L’industrie touristique réagit prudemment au rapprochement

Il est encore loin le jour où les Américains pourront s’étendre sur les plages cubaines sans autre restriction. Dans l’industrie touristique, on accueillait favorablement le rapprochement entre les États-Unis et Cuba, mais on se refusait à tout emballement prématuré.

Il y a loin de la coupe aux lèvres. D’ailleurs, mercredi, des parlementaires venant tant du camp démocrate que du camp républicain, mais partisans de l’isolement du régime cubain, ont déploré la décision du président Barack Obama d’engager une normalisation des relations avec Cuba. Ils promettaient un Congrès américain résistant à la levée de l’embargo réclamée par le président américain.

En Bourse, les investisseurs saluaient d’entrée de jeu un « rapprochement historique » en s’emparant des actions des compagnies de croisières américaines. En mi-séance à Wall Street, le titre du premier groupe mondial de croisières, Carnival Corporation, prenait 3,5 %. L’action de Norwegian Cruise Line Holdings avançait de 4,7 % tandis que l’armateur Royal Caribbean Cruises prenait 6,6 %.

Mais au-delà de cette réaction initiale, il fallait retenir que le mouvement vers une normalisation des relations diplomatiques et commerciales entre les deux pays demeurait encore limité du point de vue touristique. Ainsi, les voyages touristiques indépendants vers Cuba resteront interdits, bien que les Américains soient aujourd’hui déjà capables de se rendre à Cuba via des visites organisées, en passant par des agences habilitées par le gouvernement américain. Ils ont été 170 000 à être autorisés à se rendre à Cuba l’an dernier.

Le gouvernement Obama voudrait toutefois lever dans les prochaines semaines les restrictions de voyage vers Cuba pour les 12 catégories de voyageurs qui sont actuellement autorisées sous conditions, dont les visites familiales, les journalistes, les chercheurs, les activités d’éducation, religieuses, sportives, humanitaires, l’exportation ou l’importation de matériels d’information.

Attentisme chez Sunwing

De ce côté-ci, Sam Char, directeur exécutif pour le Québec du Groupe de voyage Sunwing, a refusé tout enthousiasme prématuré. « Nous allons suivre l’évolution de ce rapprochement de près », a-t-il dit.

Sunwing est devenu en 2013 le plus important voyagiste au monde à Cuba, et ce, tant pour les nuitées que pour le nombre de passagers. Récemment, le deuxième voyagiste intégré au Canada rappelait au Devoir son incursion hôtelière allant en s’accélérant, avec aujourd’hui un portefeuille de 10 000 chambres, après que 2000 nouvelles chambres se furent greffées à son offre cubaine au cours des dernières semaines.

S’ajoute l’acquisition, en décembre 2011, du voyagiste américain Vacation Express. Solidement ancré aux États-Unis, Vacation Express était présenté comme l’un des trois plus importants voyagistes américains.

Dans un communiqué diffusé mercredi, Sunwing soulignait qu’il était bien positionné pour bénéficier des changements potentiels découlant d’une éventuelle levée de l’embargo sur le tourisme entre les États-Unis et Cuba. Outre Vacation Express, son exposition au marché cubain comprend 11 centres de villégiature cumulant 6000 chambres. « On peut prévoir un fort engouement des Américains pour Cuba si l’embargo est levé. Un accroissement de la demande venant de ce nouveau marché aurait un impact sur l’offre faite aux voyageurs canadiens sous forme de réduction des disponibilités, notamment sur le marché des réservations de dernière minute. » Il pourrait alors y avoir rareté de chambres disponibles, peut-on lire dans le communiqué de Sunwing.