Papier journal: vives réactions face au protectionnisme de Washington

Les droits compensateurs feront des dommages dans le secteur de l’imprimerie aux États-Unis et nuiront aux journaux américains, ont souligné la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, et le ministre des Ressources naturelles, Jim Carr.
Photo: Anna Lubovedskaya Getty Images Les droits compensateurs feront des dommages dans le secteur de l’imprimerie aux États-Unis et nuiront aux journaux américains, ont souligné la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, et le ministre des Ressources naturelles, Jim Carr.

Comme pour le bois d’oeuvre, l’imposition par Washington d’une taxe punitive sur le papier journal canadien a soulevé un vent de protestation au nord de la frontière, où les gouvernements et les acteurs de l’industrie ont tour à tour critiqué cette nouvelle ronde protectionniste.

À la demande d’un petit producteur de l’État de Washington, la North Pacific Paper Company (NORPAC), le département du Commerce américain a décidé mardi soir d’imposer des droits compensateurs préliminaires allant de 0,65 % à 9,93 % aux producteurs canadiens, parmi lesquels figurent Produits forestiers Résolu, White Birch et Kruger.

Bien que des élus du Congrès américain et une alliance de centaines de journaux soient contre le geste de Washington, le gouvernement Trump a dit dans un communiqué qu’il agissait ainsi pour protéger les producteurs américains contre ce qu’il décrit comme « les effets déformants des subventions gouvernementales potentielles ».

La décision, suivie d’une autre sur les droits antidumping la semaine prochaine, porte sur le papier de pâte mécanique non couché. Outre le papier journal, cette catégorie comprend le papier pour livres format poche.

Plainte

NORPAC, qui a déposé sa plainte l’an dernier, estime que les producteurs canadiens sont avantagés par le régime forestier et du fait qu’ils peuvent vendre du courant aux distributeurs d’électricité dans certains contextes. NORPAC possède une seule usine et est détenue par un fonds de couverture de New York. Les producteurs canadiens estiment que la plainte ne tient pas la route.

Dix usines québécoises comptant 2000 travailleurs seront touchées par les droits. Résolu en compte cinq (Alma, Gatineau, Baie-Comeau, Clermont et Amos), comparativement à deux chez Kruger (Trois-Rivières et Bromptonville) et trois chez White Birch (Gatineau, Québec et Rivière-du-Loup). Selon Washington, les droits applicables à Résolu seront de 4,42 %, comparativement à 9,93 % pour Kruger et 6,09 % pour Catalyst. White Birch Paper Canada sera touchée à hauteur de 0,65 %. Les droits imposés aux autres seront de 6,53 %.

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Il s’agit du nombre d’usines québécoises touchées par les droits compensateurs. Elles comptent 2000 travailleurs.

Le gouvernement des États-Unis vient de mettre la table à des pertes d’emplois dans l’imprimerie américaine, a affirmé Ottawa. Pour le gouvernement fédéral, l’industrie et les syndicats, il s’agit d’une troisième gifle tarifaire depuis 2015, après le papier surcalandré (pour magazines) et le bois d’oeuvre.

Outre les dommages dans le secteur de l’imprimerie aux États-Unis, ont dit la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, et le ministre des Ressources naturelles, Jim Carr, « tout droit compensateur aura un effet négatif direct sur les journaux américains, notamment ceux des petites municipalités ».

Selon le gouvernement Couillard, qui s’est dit « profondément déçu », le Québec produit la moitié des exportations canadiennes du papier visé. Le syndicat Unifor a affirmé que le geste « menace des emplois chez nous ».

Montants en jeu

Résolu s’attend à des paiements potentiels de 45 millions par année pour acquitter les droits sur les exportations de ses cinq usines touchées. Celles-ci comptent environ 1000 employés. Ailleurs au Québec, la compagnie compte deux usines, à Dolbeau et à Kénogami, qui fabriquent du papier surcalandré. Elle exploite aussi une usine de pâte à Saint-Félicien et plusieurs scieries.

Les droits de mardi soir, a dit un porte-parole de Résolu, s’ajouteraient aux droits sur les papiers surcalandrés, imposés depuis 2015, et à ceux sur le bois d’oeuvre annoncés l’an dernier. « En gros, si on se transporte à la fin de 2018 et qu’on additionne tout, c’est 100 millions pour le papier surcalandré, 100 millions pour le bois d’oeuvre et 45 millions pour le papier non couché. »

La compagnie estime qu’il est trop tôt pour parler de mises à pied. Mais la décision de Washington pourrait entraîner une hausse du prix du papier, notamment pour les journaux américains. Il n’est pas impossible qu’une baisse de la demande en sol américain, à plus long terme, puisse lui donner du fil à retordre. « S’il y a moins de clients, il y a moins de commandes. S’il y a moins de commandes, je produis moins, et à ce moment-là il peut y avoir des conséquences », a dit en entrevue le directeur principal des affaires publiques et relations gouvernementales de Résolu, Karl Blackburn. « Mais pour le moment, il est prématuré de conclure à quelque scénario que ce soit. »

« Dans le cas du papier surcalandré, qui vise nos usines de Dolbeau et de Kénogami, on paie les taxes depuis 2015. On a fait des efforts considérables », a ajouté M. Blackburn. « On a dû arrêter Kénogami pendant deux semaines au cours des Fêtes en raison du carnet de commandes, mais les deux usines fonctionnent encore sur une base annuelle. »

La baisse de la demande pour le papier journal n’est pas due aux importations, ont fait valoir les opposants, mais aux plateformes numériques. « Nous sommes abasourdis par le fait qu’une seule usine de Longview, dans l’État de Washington, soit capable de manipuler les lois commerciales à son avantage tout en occasionnant potentiellement des dommages financiers chez les journaux et autres éditeurs commerciaux partout au pays », a écrit mercredi matin la News Media Alliance, qui regroupe des centaines de journaux aux États-Unis.

1 commentaire
  • Gilles Bonin - Abonné 10 janvier 2018 18 h 30

    Blablabla...

    On est tellement dépendant des USA que nous devons «obligatoirement» accepter tout ce qu'ils font avec leurs penchants protectionistes. À moins de se lever, subir temporairement le contre-coup économique et nous tourner vers les autres marchés - mais notre peuple (canadien et québécois) peut-il même seulement accepter de ne pas manger de fraises en hiver? Alors pour tout le reste...