Le retour de la Lincoln Continental

Ford repart à la conquête du marché de luxe en dépoussiérant la Continental, qui sera offerte simultanément aux États-Unis et en Chine.
Photo: Jim Watson Agence France-Presse Ford repart à la conquête du marché de luxe en dépoussiérant la Continental, qui sera offerte simultanément aux États-Unis et en Chine.

Lincoln (groupe Ford) et Nissan ont occupé l’avant-scène mardi au deuxième jour du salon de Detroit, affichant leur ambition de reconquérir les rentables catégories du luxe et des pick-up 4x4.

Chez Lincoln, le nom « Continental » a été sorti de la naphtaline après 14 ans d’absence pour désigner une limousine aux lignes à la fois imposantes et musclées, bardée de technologies. Lincoln, marque qui équipa des années 1960 à 1980 la présidence des États-Unis, a disparu du devant de la scène depuis des années avec des produits qui n’étaient que des versions « plaquées or » de plébéiennes Ford. Elle ne pointe qu’en sixième position des marques « premium » aux États-Unis, derrière les Allemandes (BMW, Mercedes, Audi), Lexus (groupe Toyota) et Cadillac (General Motors). La nouvelle Continental a une ambition mondiale, puisqu’elle sera distribuée simultanément aux États-Unis et en Chine, les deux premiers marchés automobiles du globe.

Elle représente les espoirs de Ford de revenir dans le peloton de tête du segment du luxe. S’il ne représente que 10 % des ventes totales de véhicules, ce segment génère 50 % des bénéfices grâce à des marges importantes, selon les chiffres des analystes. « C’est notre produit vedette. Il est très important pour nous ici aux États-Unis et en Chine », souligne Khumar Galhotra, le président de Lincoln, qui a annoncé un prix de base nettement inférieur à celui des voitures concurrentes fabriquées par les rivaux.

Mêmes ambitions pour Nissan avec son nouveau pick-up (camionnette à plateau) géant Titan XD, qui, grâce notamment à un V8 diesel, vise à contester l’hégémonie des Ford F-150, RAM, GMC, Chevrolet et autres 4x4 symboles de l’industrie automobile américaine. Le F-150, récompensé moult fois par les professionnels, est depuis des décennies le véhicule le plus vendu aux États-Unis et constitue la poule aux oeufs d’or de Ford qui vient de lancer une nouvelle version utilisant largement l’aluminium. « Lors des dernières années, Nissan a fait mieux que les autres constructeurs dans tous les segments, sauf les pick-up de grande taille », a remarqué le patron de la marque pour l’Amérique du Nord, José Muñoz.

La catégorie des véhicules lourds, pick-up ou VUS, n’a jamais été aussi florissante, sur fond de prix de l’essence très faibles. Elle représentait en décembre 60 % des ventes de véhicules particuliers aux États-Unis.

La plupart des constructeurs ont le sourire cette année au salon de Detroit, après un cru 2015 record aux États-Unis. Seule exception, l’allemand Volkswagen, éclaboussé par le scandale des moteurs diesel truqués pour déjouer les tests antipollution. Son dirigeant, Matthias Müller, doit rencontrer mercredi la chef de l’agence de protection de l’environnement (EPA), après avoir passé les premières journées du salon de Detroit à présenter ses excuses aux Américains. VW risque des dizaines de milliards de dollars de pénalités.

Les autorités américaines ont estimé mardi que le plan proposé par Volkswagen pour remettre aux normes certaines voitures diesel équipées de moteurs truqués aux États-Unis ne pouvait pas être approuvé en l’état. L’agence californienne de protection de l’environnement (Carb), qui avait contribué à faire éclater le scandale aux États-Unis en septembre, a annoncé avoir « rejeté » les mesures qui lui avaient été soumises en novembre par le constructeur allemand et qui concernent les voitures de deux litres de cylindrée. « Le plan proposé contient des failles » et « ne répond pas de manière appropriée aux impacts plus généraux [des moteurs truqués] sur la performance des véhicules, les émissions [de gaz] et la sécurité », indiqué l’agence californienne dans un communiqué.

EPA a, elle, indiqué dans un communiqué distinct, convenir que le plan proposé par VW au Carb n’était pas « acceptable ».

Les fantômes du passé hantent l’automobile américaine

Mais l’affaire Volkswagen n’est pas la seule épine dans le pied de l’industrie automobile aux États-Unis. En 2014, les Américains ont découvert que GM avait, pendant une dizaine d’années, été au courant que certaines de ses voitures étaient équipées d’un défaut du commutateur d’allumage et avait décidé de n’en rien faire. Le bilan est lourd : 124 morts et des centaines de blessés.

L’an dernier, outre Volkswagen, l’industrie a été secouée par le scandale des sacs gonflables défectueux de l’équipementier nippon Takata qui peuvent exploser en cas de déploiement, tuant ou blessant conducteur et passager avant. Fiat Chrysler a aussi été contraint de rappeler plusieurs modèles de Jeep dont les réservoirs placés à l’arrière explosaient en cas d’accident.

À terme, ces affaires « vont pousser à plus de transparence », prédit Anil Valsan chez EY (ex Ernst Young). « On devrait voir les constructeurs demander à leurs sous-traitants et fournisseurs de partager les responsabilités. Ce qui va inciter ces derniers à mieux évaluer leurs procédures et technologies », prévoit l’expert.

D’autant qu’ils seront désormais dans le viseur des régulateurs, qui ont accru leurs contrôles. C’est le cas de l’Agence de sécurité routière américaine (NHTSA) qui a infligé des amendes récemment à Fiat Chrysler pour des manquements liés à la sécurité. GM a écopé de 900 millions de dollars d’amende et VW pourrait avoir à payer au moins 20 milliards.

Il y a aussi la pression des actionnaires, mécontents de voir ces scandales diminuer la valeur de leurs titres ainsi que la vigilance accrue des associations de consommateurs, résume M. Valsan.

Le ministre Daoust à Detroit

Le ministre de l’Économie, de l’Innovation et des Exportations, Jacques Daoust, est à Detroit « pour faire la promotion de l’expertise des entreprises du secteur automobile québécois auprès d’investisseurs nord-américains ». Une série de rencontres prévues en marge du Salon automobile a pour objectif « d’attirer chez nous, au Québec, des investissements étrangers, notamment dans le domaine de l’assemblage des véhicules électriques. D’ailleurs, le Québec se positionne vers l’avenir en mettant en oeuvre deux nouvelles stratégies en matière d’électrification des transports et d’utilisation de l’aluminium à faible empreinte carbone pour tirer davantage profit du créneau en pleine croissance des véhicules plus écologiques », a résumé Jacques Daoust. « Le Québec possède une base industrielle solide, composée notamment de fournisseurs de pièces novateurs et compétitifs qui favoriseront le rayonnement d’une véritable industrie du transport électrique. Cela dit, Montréal sera l’hôte du 29e World Electric Vehicle Symposium and Exhibition (EVS29), qui se tiendra en juin prochain, confirmant ainsi notre rôle de chef de file mondial en électrification des transports. »

Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne


À voir en vidéo