Aluminerie de Bécancour: le syndicat craint un long lockout

Jeudi matin, 1030 travailleurs, membres du Syndicat des Métallos affilié à la FTQ, ont été mis en lockout par la direction de l'aluminerie. 
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Jeudi matin, 1030 travailleurs, membres du Syndicat des Métallos affilié à la FTQ, ont été mis en lockout par la direction de l'aluminerie. 

Au lendemain du déclenchement d’un lockout à l’aluminerie de Bécancour ABI, le Syndicat des Métallos s’attend à un long lockout, peut-être de six ou sept mois. Et il soupçonne les propriétaires de vouloir ainsi faire grimper le prix de l’aluminium, eux qui possèdent plusieurs autres usines.

Jeudi matin à 3 h, 1030 travailleurs, membres du Syndicat des Métallos affilié à la FTQ, ont été mis en lockout par la direction d’ABI, après qu’ils eurent rejeté à 80 % l’offre définitive de l’employeur. Le syndicat national des Métallos FTQ et sa section locale 9700 se sont adressés aux travailleurs qui avaient dressé des piquets de grève devant l’usine de Bécancour vendredi après-midi.

Au cours d’une entrevue, le directeur québécois du Syndicat des Métallos, Alain Croteau, a dit croire que les propriétaires de l’entreprise ont un ordre du jour caché en décrétant ce lockout. « On pense qu’il y a des intérêts financiers qui sont en jeu là-dedans. Lorsqu’une grande aluminerie comme Alcoa, ici à Bécancour, ne produit pas, ça fait en sorte qu’il manque d’aluminium sur le marché et ça fait grimper les prix », a soutenu M. Croteau. L’aluminerie ABI à Bécancour est la propriété à 75 % d’Alcoa et à 25 % de Rio Tinto. Et Rio Tinto exploite plusieurs autres alumineries au Québec, a rappelé M. Croteau.

M. Croteau appréhende un long lockout. « On pense qu’il va durer au minimum de deux à trois mois. Ça peut aller à six, sept, huit mois, peut-être plus, on ne le sait pas. C’est triste pour la population. C’est triste pour les familles des travailleurs ici. Sauf que nous, au Syndicat des Métallos, on va faire la bagarre, on ne lâchera pas le morceau », a prévenu le dirigeant syndical.

Le président de la section locale du Syndicat des Métallos, Clément Masse, garde la même intuition quant à la durée du lockout. « Juste pour l’arrêt des cuves et le redémarrage, on parle de plusieurs millions [de dollars]. Si l’employeur a pris la décision de fermer deux séries de cuves, c’est parce qu’elle n’a pas l’intention de régler la semaine prochaine, c’est évident », a-t-il dit.

M. Masse ne comprend pas que le lockout ait été décrété alors qu’il y avait eu des progrès dans les négociations. Il soutient que le coût du lockout sera plus élevé que le coût de régler les points qui étaient encore en litige. Ces points en litige sont le respect du critère de l’ancienneté lors des mouvements de main-d’oeuvre, lorsque les postes deviennent vacants, de même que les modifications au régime de retraite.

La direction d’ABI avait effectivement confirmé, jeudi, qu’elle continuera d’exploiter son usine de Bécancour, mais en ayant recours à ses cadres. Et une seule ligne de production sur trois sera en activité.

Jeudi, la direction avait affirmé qu’elle avait présenté une offre définitive généreuse à ses 1030 travailleurs. « L’offre finale et globale qui a été présentée aux employés était très compétitive, parmi les meilleures dans le secteur manufacturier au Québec, autant au niveau des salaires que des avantages sociaux et du régime de retraite », avait-elle soutenu dans un communiqué.

Appui de la CSN

La Fédération de l’industrie manufacturière (FIM-CSN) et le Syndicat national des employés de l’aluminium de Baie-Comeau (CSN), lequel regroupe quelque 650 travailleurs de la Côte-Nord, ont apporté leur appui et dénoncé le lockout. Ils jugent ce lockout tout à fait injustifié et inapproprié, et invitent par conséquent ABI à reprendre les pourparlers avec la partie syndicale et à convenir d’une entente conforme aux attentes de ses travailleurs.

Ils sont d’avis que « rien ne justifie un geste aussi brutal que la mise à la rue de plus d’un millier de travailleurs, et leur famille, parce qu’ils ont simplement rejeté une entente jugée insatisfaisante, notamment sur la question du régime de retraite et sur celle de l’attribution des postes par ancienneté. » Pour Michel Desbiens, président du Syndicat national des employés de l’aluminium de Baie-Comeau (CSN), « les enjeux qui touchent les travailleurs d’ABI sur les questions du régime de retraite et de l’ancienneté interpellent les travailleurs que nous représentons.