HP sera scindée en deux entités

Des piétons marchent devant le siège social de Hewlett-Packard, à Palo Alto, en Californie.
Photo: Justin Sullivan Agence France-Presse Des piétons marchent devant le siège social de Hewlett-Packard, à Palo Alto, en Californie.

Après près de trois ans de restructuration pour tenter de réagir à la crise du PC, le groupe informatique américain Hewlett- Packard (HP) a finalement décidé de séparer cette activité historique des plus prometteurs services aux entreprises.

HP a annoncé lundi son intention de se scinder en deux sociétés : le matériel informatique (PC et imprimantes) d’un côté, les services de l’autre. « Notre travail des trois dernières années a considérablement renforcé nos principales activités, à un point qui nous permet d’être plus agressif pour saisir les occasions offertes par un marché qui change rapidement », a commenté la p.-d.g. du groupe, Meg Whitman.

Fondé avant la Deuxième Guerre mondiale dans un garage de Palo Alto (Californie) par William Hewlett et Dave Packard, HP est aujourd’hui l’un des plus gros fabricants mondiaux de PC, même s’il s’est récemment fait évincer de la première place par le groupe chinois Lenovo. Le marché du PC a toutefois été bouleversé ces dernières années par l’émergence des tablettes informatiques et des téléphones intelligents, qui cannibalisent les ventes d’ordinateurs traditionnels, et HP n’a pas échappé à cette crise.

Le prédécesseur de Mme Whitman, Leo Apotheker, avait déjà envisagé la cession des PC juste avant de passer la main en 2011, mais l’une des premières décisions de l’actuelle p.-d.g. avait été d’abandonner le projet. À la place, Mme Whitman avait engagé une intense restructuration, passant notamment par des dizaines de milliers de suppressions d’emplois. Déjà 36 000 personnes ont quitté HP depuis 2012 et le groupe a encore relevé lundi son objectif final, disant vouloir arriver désormais à 55 000 postes au total, contre jusqu’à 50 000 visés jusqu’ici.

Les grands noms du PC au pied du mur

Cette scission est une nouvelle illustration des efforts des grands acteurs américains du marché des PC pour tenter de s’adapter à la crise provoquée par l’essor du mobile. Dans le sillage de la sortie du premier iPad d’Apple au printemps 2010 et du boom des tablettes qui a suivi, le marché des ordinateurs personnels connaît depuis trois ans de graves turbulences.

L’année 2013 reste jusqu’ici la plus noire, avec une chute de 10 % des ventes mondiales de PC, selon le cabinet de recherche IDC. Elles avaient toutefois déjà reculé d’environ 4 % en 2012, la première baisse depuis onze ans et l’explosion de la bulle Internet. Et les « signes de stabilisation » évoqués par plusieurs acteurs du secteur depuis quelques trimestres ne devraient pas empêcher un nouveau déclin cette année : IDC tablait fin août sur -3,7 %.

La crise se ressent tant sur les fabricants d’ordinateurs que sur ceux de produits historiquement associés au PC, qu’il s’agisse des puces d’Intel ou des logiciels de Microsoft. Elle survient aussi dans un contexte de renouvellement des dirigeants de ces entreprises, qu’il s’agisse de Meg Whitman arrivée fin 2011 chez HP, Brian Krzanich depuis l’an passé chez Intel ou Satya Nadella cette année chez Microsoft.

Au-delà des retombées financières, la crise a provoqué des coupes importantes dans les effectifs des poids lourds du secteur technologique américain. Microsoft a également annoncé en juillet le plus gros plan social de son histoire : 18 000 emplois seront touchés.

Au niveau stratégique, le choix se partage entre un recentrage sur les services aux entreprises, en particuliers ceux dématérialisés en ligne (« cloud »), et des efforts pour rester pertinent à l’heure du mobile.

La direction des services a été prise depuis longtemps par « l’inventeur » du PC, IBM, qui avait été l’un des premiers à lâcher cette activité en la revendant dès 2005 à Lenovo. Le groupe chinois, qui s’impose par ailleurs de plus en plus sur le marché des téléphones intelligents, est l’un des rares fabricants de PC à avoir vu progresser sa part de marché ces dernières années, ce qui lui a permis récemment de détrôner HP de la première place mondiale.

Mettre l’accent sur les services est aussi la philosophie de l’autre grand fabricant américain de PC, Dell, qui pour opérer cette transition loin des pressions du marché a quitté la Bourse de New York l’an passé.

Cela ne veut pas dire que tous ces groupes ont abandonné l’espoir de rattraper leur retard dans le mobile. Intel s’efforce par exemple de produire de nouvelles puces plus petites et plus économes en énergie, mieux adaptées à de petits appareils portables comme les téléphones intelligents. Son patron, Brian Krzanich, affiche parallèlement son ambition de ne pas rater le prochain train, celui des objets et accessoires vestimentaires connectés, dans lesquels beaucoup d’analystes voient le prochain moteur de croissance pour le secteur technologique.

Microsoft pour sa part tente de jouer sur les deux tableaux : « le cloud et le mobile en priorité », martèle depuis son arrivée Satya Nadella. Cela paye dans le cloud, moins dans le mobile : Windows 8, censé « réinventer » le système d’exploitation vedette du groupe pour l’adapter aux écrans tactiles, n’a pas eu le succès escompté depuis son lancement fin 2012.

Les consommateurs et les entreprises n’ont pas non plus vraiment plébiscité jusqu’ici les appareils convertibles, mi-ordinateurs portables et mi-tablettes, avec lesquels les acteurs traditionnels espéraient se relancer. Et rien ne dit que la prochaine version de Windows, annoncée pour l’an prochain, les convaincra enfin d’acheter un nouvel ordinateur.