L’Ontario fonce, au désespoir de Harper

La première ministre de l'Ontario, Kathleen Wynne
Photo: Andrew Vaughan La Presse canadienne La première ministre de l'Ontario, Kathleen Wynne

Deux ans après que le patronat québécois eut refusé de financer la « rente longévité » imaginée par un comité d’experts, l’Ontario dévoile le détail de son propre plan. Or si le patronat ontarien craint lui aussi l’impact du nouveau plan de retraite, il s’est dit soulagé mardi des règles qui prévoient l’introduction du nouveau système sur trois ans.

Puisque le gouvernement fédéral refuse de bonifier le Régime de pensions du Canada, un irritant majeur pour l’Ontario, la première ministre Kathleen Wynne a décidé d’instaurer un plan visant à procurer une rente de retraite aux 3,5 millions de travailleurs qui n’ont pas accès à un régime.

« Je crois que c’est la bonne chose à faire », a dit Mme Wynne, dont le plan coûtera 2,16 $ par jour à une personne qui gagne 45 000 $ par année. Le programme est « réellement tourné vers l’avenir, faisant de l’Ontario un lieu où il fera bon travailler, investir et vieillir », a-t-elle ajouté.

Selon Queen’s Park, il s’agit entre autres de « mettre en commun le risque de placement et de longévité » de manière à ce que les gens n’épuisent pas complètement leur épargne.

Le premier ministre Stephen Harper, qui dénonce ce plan depuis le début, ne s’est pas gêné pour aborder le sujet de front même si on ne l’a pas interrogé sur le sujet. « C’est une énorme hausse d’impôt. Ce n’est pas une bonne idée. C’est nuisible à la classe moyenne et c’est évidemment une mauvaise chose pour l’emploi. Et c’est mauvais pour l’économie », a-t-il dit lors d’un événement de campagne dans la région torontoise.

Le Régime de pensions du Canada prévoit un revenu de retraite maximal de 12 780 $ par année. Puisque le montant maximal des gains admissibles est de 53 600 $, cela représente un taux de remplacement d’environ 25 %. Pour une personne gagnant 45 000 $, le plan ontarien prévoit un taux de remplacement de 15 %.

De manière générale, les experts estiment qu’il faudrait, à la retraite, que le revenu total vienne remplacer de 50 % à 70 % du salaire préretraite.

Le programme couvrira les entreprises en quatre vagues, dont la première aura lieu le 1er janvier 2017 auprès des sociétés de 500 employés ou plus. Pendant la première année, employeurs et employés cotiseront 0,8 % chacun, pour un total de 1,6 %. À la troisième année, ces montants atteindront respectivement 1,9 % et 3,8 %. En 2022, les prestations commenceraient.

Le projet de loi sur le Régime de retraite de la province de l’Ontario (RRPO) a été adopté par l’Assemblée législative en avril 2015, mais le gouvernement n’en a dévoilé le fonctionnement que mardi. Les employeurs et travailleurs qui ont déjà un régime « comparable » seront exemptés.

Comparaison avec le Québec

En guise de comparaison, la « rente longévité » évoquée par le comité d’Amours en 2013 prévoyait un financement de 3,3 % — réparti à parts égales entre employeurs et travailleurs — et une mise en place sur cinq ans. Les versements auraient commencé à 75 ans. Il aurait coûté au total 4 milliards par année, quoique ce montant aurait pu être inférieur en raison d’un arrimage avec les régimes déjà en place chez certains employeurs.

Les PME seront affectées en deux vagues distinctes au cours des deux années suivantes, avec les mêmes taux de cotisation. Aux yeux de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), dont 86 % des membres ont manifesté leur opposition, il s’agit ni plus ni moins d’une « taxe sur la masse salariale qui va tuer l’emploi ».

La Chambre de commerce de l’Ontario a dénoncé le coût global du plan, mais a reconnu que la mise en place graduelle était une bonne chose. Elle s’est aussi réjouie du fait que la définition d’un « régime comparable », permettant d’exempter des employeurs, comprenne certains régimes à cotisations déterminées.

« De manière très générale, le gouvernement a répondu à nos représentations », a écrit la Chambre, qui demeure « préoccupée » par la compétitivité de la province. Selon un récent sondage auprès de ses membres, la mise en place de cotisations obligatoires se solderait, chez 44 % d’entre eux, par une réduction de personnel ou un rythme d’embauche au ralenti.

6 commentaires
  • Maryse Veilleux - Abonnée 12 août 2015 06 h 36

    Wow!

    L'Ontario est en voie de devancer le Québec sur le plan social, dont monsieur Couillard et son party se livrent à un derby de démolition des programmes sociaux. Quant au commentaire de monsieur Harper, tout ce qui est programme social et ne profite pas au 1% est une mauvaise idée.

  • Bernard Terreault - Abonné 12 août 2015 08 h 04

    Opposition stupide

    Ces personnes à revenu à revenu faible qui n'ont pas de fond de pension décent auront à être secourues par l'assistance sociale quand elles vieilliront, ça va coûter encore plus cher à l'État!

    • Gilles Théberge - Abonné 12 août 2015 09 h 09

      Pourtant le revenu de base universel règlerait la situation, et pour tout le monde.

      Mais c'est trop simple probablement pour les esprits tordus des dirigeants.

  • Jacques Morissette - Inscrit 12 août 2015 09 h 13

    Un bel exemple de courage.

    Un gouvernement fait place à plus d'équité sociale, j'me dis sans hésité qu'il est sur la bonne voie. Ce geste posé par la première ministre de l'Ontario Kathleen Wynne dénote qu'elle est courageuse de prendre ses responsabilités bien en main, au nom de tous.

  • Yvon Bureau - Abonné 12 août 2015 09 h 54

    Une fierté pour l'Ontario !

    Admiration et gratitude.

  • Marc Langlais - Inscrit 12 août 2015 12 h 47

    Bravo!

    C'est aussi un bon pas vers la sensibilisation.
    On devrait faire de même au Québec. Tous devraient avoir un petit bas de laine destiné à la retraite. Retraite de plus en plus longue et coûteuse...
    Les détracteurs n'en voient que les inconvénients à court terme: oui la masse salariale va monter, mais peut-être que les (futurs) retraités pourront continuer à consommer...
    Quant au revenu de base, j'ai peur que ça démotive les gens à travailler et s'asseoir sur le confort (et l'indiférence)... Un peu comme dans l'ancienne URSS "commmuniste"...