Comment va la Terre? On ne le sait pas trop.

Il n’existe pas d’indicateur unique permettant de se faire une idée générale de l’état de l’environnement. Le portrait pourrait être plus clair sur la santé des écosystèmes et sur la richesse de la biodiversité.
Photo: Martin Bernetti Agence France-Presse Il n’existe pas d’indicateur unique permettant de se faire une idée générale de l’état de l’environnement. Le portrait pourrait être plus clair sur la santé des écosystèmes et sur la richesse de la biodiversité.

Pour réaliser n’importe quelle sorte de progrès, mieux vaut d’abord savoir quel objectif précis on poursuit et disposer de moyens de mesurer le chemin parcouru. Contrairement à l’économie, on n’y est pas encore complètement arrivé en matière d’environnement.

Les derniers jours ont été fastes pour qui voulait avoir un portrait complet de notre monde économique. Le Fonds monétaire international a dévoilé coup sur coup cette semaine ses perspectives sur l’état de l’économie mondiale, du secteur financier et des finances publiques. Les Canadiens ont aussi eu droit à plus de détails encore grâce aux bons soins de leur banque centrale, qui dans le rapport mercredi sur sa politique monétaire a brossé le tableau des principaux défis, tendances et risques aussi bien de leur économie que de l’emploi et de la finance. On serait plus embêté, en cette veille du Jour de la Terre, si l’on devait faire le même exercice en matière d’environnement, rapportait le mois dernier l’Organisation de coopération et de développement économiques dans la version provisoire de son rapport Objectif croissance 2018 (en anglais).

Non seulement n’existe-t-il pas d’indicateur unique — un peu comme la mesure du produit intérieur brut (PIB) pour l’économie — permettant de se faire une idée générale de l’état de l’environnement, mais de larges pans de l’état de santé de notre planète restent mal connus faute d’outils de mesure, de ressources pour collecter ces informations ou simplement d’intérêt de la part des décideurs, constatent les experts de l’OCDE.

Certains font mieux que d’autres, précise-t-on. Des phénomènes qui occupent une place centrale dans nos sociétés, comme les émissions de CO2 et la crise existentielle des changements climatiques, peuvent compter sur une masse substantielle et grandissante de mesures empiriques comparables à travers le temps et entre les pays. C’est vrai aussi pour d’autres phénomènes, comme la pollution de l’air, la gestion des terres ou l’utilisation de ressources naturelles non renouvelables.

Les données fiables et comparables se font plus rares lorsqu’il est question des problèmes tout aussi vitaux de la pollution de l’eau et de son accès. Le portrait pourrait être plus clair aussi sur la gestion des déchets, la santé des écosystèmes, la richesse de la biodiversité ou la force véritable des politiques environnementales. Il faudrait aussi trouver des indicateurs pour des concepts plus complexes, mais non moins cruciaux, comme le degré d’exposition des populations aux risques de chocs environnementaux sur l’économie, la santé, l’eau ou les récoltes.

Miroir, miroir…

L’intérêt de développer des indicateurs environnementaux est d’avoir une idée plus claire de la réalité et de son évolution, bonnes ou mauvaises. Cela permet aussi d’observer les relations entre les phénomènes environnementaux et d’autres facteurs, notamment économiques.

Signe des temps, ou de la difficulté de la tâche, on cherche souvent à mesurer un bien environnemental en lui attribuant une valeur économique. C’est ainsi que des experts ont calculé que les coûts de la pollution de l’air pourraient s’élever entre 9 et 12 % du PIB mondial d’ici 2060, en tenant compte des coûts de santé, de l’absentéisme au travail, de la plus faible productivité et même du prix qu’on pourrait attribuer aux souffrances et au décès prématuré de six à neuf millions de personnes par année.

Moins tirés par les cheveux, les indicateurs disponibles permettent déjà de faire des constats instructifs. On peut voir, par exemple, que si la moyenne des pays développés est parvenue, en 20 ans, à réduire (légèrement) ses émissions de CO2 en dépit d’une augmentation des deux tiers de son PIB, c’est en partie parce qu’ils ont déménagé leur production dans les économies en développement. On peut voir aussi que loin de reculer, les rejets de CO2 du Canada ont augmenté du quart, durant la même période, et ce, malgré un transfert trois fois plus important de sa production et de ses émissions de CO2 vers l’étranger.

Preuve que l’accès à plus de données n’implique pas qu’on aimera ce qu’on y verra.