Contre une épargne-retraite forcée

Le ministre des Finances Joe Oliver
Photo: Darryl Dyck La Presse canadienne Le ministre des Finances Joe Oliver

Une hausse des cotisations au Régime de pension du Canada, vivement dénoncée par les employeurs, s’est invitée dans la campagne électorale au fédéral. La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) brandit les résultats d’un récent sondage concluant à une opposition généralisée, même chez les travailleurs, à toute épargne-retraite forcée.

Évoquant la rencontre des premiers ministres dans le cadre d’un Conseil de la fédération se tenant à St. John’s mercredi, la FCEI a rendu publics lundi les résultats d’un sondage concluant que travailleurs et employeurs unissent leur voix pour dénoncer une éventuelle hausse obligatoire des cotisations au RPC/RRQ.

« L’augmentation des cotisations au RPC/RRQ est perçue par certains comme étant la solution en la matière. Toutefois, tant du point de vue des travailleurs que de celui des chefs de PME, les données que nous avons recueillies démontrent clairement que cette option n’est certainement pas la voie à privilégier pour encourager l’épargne en vue de la retraite », a souligné Martine Hébert, vice-présidente principale et porte-parole nationale de la FCEI.

Ce débat sur la bonification du régime public au Canada persiste depuis cinq ans. Le gouvernement conservateur s’y est toujours opposé, associant une telle bonification à une taxe additionnelle sur la masse salariale. Ottawa a cependant surpris en faisant volte-face en mai. Dans le contexte d’une campagne électorale au fédéral, le ministre des Finances Joe Oliver a annoncé qu’il lancerait cet été des consultations pour jauger la possibilité de permettre aux travailleurs d’effectuer des contributions supplémentaires volontaires au RPC en réponse à une épargne-retraite individuelle jugée insuffisante. Le Parti libéral et le NPD sont plutôt favorables à une hausse obligatoire.

REER et CELI

Dans un sondage Ipsos-Reid réalisé pour la FCEI, « près de 60 % des travailleurs du pays affirment ne pas être en mesure de cotiser plus pour leur retraite [51 % parmi les propriétaires de PME]. Lorsqu’on leur demande quel est le meilleur moyen dont dispose le gouvernement pour les aider à épargner, seulement 18 % des répondants citent une hausse obligatoire du RPC/RRQ [5 % chez les entreprises]. […] Il est important que les élus sachent que les travailleurs choisiraient de cotiser davantage à un REER, à un CELI ou à un autre instrument d’épargne-retraite privé plutôt qu’obligatoirement au RPC ou à la RRQ », peut-on lire dans le communiqué de l’organisation patronale.

« Les travailleurs canadiens pensent que le meilleur moyen dont dispose le gouvernement pour les aider à épargner davantage en vue de leur retraite est de contrôler les dépenses publiques pour réduire les impôts (39 %) et de créer de nouveaux incitatifs pour encourager les gens à épargner (37 %). »

S’ils avaient plus d’argent à consacrer à l’épargne en vue de leur retraite, 51 % des travailleurs privilégieraient le CELI — dont le plafond permis de contribution annuelle vient d’être doublé — et 44 % le REER. Chez les entreprises, 46 % retiendraient le REER collectif. « Seuls 19 % des travailleurs souhaiteraient faire des cotisations supplémentaires volontaires au RPC/RRQ », ajoute la FCEI, dont les membres sont, il va sans dire, « plutôt d’accord pour que l’on permette à ceux qui le désirent de cotiser davantage au RPC/RRQ sur une base volontaire ».

Ce sondage a été réalisé auprès de 1150 employés canadiens. Sa marge d’erreur est de plus ou moins 3,3 points de pourcentage 19 fois sur 20. Celui auprès des entreprises a été réalisé en ligne auprès de 7889 propriétaires de PME. La marge d’erreur est de plus ou moins 1,1 point de pourcentage, 19 fois sur 20.


 
4 commentaires
  • Francois Cossette - Inscrit 14 juillet 2015 06 h 37

    Un autre sondage ..... commandé !!!

    C'est le type de sondage ou tout est dans la question pour avoir la reponse désirée. Si on avait plutot demandé aux gens s'il était d'accord pour payer un peu plus et ainsi avoir une retraite plus confortable, la réponse aurait été différente. Quand on propose ce genre de sondage on devrait toujours fournir les questions, pas juste les réponses.

    On sait bien que , de nos jours, les sondages servent a legitimer une position plutot qu'a la confirmer.

  • Pierre Alarie - Abonné 14 juillet 2015 11 h 16

    à qui profit le crime?

    La question est de savoir à qui profite ces affirmations douteuses qui sont propagées comme des vérités par des sondages.
    Il ne faut pas être surpris que la Fédération canadienne des entreprises indépendantes ne favorise pas l’amélioration du Régime des rentes du Québec. En faisant la promotion des REER et des régimes volontaires, les employeurs s’évitent de faire leur part en plus de favoriser les profits des entreprises bancaires. Les frais de gestion des REER au Canada sont parmi les plus élevées au monde. Selon le Journal Les Affaires, sur une période de 10 ans, la moyenne de rendement annuel était inférieure aux frais de gestion.
    Actuellement, près d’une personne sur deux vis sous le seuil de pauvreté à 65 ans. Les REER et les régimes volontaires ne permettent pas aux citoyens d'obtenir un revenu satisfaisant à la retraite. Le seul investissement qui permet aux citoyens d’obtenir une pension garantie est le RRQ. En le bonifiant, on permettrait aux citoyens et citoyennes de vivre plus dignement à l’âge de la retraite.

    • Emmanuel Lyng-Sabatier - Inscrit 15 juillet 2015 03 h 07

      Tout à fait d'accord, c'est le principe du système français de base pour assurer une retraite minimum. L'assurance privée n'est accessible qu'aux riches donc sans augmentation de la RRQ, le nombre de retraité pauvre augmentera.

      Quant à moi, je sais depuis que je suis jeune qu'il n'y aura plus d'argent dans les caisses pour financer ma retraite alors je travaillerai jusqu'à ma mort. La génération sacrifiée paye à toutes les étapes de la vie.

  • Sylvain Auclair - Abonné 14 juillet 2015 12 h 39

    Alors, abolissons la Régie des Rentes

    Et laissons crever les retraités.