Il faut mieux expliquer les tarifs sur le carbone, selon le Conference Board

«En tant qu’utilisateurs finaux de l’énergie, lorsqu’on prend une décision d’achat d’un véhicule, par exemple, on doit pouvoir internaliser le coût relatif d’un choix par rapport à un autre », affirme Louis Thériault, du Conference Board.
Photo: Jacques Grenier Le Devoir «En tant qu’utilisateurs finaux de l’énergie, lorsqu’on prend une décision d’achat d’un véhicule, par exemple, on doit pouvoir internaliser le coût relatif d’un choix par rapport à un autre », affirme Louis Thériault, du Conference Board.

Il est grand temps que les gouvernements améliorent leurs communications auprès de la population pour que celle-ci comprenne l’ampleur des efforts requis pour atteindre les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre, affirme le Conference Board.

Dans une longue analyse de plusieurs scénarios sur les impacts économiques potentiels sur les catégories de dépenses et les secteurs d’activité, l’organisme mentionne que la tarification du carbone figure au rang des enjeux qui doivent être mieux expliqués.

« Les consommateurs doivent voir clairement l’impact de ces politiques de tarification. En tant qu’utilisateurs finaux de l’énergie, lorsqu’on prend une décision d’achat d’un véhicule, par exemple, on doit pouvoir internaliser le coût relatif d’un choix par rapport à un autre », a affirmé lors d’un entretien le vice-président à la stratégie industrielle et aux politiques publiques du Conference Board, Louis Thériault.

La tarification du carbone consiste à coller un prix aux émissions polluantes afin de forcer des changements dans la façon de produire et consommer, de l’entreprise jusqu’au consommateur. Elle a déjà été adoptée sous diverses formes par le Québec, la Colombie-Britannique, l’Ontario et la Californie, de même que par plusieurs pays du monde. Un certain nombre d’États américains l’envisagent aussi.

À l’heure actuelle, les enchères de droits d’émissions auxquelles participent les entreprises québécoises se soldent par un prix de vente se situant entre 18 $ et 19 $. À la pompe, par exemple, cela se traduit par l’ajout de quelques cents. Le gouvernement souhaite un prix minimal de 10 $ à l’échelle pancanadienne en 2018, lequel grimperait à 50 $ d’ici 2022.

« Il faut s’assurer que la tarification du carbone est bien comprise par le consommateur. C’est central, parce que les niveaux vont devoir augmenter, a ajouté M. Thériault. On n’est pas encore à des niveaux qui sont suffisants pour entraîner un changement de comportement profond, mais un jour, on devra atteindre des niveaux beaucoup plus sérieux, et là, le consommateur doit comprendre que c’est permanent. »

Selon un premier scénario imaginé par le Conference Board, la tarification pourrait occasionner en 2018 un impact négatif de 2 milliards sur le revenu de l’ensemble des ménages canadiens, soit 57 $ par personne. Cela s’explique par le fait que la tarification nouvellement instaurée n’aura pas le temps d’entraîner un changement de comportement immédiat. L’impact pourrait atteindre 11,7 milliards en 2025, bien que les ménages seront incités à trouver des moyens pour s’adapter.

Outre la tarification, il faudra « des billions de dollars en dépenses d’investissement dans les infrastructures de production d’énergie propre et des modifications importantes dans la façon dont les Canadiens consomment l’énergie », a ajouté le groupe de recherche.

Pour réduire les émissions de GES de 60 % d’ici 2050 par rapport à 1990, il faudrait investir environ 2000 milliards, dont 1700 milliards dans l’électricité propre (hors Québec) et plus de 350 milliards dans des choses comme les biocarburants et l’agriculture.

Alors que certains secteurs seront plus touchés que d’autres, comme les investissements des entreprises et la consommation des ménages, d’autres verront une hausse d’activité, dont les investissements publics. Sur le produit intérieur brut dans son ensemble, l’impact de la tarification serait « petit », selon M. Thériault.

À un prix de 50 $ la tonne, le marché du carbone permettrait de récolter des revenus pancanadiens de 30 milliards, selon le Conference Board.