Une mesure de la réussite de l’immigration

Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir

Les immigrants économiques sélectionnés par le Québec et les enfants d’immigrants performent aussi bien, voire mieux que les Québécois nés au pays en matière de lecture et de calcul.

Au moment où la question de l’immigration est sur toutes les lèvres, les données dévoilées mercredi par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ), dans un volumineux rapport sur les compétences en littératie et en numératie, font voir les nouveaux arrivants d’un nouvel oeil.

Même si, de manière générale, les immigrants récents et de longue date ont des compétences moins élevées que les Québécois de naissance en littératie et en numératie, le portrait se présente tout à fait différemment lorsque l’on considère les catégories d’immigrants.

Les immigrants économiques, qui sont sélectionnés par le gouvernement du Québec sur la base de leur potentiel pour le marché du travail, performent aussi bien que les Québécois nés au pays. En contrepartie, les réfugiés et les immigrants arrivés au pays par le biais d’un regroupement familial tirent de l’arrière.

Choc des générations

Le rapport publié mercredi contient les données québécoises du Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes (PEICA), lequel est coordonné par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Cette enquête a été menée en 2011 et 2012 dans 24 pays, dont le Canada.

Il s’agit d’un exercice d’évaluation de grande envergure qui situe les répondants sur une échelle de 1 à 5. Même si l’OCDE ne le dit pas aussi clairement que par le passé, les experts s’entendent généralement pour dire que le niveau 3 représente le seuil minimal de compétences requises pour être en mesure de participer activement à la vie sociale et économique. On se situe à ce niveau si on peut par exemple lire et comprendre des textes denses et longs (littératie) ou reconnaître, interpréter et analyser des données présentées dans des tableaux ou des graphiques (numératie).

Lorsqu’on décortique les données, on constate que les immigrants de 2e génération se classent mieux que les immigrants de 1re génération dans les deux domaines.

Mieux encore, ils devancent les Québécois de 3e génération ou plus : 58 % de ces enfants d’immigrants se trouvent au-dessus du seuil critique en matière de littératie, contre 48 % pour les Québécois de 3e génération ou plus. En numératie, l’écart demeure le même (53 % contre 45 %).

Les auteurs du rapport soulignent cependant que ces différences sont sans doute dues au fait que les personnes de la deuxième génération sont plus jeunes et plus scolarisées que le second groupe.

« C’est encourageant de voir que les enfants d’immigrants performent bien et qu’ils s’en tirent mieux que les immigrants pris globalement », note la responsable du rapport, Hélène Desrosiers.

Autre fait intéressant, les immigrants qui ont obtenu leur plus haut diplôme à l’extérieur du Canada traînent de la patte en matière de littératie et de numératie par rapport aux Québécois nés au pays. En comparaison, ceux qui décrochent leur diplôme au Canada font aussi bien que les Québécois de naissance.

À court de compétences

Le rapport produit par l’ISQ ne se limite pas à la question de l’immigration. Il confirme entre autres ce que rapportait Le Devoir en avril 2014, à savoir que même les Québécois les plus scolarisés ne disposent pas tous des compétences de base en matière de lecture et de calcul.

Parmi ceux qui détiennent un baccalauréat ou plus, 27 % se situent sous le niveau 3 en matière de littératie. Pour ce qui est de la numératie, près d’un bachelier sur trois (31 %) n’obtient pas la note de passage.

Mme Desrosiers admet que ces données « frappent », mais elle tient à les nuancer. « Il y a des personnes, même très scolarisées, qui peuvent avoir de la difficulté à atteindre un certain niveau, mais il ne faut pas crier que notre système d’éducation n’atteint pas ses cibles, affirme-t-elle. Il s’agit peut-être de personnes qui ont perdu leurs compétences sur le marché du travail avec le temps. » Elle y voit une preuve de l’importance de la formation continue.

Par ailleurs, lorsque l’on compare les compétences de l’ensemble des Québécois à celles des autres provinces, on constate que le Québec se situe en deçà de la moyenne canadienne dans les deux domaines étudiés. Près de 47 % des Québécois se classent au niveau 3 ou mieux en littératie, et 44 % font de même en numératie, alors que dans l’ensemble du Canada, ces proportions s’élèvent respectivement à 52 % et 45 %.

Cela dit, les Québécois de moins de 45 ans qui ont un diplôme d’études postsecondaires enregistrent de meilleurs résultats en littératie (chez les 25-44 ans) et en numératie (chez les 16-24 ans et les 25-44 ans) que leurs homologues du reste du Canada.