L’Ontario songerait à privatiser en partie Hydro One

En 2014, Hydro One a enregistré des revenus de 6,6 milliards et un bénéfice net de 750 millions.
Photo: Kevin Frayer La Presse canadienne En 2014, Hydro One a enregistré des revenus de 6,6 milliards et un bénéfice net de 750 millions.

Coincé entre un déficit important et l’intention ferme de rétablir l’équilibre budgétaire d’ici 2017-2018, le gouvernement de l’Ontario refuse de confirmer qu’il envisage sérieusement la privatisation partielle d’Hydro One, mais il n’exclut pas non plus ce scénario.

Se basant sur des sources souhaitant conserver l’anonymat, le Globe and Mail a secoué la capitale ontarienne mardi en écrivant que le gouvernement songe à offrir au marché une participation de 10 à 15 % dans Hydro One. Une telle opération, qui friserait le milliard, en ferait un appel public à l’épargne comme les marchés canadiens en voient rarement.

« Permettez-moi seulement de dire que nous n’avons pas pris de décision définitive à ce sujet », a dit la première ministre, Kathleen Wynne, lors d’un point de presse couvert par les médias torontois. « Il y a des conversations que je dois avoir avec Ed Clark, avec mon cabinet et avec mon caucus. »

Mme Wynne a aussi affirmé que les informations « sont sorties de façon prématurée » mais qu’advenant cette éventualité, le fruit d’une transaction serait consacré au budget des infrastructures de transport, et non à éponger le déficit. « Quoi que nous fassions, nous allons contrôler les prix et nous assurer que le régime réglementaire demeure en place. »

Ed Clark est un ancien président de la Banque TD qui a commencé l’an dernier à étudier les actifs du gouvernement et les diverses façons de regarnir les coffres de la province. La vente d’alcool (la LCBO) et Ontario Power Generation, qui produit l’électricité distribuée par Hydro One, ont également fait partie de l’examen.

M. Clark et ses collègues avaient suggéré de ne pas toucher à la vente d’alcool. « Nous avons envisagé une vente [du modèle LCBO]. Il y a manifestement de l’intérêt pour cette option, qui procure simplicité et génère un bénéfice financier important et unique. Cependant, nous avons eu de la difficulté avec l’idée de céder un monopole à un propriétaire privé », avait écrit le Conseil consultatif pour la gestion des biens provinciaux dans son rapport préliminaire de novembre 2014.

Le Comité a cependant évoqué l’idée de faire entrer du capital privé dans Hydro One et de diminuer la participation de l’État dans la distribution locale, très morcelée par endroits. L’ensemble des recettes potentielles était estimé entre 2 et 3 milliards.

En 2014, Hydro One a enregistré des revenus de 6,6 milliards et un bénéfice net de 750 millions. De cette somme, 290 millions ont été versés au gouvernement. En guise de comparaison, la LCBO a généré des ventes de 5 milliards en 2013-2015, cela se traduisant par un dividende de 1,74 milliard.

La vente d’actifs des gouvernements est un thème récurrent lorsque les finances publiques accusent un déficit. Au Québec, les experts Claude Montmarquette et Luc Godbout ont soulevé cette idée l’an dernier, mais le gouvernement Couillard n’y a pas encore donné suite. Hydro-Québec est un actif extrêmement précieux aux yeux du gouvernement dans la mesure où le dividende versé sur les revenus de 2014 a atteint 2,5 milliards, un record.

En ce qui concerne Hydro One, certains diront que Bay Street n’attend que ça : la mise en vente d’une société d’État ultra-rentable dans un domaine dont la clientèle est captive. D’autant plus que, pour les cabinets de services financiers, un appel public à l’épargne d’une telle ampleur représenterait des commissions alléchantes en raison du rôle qu’ils seraient appelés à jouer entre le gouvernement et les investisseurs.

Un des grands appels publics à l’épargne des dernières années a été celui de PrairieSky, filiale de redevances du géant énergétique Encana. L’opération avait permis à Encana d’amasser 1,5 milliard et, parallèlement, de conserver 60 % du contrôle de PrairieSky.

Le Globe a rappelé que l’Ontario avait tenté de privatiser Hydro One en 2002, mais que l’opération de 5 milliards, finalement annulée, était assortie de frais de courtage de 110 millions pour les sociétés financières.

2 commentaires
  • Robert Beauchamp - Abonné 11 mars 2015 09 h 07

    ...«dans un domaine dont la clientèle est captive...» Voilà le hic.Les citoyens devront payer davantage qui profitera aux siphonneux de fric.
    Robert. Beauchamp

  • Pierre Marcotte - Inscrit 11 mars 2015 13 h 57

    Quelle vision à court terme!

    Une rentrée d'argent est toujours la bienvenue pour un gouvernement, mais cela se contrepèse (ce mot existe-t-il?) avec une perte de revenus publics, qui se dirigeront dans les poches d'une compagnie privée. Dans le moyen et long terme, c'est un désastre.
    Les ti-z'amis libéraux québécois doivent saliver d'envie.