Les entreprises s’inquiètent d’un éventuel «Brexit»

Deux semaines après la réélection de David Cameron, les entreprises tirent la sonnette d’alarme devant une possible sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, qui doit faire l’objet d’un référendum promis par le premier ministre conservateur.

«Avec un référendum dans 18 mois peut-être, ce n’est pas le moment pour l’industrie de se montrer timide sur l’UE», a estimé mercredi soir le président du géant aéronautique, Airbus dans le pays, Paul Kahn, dans un discours largement relayé par les médias britanniques. Mike Rake, le président de la Confédération des industries britanniques (CBI), la principale organisation patronale du pays, venait justement d’appeler les entreprises à faire entendre leur voix pour maintenir le pays dans l’UE.

Le premier ministre conservateur, David Cameron, réélu lors des élections législatives du 7 mai, a promis un référendum sur la question d’ici à la fin 2017. Il devrait formaliser son projet lors du traditionnel Discours de la reine devant le Parlement britannique le 27 mai prochain.

Le sujet était quelque peu passé au second plan durant la campagne électorale, mais les entreprises se sont de plus en plus librement exprimées à cet égard depuis les élections, plaidant dans leur grande majorité pour un maintien dans l’UE. «L’Union européenne est essentielle à notre prospérité nationale», a fait valoir cette semaine Mike Rake, lors du dîner annuel de la CBI, qui affirme parler au nom de 190 000 entreprises de tout le pays. «Elle nous permet de définir un programme commercial, d’être partie du plus vaste accord de libre-échange [en cours de négociation avec les États-Unis] et d’être capables de concurrencer les géants mondiaux comme la Chine et l’Inde», a-t-il énuméré.

Airbus et Nissan

Certaines entreprises n’y sont donc pas allées par quatre chemins pour exprimer leur préférence. Le groupe Airbus, symbole de l’Europe industrielle, a prévenu qu’il pourrait revoir ses investissements dans le pays en cas de sortie de l’UE — un message susceptible de porter alors que l’entreprise emploie 17 000 personnes au Royaume-Uni, où sont conçues et fabriquées les ailes des avions de ligne. «Les risques économiques de long terme posés par une potentielle sortie du Royaume-Uni sont énormes», a avancé Paul Kahn, citant la compétitivité et l’emploi, dans un discours à Londres mercredi soir.

Le japonais Nissan, qui possède la plus grosse usine automobile du pays, dans le nord-est de l’Angleterre, a aussi mis en garde sur le fait qu’il pourrait revoir ses investissements en cas de sortie.

Une voix discordante est toutefois venue récemment de JCB, le troisième fabricant mondial d’engins de chantiers, dont le président a estimé que le Royaume-Uni pourrait sans doute négocier plus efficacement ses propres intérêts «en tant que pays plutôt qu’en tant que membre d’une organisation de 28 pays».

Les mises en garde viennent également d’un secteur d’activité crucial pour l’économie britannique: la finance, dont Londres est pour l’heure la capitale incontestée en Europe. La Deutsche Bank a ainsi fait savoir cette semaine qu’elle avait mis sur pied un groupe de travail chargé de «mesurer l’impact potentiel sur ses activités d’une sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne». Dans cette hypothèse, les experts étudieront l’opportunité de rapatrier certaines activités au sein de la zone euro, tout particulièrement en Allemagne.

Signe concret de l’inquiétude ambiante, la puissante Association des banquiers britanniques a indiqué mardi que certaines banques avaient repoussé à l’après-référendum leurs décisions sur des investissements dans le pays.

Face à ces pressions, le gouvernement pourrait être tenté d’avancer le référendum à l’année prochaine pour réduire la période d’incertitude. «Le plan est toujours de tenir le référendum d’ici la fin 2017. Si nous pouvons le faire plus tôt, on verra», a indiqué le porte-parole de David Cameron, qui plaide pour le maintien dans une union réformée. Il doit présenter ses arguments au sommet européen de Riga vendredi.

À voir en vidéo