de biens et services dans le monde l’an dernier, dont un peu plus de 2300, ou 10 %, provenant des États-Unis. Il n’est bien sûr question que de prélever une taxe sur ces montants, et toutes ces menaces ne seront probablement jamais mises à exécution, semblent penser les marchés, soit parce que Donald Trump ne parle pas sérieusement, soit parce que les autres céderont à ses demandes.

Le président américain a beau penser que « les guerres commerciales sont bonnes et faciles à gagner », surtout lorsqu’on est à la tête de la plus grande économie du monde et que cette économie dépend moins que plusieurs autres du commerce international, mais elles peuvent quand même faire mal. D’abord parce que les autres pays font tout ce qu’ils peuvent pour infliger, avec leurs représailles, le maximum de dommages économiques et politiques en visant la base électorale du gouvernement. Mais aussi parce que les propres sanctions commerciales américaines ne font pas que des heureux aux États-Unis.

Jusqu’à présent, la Maison-Blanche a essayé d’épargner les consommateurs américains en concentrant son tir sur des importations de biens intermédiaires, comme des pièces de métal et de plastique, des composants électriques et des semi-conducteurs électroniques. Ironiquement, Washington dit faire cela pour défendre ses industries manufacturières de pointe, alors que c’est justement ces dernières qui importent ces produits et que, loin de les aider, les tarifs augmentent leurs coûts de production et viennent plomber leur compétitivité face à leurs concurrents étrangers. De plus, selon une recherche de l’Université de Syracuse, 87 % des produits touchés jusqu’à présent par les tarifs contre la Chine ne sont même pas fabriqués par des compagnies chinoises, mais par des multinationales étrangères établies en Chine, notamment américaines.

Tout sauf simple

À mesure que Washington voudra allonger la liste des importations frappées par ses sanctions, il n’aura d’autre choix que de toucher des biens de consommation et d’augmenter le coût de la vie des familles. Ce serait déjà le cas avec sa nouvelle liste de produits chinois de cette semaine, où figurent des vélos, des haut-parleurs, des réfrigérateurs, des aspirateurs, des outils et même des gants de hockey. Viendront fatalement ensuite : les vêtements et les chaussures (importés à 80 % de la Chine), les télévisions et les fameux iPhone.

Le cas des appareils d’Apple est une illustration percutante du simplisme de la vision du commerce de Donald Trump. Officiellement « Made in China », ils ne doivent pourtant à l’assemblage dans ce pays que 2 % de leur valeur finale, leurs composants venant d’autres pays et 70 % de la richesse produite et captée revenant à des Américains tout le long d’une chaîne de valeur qui va de la recherche et de la conception à la production, puis au marketing, et aux services à la clientèle.

Le commerce international est devenu une réalité tellement importante et complexe qu’une guerre de tarifs peut venir perturber l’économie par toutes sortes de canaux imprévisibles, a noté cette semaine la Banque du Canada. Donald Trump en verra d’ailleurs un bon exemple durant sa visite au Royaume-Uni, où la marche triomphale vers le Brexit a tourné au cauchemar.