Nokia absorbe le franco-américain Alcatel-Lucent

Le chef de la direction d’Alcatel-Lucent, Michel Combes, et celui de Nokia, Rajeev Suri, lors de la conférence de presse.
Photo: Thomas Samson Agence France-Presse Le chef de la direction d’Alcatel-Lucent, Michel Combes, et celui de Nokia, Rajeev Suri, lors de la conférence de presse.

L’équipementier en télécommunications finlandais Nokia va absorber le franco-américain Alcatel-Lucent dans le cadre d’un rachat visant à créer un nouveau champion européen, capable de rivaliser avec le géant suédois Ericsson et la concurrence chinoise.

L’opération, officialisée mercredi 24 heures après l’annonce de tractations en vue d’une fusion, doit donner naissance l’an prochain à un géant au chiffre d’affaires d’environ 27 milliards d’euros pour les seules infrastructures. Elle permettra à Nokia, recentré sur ce domaine depuis la cession finalisée en avril 2014 de ses téléphones et tablettes au géant américain Microsoft, de grandir face à Ericsson, son grand rival suédois, et au chinois Huawei, qui cherche à percer en Occident.

L’accord passé entre les deux anciennes stars des nouvelles technologies, a dissipé l’illusion d’un mariage entre égaux, consacrant l’absorption d’Alcatel. L’ex-fleuron industriel français était lesté depuis des années par l’échec de son union avec l’américain Lucent. La transaction sera concrétisée dans le cadre d’une offre publique d’échange d’actions au premier semestre 2016, valorisant Alcatel-Lucent à 15,6 milliards d’euros. Au final, les actionnaires de Nokia détiendront deux tiers du capital.

Le nouveau groupe aura pour seule bannière Nokia Corporation, il sera basé en Finlande et dirigé par les actuels patrons de l’équipementier nordique : Risto Siilasma à la présidence du conseil d’administration, Rajeev Suri à la direction générale. Les représentants d’Alcatel-Lucent disposeront de trois sièges sur neuf ou dix au conseil d’administration, dont le poste de vice-président.

Les discussions au sujet d’une possible fusion ont débuté en 2013, a indiqué mercredi M. Suri.

L’opération a fait monter l’action Nokia à Helsinki, mais elle a été très mal accueillie à la Bourse de Paris, où le titre Alcatel-Lucent a plongé de plus de 15 %. Plusieurs contreparties consenties par l’acquéreur finlandais lui ont en revanche permis de s’assurer de l’aval du gouvernement socialiste français à ce rachat. Le dossier était suivi de près à Paris, où le président François Hollande avait reçu mardi les dirigeants des deux groupes.

« Nous sommes favorables à tout ce qui peut constituer un leader mondial » mais à « deux conditions » : l’emploi qui doit être garanti en France et la recherche qui ne doit pas être simplement maintenue en France mais augmentée, a déclaré le président français mercredi lors d’une conférence de presse à Berne. « Nous avons eu tous les engagements de la part de Nokia », avait affirmé mardi le ministre de l’Économie, Emmanuel Macron, se félicitant de voir naître « un grand champion européen, à la fois des équipements et des technologies sur le téléphone mobile et le fixe ».

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