Syriza ébranle les colonnes du temple

Les membres du nouveau gouvernement d’Alexis Tsipras, qui posent devant le parlement grec, ont multiplié les annonces de nature à effrayer les marchés, qui n’ont pas tardé à réagir. Les banques, notamment, ont perdu le quart de leur valeur à la Bourse d’Athènes.
Photo: Louisa Gouliamaki Agence France-Presse Les membres du nouveau gouvernement d’Alexis Tsipras, qui posent devant le parlement grec, ont multiplié les annonces de nature à effrayer les marchés, qui n’ont pas tardé à réagir. Les banques, notamment, ont perdu le quart de leur valeur à la Bourse d’Athènes.

Un gouvernement Tsipras prêt à « verser son sang » pour les Grecs, a multiplié mercredi les annonces tirées du programme de Syriza, et contraires aux préconisations de la troïka, avec pour première conséquence une chute massive des banques à la Bourse.

L’indice général de la Bourse d’Athènes a ainsi perdu 9,2 % mercredi, dont les banques un quart de leur valeur (-26,7 %), tandis que l’obligation grecque à 10 ans est repassée au-dessus de 10 %.

M. Tsipras comme son ministre des Finances, Yanis Varoufakis, ont soufflé le chaud et le froid, le premier en installant le conseil des ministres pour la première fois, le second lors de sa passation de pouvoir avec son prédécesseur conservateur, Guikas Hardouvelis.

Toujours sans cravate, comme la majorité des ministres de ce gouvernement issu de la gauche radicale, mais grave, M. Tsipras a déclaré en ouvrant le premier conseil des ministres qu’il s’estimait à la tête d’un gouvernement « de salut national », prêt à « verser son sang » pour restaurer « la dignité des Grecs ».

Cette perte de « dignité » a régulièrement été imputée par Syriza aux contraintes imposées à la Grèce depuis l’entrée en vigueur des programmes d’aide, en 2010, et dont le nouveau gouvernement prétend s’affranchir, tout comme il exige une renégociation de la dette du pays.

M. Tsipras a d’emblée évoqué parmi les priorités, une « nouvelle renégociation avec nos partenaires pour trouver une solution juste, viable et mutuellement utile ». Il a assuré vouloir à la fois éviter « une rupture désastreuse réciproque » avec les partenaires de la Grèce et mettre fin à « la politique de soumission » du pays.

M. Varoufakis pour sa part a réaffirmé que son pays allait « tourner la page de la politique d’austérité », mais « ne voulait pas de duels » entre la Grèce et l’Europe : au contraire, « une nouvelle relation de confiance et de sincérité ».

Mais toute la journée, au fur et à mesure des discours de passation de pouvoir, les ministres ont multiplié des annonces qui n’étaient pas faites pour rendre l’UE très confiante, faisant état chacun son tour de l’intention de mettre en oeuvre un catalogue de mesures préconisées par Syriza.

La première a été l’arrêt de la privatisation prévue du port du Pirée et de celui de Thessalonique, ou de la compagnie d’électricité DEI ; mais ont suivi dans la journée la hausse du salaire minimum, la réintégration de plusieurs milliers de fonctionnaires, le relèvement des pensions des retraités les plus pauvres…

Symboliquement, le gouvernement a aussi annoncé la réintégration des femmes de ménage de l’administration des Finances du pays, mises en disponibilité il y a un an et demi et qui, depuis, avaient installé un campement devant le ministère à Athènes, devenant la mascotte des « anti-austérité ».

Autant d’annonces de nature à indisposer les experts de la troïka (BCE, UE, FMI), au moment où l’UE doit justement verser fin février à la Grèce les sept derniers milliards de son plan d’aide, mais à la condition expresse que les réformes en cours aient abouti et que la Grèce observe un régime budgétaire strict.

Les marchés perdent pied

Or ni M. Tsipras ni son ministre des Finances n’ont paru mercredi accorder la moindre importance à l’échéance de février. En conséquence, les marchés ont perdu pied : l’obligation à dix ans de la Grèce est repassée au-dessus de 10 %, et les banques se sont effondrées, la Banque nationale de Grèce cédant 25,5 %, la Banque du Pirée 29,3 %, Eurobank 25,9 % et Alpha 26,8 %.

Elles sont déjà fragilisées par des retraits, opérés ces dernières semaines à hauteur de 11 milliards d’euros en janvier après 3 milliards d’euros en décembre — selon des données révélées par l’agence Bloomberg News — par des épargnants inquiets de l’arrivée de Syriza, et ont dû faire un recours de précaution la semaine dernière au programme de liquidités d’urgence prévu par la BCE.

Les investisseurs ont sans doute été effrayés aussi par la mise en garde sans nuance formulée la veille par Joachim Nagel, membre de la Banque centrale allemande : il avait averti, en cas d’arrêt du programme d’aide de l’UE, de possibles « conséquences fatales pour le système financier grec ».

Menace de décote

Dans la foulée, l’agence de notation Standard & Poor’s a menacé mercredi d’abaisser la note de la Grèce, actuellement à B, en passant de « stable » à « négative » la perspective de cette note en raison notamment de l’incertitude politique actuelle. « Certaines des politiques économiques et budgétaires promues par le nouveau gouvernement récemment élu en Grèce, mené par le parti de gauche Syriza, sont incompatibles avec le cadre politique négocié entre le précédent gouvernement et les créanciers officiels » du pays, justifie l’agence dans un communiqué.

Pour S&P, les incertitudes passées concernant l’appartenance de la Grèce à la zone euro, l’incapacité du pays à mettre en oeuvre de façon continue des réformes structurelles, ou la courte durée de vie des gouvernements « semblent avoir pesé sur la confiance, et par conséquent sur l’investissement, qui a plus que diminué par deux en passant à 11 % du PIB en 2014 contre 24 % du PIB en 2008 ».

La promesse du nouveau gouvernement de tenter d’augmenter l’investissement public et de relier plus étroitement les conditions du remboursement de la dette à la croissance est « constructive ». La volonté affichée par Syriza de lutter contre la corruption, de renforcer le système judiciaire et d’améliorer la collecte des impôts pourrait aussi jouer en faveur d’Athènes dans ses négociations avec ses créditeurs, estime S&P.

L’agence continue d’ailleurs de penser que « les négociateurs atteindront un consensus sur les termes et conditions de financement supplémentaire, en particulier au vue de l’intérêt pour la Grèce et ses créanciers de la zone euro à ce que le pays ne fasse pas défaut ».

À l’inverse, si les discussions n’aboutissaient pas, cela « pourrait affecter les perspectives de reprise économique de la Grèce et sa performance budgétaire, tout en augmentant les risques sur la stabilité financière de son système bancaire ».