Mauvais signes pour le commerce asymétrique

Le président Donald Trump a beau camper le rôle du mauvais joueur, menacer de sortir de l’OMC et multiplier les désaveux de la signature de son prédécesseur, il n’a pas le monopole du protectionnisme.
Photo: Jim Watson Agence France-Presse Le président Donald Trump a beau camper le rôle du mauvais joueur, menacer de sortir de l’OMC et multiplier les désaveux de la signature de son prédécesseur, il n’a pas le monopole du protectionnisme.

Le Canada n’a pas ou n’a plus le choix, c’est selon. Mais décrier l’ensemble de l’oeuvre protectionniste de Washington auprès d’une Organisation mondiale du commerce déjà qualifiée de « désastre » par Donald Trump n’est pas annonciateur de jours heureux pour le multilatéralisme asymétrique.

La plainte du Canada contre les États-Unis a été déposée à l’OMC le mois dernier. Elle a été rendue publique mercredi au lendemain d’une énième décision défavorable rendue par le département du Commerce américain, touchant cette fois le papier journal canadien. Elle a été accompagnée d’informations provenant de sources généralement bien informées évoquant un retrait des États-Unis de l’Accord de libre-échange nord-américain. Rétorsion ou pas, l’évolution de ce contentieux canado-américain dévoile au grand jour tout le déséquilibre du rapport des forces en présence et confirme les limites, voire l’impuissance, de l’OMC à y faire contrepoids.

L’OMC est dans la mire de Donald Trump depuis la dernière campagne présidentielle. Mais ses assises sont fragilisées depuis belle lurette. Depuis la crise financière de 2008-2009, diront certains. Depuis l’adhésion de la Chine en 2001, diront d’autres. Avec le GATT pour précurseur, l’organisme a longtemps joué son rôle au sortir de la Deuxième Guerre mondiale sous la poussée du multilatéralisme soutenue par les États-Unis, proposant l’application d’un mécanisme de règlement des différends au lieu d’un affrontement commercial direct. L’OMC a toutefois frappé le mur de la « mondialisation capitaliste » vivement dénoncée depuis la crise. Le « Buy American and Hire American Act » décrété en avril 2017 est venu secouer une organisation déjà ébranlée par les accusations de Donald Trump qui, elles, se nourrissaient des limites des accords commerciaux internationaux dont les effets inégalitaires ont été mis à nu par la crise.

L’OMC a été, depuis, incapable de générer de nouveaux cycles de négociations ni de moderniser les ententes signées. Encore moins de régler les désaccords entre ces 164 membres, notamment ceux entre certains et la Chine, ni de s’assurer de l’application systématique de ses décisions. Elle subit aujourd’hui les attaques de la première puissance économique mondiale, avec un gouvernement Trump contestant sa pertinence.

Pour ce dernier, les règles de l’OMC manquent de transparence et n’empêchent pas des acteurs importants de les ignorer, voire de multiplier les entorses au libre-échange, pointant en direction de la Chine. « Nous ne pouvons pas maintenir une situation dans laquelle de nouvelles règles ne s’appliquent qu’à quelques-uns alors que d’autres obtiennent un passe-droit parce que ce sont des pays en développement », avait souligné en décembre le représentant américain pour le Commerce extérieur, qui écorchait également l’Inde au passage.

À cela s’ajoute le choix de la Maison-Blanche de prioriser les accords bilatéraux et de bloquer les nominations au sein de l’organisme de règlement des conflits. Sans compter les nombreux appels à la défense de la souveraineté américaine en matière de politique commerciale d’un gouvernement Trump prônant « les États-Unis d’abord ». D’autant qu’on ne se sent pas directement soumis aux décisions de l’OMC. Et que le président peut imposer des tarifs douaniers sans l’approbation du Congrès.

Mais Donald Trump a beau camper dans le rôle du mauvais joueur, menacer de sortir de l’OMC et multiplier les désaveux de la signature de son prédécesseur, il n’a pas le monopole du protectionnisme. Son biais protectionniste repose sur une tendance lourde devenue évidente avec la Grande Récession de 2009. L’OMC a été la première à mesurer et à constater l’intensité de ce réveil du protectionnisme qu’elle n’a pas su contenir. Pas moins de 2000 mesures restrictives au commerce ont été introduites durant la période 2009-2016, a-t-elle chiffré. Sans compter la prolifération des politiques monétaires manipulant les taux de change. On pense à l’imposition de tarifs douaniers, de quotas à l’importation, de subventions gouvernementales, de clauses sur le contenu local et de barrières réglementaires. Seulement au sein du G20, plus de 1440 mesures restrictives au commerce de marchandises ont été imposées — et seulement quelque 350 éliminées — entre 2010 et 2015.