Quand la vie fait des siennes

Chez les gens qui préparent leur retraite, quatre personnes sur dix craindraient de ne pas avoir mis assez d’argent de côté.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Chez les gens qui préparent leur retraite, quatre personnes sur dix craindraient de ne pas avoir mis assez d’argent de côté.

Prévoir l’imprévisible ? Peut-être. Les épreuves majeures et inattendues sont si répandues dans les années précédant la retraite qu’il faudrait en parler davantage lors du processus de planification.

Selon un grand sondage réalisé pour la Commission des valeurs mobilières de l’Ontario (CVMO), pas moins de 6 personnes sur 10 ont dû composer avec un événement de la vie si perturbateur qu’il a ébranlé les colonnes du plan de retraite.

« Les crises financières imprévues qui bouleversent l’épargne accumulée et la planification des dépenses de retraite sont beaucoup plus fréquentes que ce que nous avions anticipé, particulièrement pendant les années de préretraite », a écrit le Brondesbury Group dans son rapport, qui porte également la signature de la CVMO.

« Puisque beaucoup de gens vivent des épreuves déstabilisantes, il est clair que la supposition des besoins imprévus devrait faire davantage partie de la planification. Il faudrait parler de la flexibilité », ajoute le rapport intitulé Les étapes financières de la vie des Canadiens plus âgés.

Le sondage a été réalisé cet hiver auprès de 1500 Canadiens âgés de 50 ans et plus dans toutes les régions du pays, dont 400 personnes du Québec. La marge d’erreur statistique est de 2,5 %, 19 fois sur 20.

Au lieu de généraliser en mettant tout le monde dans le même panier, le rapport plaide pour la distinction entre trois groupes : les préretraités, les retraités et les 75 ans et plus. Plus de la moitié des gens ont un « plan informel », mais le sondage indique que, chez ceux qui s’approchent de la retraite, 32 % n’ont aucun plan.

Grandes épreuves

Les trois principales épreuves qui secouent l’épargne ou le plan de retraite sont liées au soutien financier soudain d’un proche, à des dépenses de santé qui surviennent rapidement et à des pertes significatives et permanentes dans les marchés boursiers.

De manière plus générale, une retraite hâtive, contre le gré de la personne, se place au premier rang des événements perturbateurs pour les 75 ans et moins. Chez les retraités de cette catégorie, le tiers a quitté le monde du travail avant l’échéance prévue initialement. De ce groupe, les deux tiers des répondants ont dit qu’ils avaient dû prendre leur retraite pour des raisons de santé.

Par ailleurs, le sondage révèle que, chez les gens qui préparent leur retraite, quatre personnes sur dix craignent de ne pas avoir mis assez d’argent de côté. Chez les répondants déjà à la retraite, cette inquiétude touche seulement 25 % des gens. « Ceci n’est pas tant le reflet de l’épargne mise de côté, mais celui de l’ajustement aux moyens que l’on a une fois rendu à la retraite », indique le rapport.

En raison de l’espérance de vie plus longue et l’épargne limitée de plusieurs, le seuil des 75 ans revient souvent comme un moment important dans la retraite. Il y a quelques années, un comité d’experts réunis par la Régie des rentes a lancé l’idée d’une « rente longévité », financée par les employeurs et les travailleurs, qui serait versée à partir de 75 ans. Cette rente, qui n’a jamais vu le jour, devait alléger la pression sur le système de retraite et les régimes complémentaires mis sur pied par les entreprises.

Le sondage a également tenté de mesurer l’ampleur du phénomène de la fraude. Près de cinq personnes sur dix disent avoir été un jour placées devant une occasion d’investissement qui était clairement frauduleuse. Dans un précédent sondage, en 2012, c’était 27 %.

Depuis les années 2000, l’éducation financière et l’attention portée aux aînés a pris plus de place dans la mission des autorités réglementaires, qui doivent jouer à la fois un rôle de gendarme de l’industrie et de chien de garde des investisseurs.

À ce chapitre, l’Autorité des marchés financiers doit dévoiler cette semaine sa stratégie en matière d’éducation financière. Dans un document décrivant les grandes priorités, l’AMF a rappelé que l’OCDE a récemment compté 50 États qui travaillent sur le sujet.