Pénaliser les travailleurs d’un Tim Hortons est «dégueulasse», dit la FTQ

Des membres de l’Ontario Federation of Labour manifestaient devant un restaurant Tim Hortons, mercredi à Toronto.
Photo: Chris Young La Presse canadienne Des membres de l’Ontario Federation of Labour manifestaient devant un restaurant Tim Hortons, mercredi à Toronto.

En réduisant les avantages de ses employés qui venaient d’obtenir le salaire minimum de 14 $ l’heure, un Tim Hortons de l’Ontario a agi de façon « dégueulasse », estime le président de la FTQ, Daniel Boyer, dont la centrale a justement réussi à syndiquer certains travailleurs de Tim Hortons au Québec. Mais M. Boyer n’applaudit pas pour autant à l’idée de boycotter Tim Hortons, comme certains l’ont proposé sur les réseaux sociaux.

Au cours d’une entrevue avec La Presse canadienne, le président de la plus grande centrale syndicale du Québec a indiqué que la FTQ n’est pas très encline aux boycottages.

« À la FTQ, on n’a jamais été chauds, chauds, chauds à des boycottages. Dans le passé, on n’en a pas fait beaucoup. Une chose est certaine, quand il y a un boycottage, il faut que ce soit adopté par les instances de la FTQ. Et on n’en est pas là », puisque le salaire minimum n’est que de 11,25 $ au Québec et qu’aucun employeur n’a agi comme le Tim Hortons ontarien.

Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne
 
M. Boyer trouve tout de même odieuse l’attitude de ce Tim Hortons, qui a notamment supprimé les pauses payées de ses employés pour compenser la hausse du salaire minimum de 11,60 $ à 14 $. « Je trouve ça dégueulasse, à la limite. […] On entend plusieurs arguments de petites et moyennes entreprises qui n’y arriveront peut-être pas. Mais, dans ce cas-là, on n’est pas dans le cadre d’une petite et moyenne entreprise. C’est un géant multinational et l’argent lui sort par les oreilles. Et il vient nous dire : “On va payer 14 $ l’heure, mais on va venir toucher les autres conditions de travail.” C’est un peu fou, là », a tonné M. Boyer.

Il avoue cependant que, si un employeur du Québec en venait à agir comme le Tim Hortons en Ontario, la question d’un éventuel boycottage mériterait d’être étudiée par la FTQ. « C’est un débat à venir. Je vous avoue que, s’il y avait des employeurs qui voulaient diminuer les autres conditions de travail, suite à l’augmentation du salaire minimum, on aurait à dénoncer ça haut et fort. Puis, on s’interrogerait bien sûr sur la possibilité d’un boycottage », prévient le président de la centrale, qui compte plus de 600 000 membres.

Le quotidien La Voix de l’Est avait toutefois rapporté, en mai dernier, que le propriétaire de deux Tim Hortons de Cowansville avait décidé d’abolir les deux pauses payées de ses employés pour compenser l’augmentation du salaire minimum au Québec, qui était alors passé de 10,75 $ à 11,25 $ l’heure.

Au Québec, c’est justement la FTQ qui a lancé le combat pour le salaire minimum à 15 $, le 1er mai 2016. Et depuis, elle se bat sans relâche pour l’obtenir, tant pour ses membres à bas salaire que pour les travailleurs non syndiqués.

À la FTQ, c’est le Syndicat des Métallos qui a réussi à obtenir deux accréditations syndicales pour quatre restaurants Tim Hortons sur la Côte-Nord. Les travailleurs de ces Tim Hortons sont donc syndiqués, mais ils n’ont pas encore leur première convention collective. Ils sont actuellement en processus d’arbitrage pour la première convention.

Certains syndicats affiliés à la FTQ ont obtenu le salaire minimum de 15 $, depuis le début de leur combat, notamment la section locale 298 du Syndicat québécois des employés de services, pour des préposés aux bénéficiaires qui travaillent dans des résidences privées pour personnes âgées. Il en est de même pour 4000 étudiants de l’Université de Montréal qui travaillent à l’admission ou lors des journées « portes ouvertes ».

Hausse du prix de certains produits

La société mère de la chaîne de cafés Tim Hortons a annoncé des hausses de prix pour certains produits du menu du déjeuner dans les restaurants de certains marchés. Restaurant Brands International, le groupe d’Oakville, en Ontario, a indiqué que les rajustements des prix réguliers étaient « une partie normale des activités des restaurants ». Cette augmentation survient après que l’entreprise s’est placée dans une position délicate vis-à-vis de ses consommateurs en révélant que certains franchisés avaient réduit les avantages sociaux de leurs employés pour contrebalancer l’impact de la récente hausse du salaire minimum en Ontario. Le 1er janvier, le salaire minimum ontarien est passé de 11,60 $ l’heure à 14 $ l’heure — un bond de 21 % —, ce qui, jumelé à d’autres changements à la Loi sur le travail, coûtera au propriétaire moyen d’une franchise plus de 200 000 $ par année. RBI a indiqué la semaine dernière que la décision des franchisés ne témoignait pas des valeurs de la chaîne de cafés.
2 commentaires
  • Jean-Yves Arès - Abonné 13 janvier 2018 12 h 45

    Véritable publicité pour la FTQ cet article.


    Est que cela a un lien avec le financement du Fond de la FTQ dans Le Devoir ?

  • Mario Jodoin - Abonné 13 janvier 2018 19 h 44

    200 000 $ et 21 %

    Pourquoi nous donne-t-on la hausse du salaire minimum en % et la hausse du coût de cette hausse en dollars plutôt qu'en % des ventes? On donne l'impression que cette hausse est plus importante qu'elle ne l'est, ce qui appuie la stratégie des employeurs. Ce montant, 200 000 $, ne nous apprend rien si on ne le compare pas au chiffre d'affaire. Pourquoi le publier si les employeurs refusent de révéler ce qu'il représente en % ?