La route des vacances est très achalandée

Colin Hunter
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Colin Hunter

Vacances Sunquest veut se servir des aéroports-frontières américains comme plaque tournante vers le Sud ; Air Canada rouge amorce son premier hiver à titre de transporteur à bas coûts… Les offensives ne cessent de se multiplier dans une industrie hautement compétitive, caractérisée par ses faibles marges bénéficiaires. Mais Colin Hunter ne déroge pas à son modèle d’affaires, et Sunwing cumule les profits année après année depuis ses débuts, il y a 11 ans au Canada, 7 ans au Québec. « Nous sommes une entreprise familiale, sans actionnaires extérieurs à satisfaire. Et nous nous concentrons sur ce que nous savons faire le mieux », résume le fondateur et président du conseil du Groupe de voyages de Sunwing.

 

Invité à commenter l’annonce de Vacances Sunquest d’amener les Canadiens vers le Sud en passant par les aéroports-frontières américains, Colin Hunter hausse les épaules. « Ça reste un marché limité. Pour la plupart, les voyageurs préfèrent aller directement du point A au point B. Il y a un coût à tout et leur temps est précieux. Faire des heures de route et traverser la frontière en voiture, l’hiver, avec sa famille pour prendre un vol aux États-Unis avec escale vers le Sud, cela ne vaut pas la soi-disant économie. » Sunquest ramène tout de même dans l’actualité une réalité de l’industrie aérienne au Canada, à savoir la lourdeur du fardeau des taxes et surtaxes ajoutées au prix du billet, et les frais aéroportuaires élevés ici. « Oui, c’est une réalité, mais cela ne repose pas entre nos mains. Je laisse cela au gouvernement fédéral. »

 

Celui qui cumule plus de 40 ans d’expérience dans l’industrie du voyage rappelle que le modèle d’affaires de Sunwing repose sur un déploiement des routes à partir des grandes villes canadiennes, comprenant la desserte d’aéroports régionaux. « Nous proposons directement 32 destinations en partance de 33 villes canadiennes », souligne-t-il. « Au Québec, nous offrons des vols à partir de cinq aéroports, ajoute Sam Char, directeur exécutif pour le Québec. Et nous connaissons du succès. »

 

Quant à la présence d’Air Canada rouge sur le marché cet hiver, à titre de transporteur à faibles coûts regroupés au sein d’un nouveau voyagiste intégré, « il reprend des capacités transférées par Air Canada, et s’active sur des routes auparavant desservies par Air Canada. Et le service à bord est payant, énumère Colin Hunter. Peut-être y aura-t-il une pression à la baisse sur les prix ; peut-être, aussi, rouge va-t-il stimuler le marché. Mais je ne m’attends à rien de désespéré. De toute façon, nous ne recherchons pas que les parts \de marché. Lorsqu’un prix de dernière minute est offert, si nous ne pouvons le coiffer avec profit, nous laissons passer. »

 

Numéro 1 vers le Sud

 

Colin Hunter insiste sur la souplesse de l’entreprise qu’il a fondée il y a 11 ans, devenue deuxième voyagiste intégré selon le chiffre d’affaires et qui revendique aujourd’hui le premier rang au Canada en matière de passagers transportés vers les destinations soleil. « Nous maintenons des coefficients d’occupation dans la fourchette supérieure au-dessus des 90 %, touchant le 100 % à maintes reprises. » L’an dernier, Sunwing a fait voyager près de 1,4 million de passagers au Canada et près de 500 000 au Québec. La capacité offerte au Québec durant l’hiver 2012-2013 a atteint grosso modo 400 000 sièges, comprenant Ottawa, 500 000 sièges en y greffant la période estivale. Pour l’hiver 2013-2014, Sunwing prévoit de déployer une flotte de 32 appareils, dont 11 gérés par l’équipe québécoise, soit 7 à Montréal, 2 à Québec et 2 à Ottawa. La hausse projetée de la capacité sera de l’ordre de 10 %, estime Colin Hunter. « Mais au final, c’est la réaction du marché qui l’emporte. Nous avons cette flexibilité d’ajuster notre flotte selon la demande. »

 

Et Sunwing sera une nouvelle fois rentable. Les règles du marché boursier étant ce qu’elles sont, Colin Hunter ne peut devancer le dévoilement des résultats financiers de son partenaire britannique TUI Travel PLC, attendu dans quelques semaines. TUI, qui détient une participation de 49 % dans Sunwing, doit dévoiler en décembre ses résultats annuels, y compris la performance de ses activités au Canada.

 

Incursion dans l’immobilier

 

« Nous sommes rentables année après année. Il s’agit d’une performance qui relève de la « success story » réalisée dans une industrie particulièrement difficile, a martelé Sam Char. Cela n’est pas étranger au caractère familial de l’entreprise, à l’expertise de son fondateur et à la qualité de la relève. »

 

Contrôle serré des coûts, mais également exigence de rentabilité pour chacun des maillons du voyagiste intégré composent le menu. S’ajoute, depuis peu, une incursion plutôt spectaculaire dans l’hôtellerie, là où les marges bénéficiaires sont plus élevées. Sunwing est aujourd’hui propriétaire de 8000 chambres dans les destinations soleil regroupées sous la marque Blue Diamond et comprenant les enseignes Royalton et Memories. Tout cela en deux ans seulement !

 

Et pas question de tenter l’aventure européenne. « Nous nous en tenons à notre formule gagnante et à ce que nous savons le mieux faire. Desservir l’Europe, avec nos appareils, c’est une tout autre logique d’affaires. On ne parle plus des mêmes coûts, de la même logistique. L’aventure peut vite se transformer en un bain de sang », illustre Colin Hunter. Sunwing peut, de toute manière, s’en remettre à son partenaire britannique, à sa force de frappe et à ses économies d’échelle. TUI est invitée à soutenir le développement hôtelier de Sunwing, notamment pour la saison estivale, où les destinations vers le Sud sont particulièrement prisées des Européens. Et l’on préfère développer aux États-Unis en mettant à contribution Vacation Express, un voyagiste acquis en décembre 2011.

 

Colin Hunter doit quitter l’entrevue. Il est attendu au théâtre Rialto, où le crooner se produisait vendredi en soirée devant plus de 400 personnes dans le cadre d’un spectacle avec band et danseurs. Dans sa vie parallèle, celle de « show-businessman », il en est à son neuvième CD. Il multiplie les représentations, à Québec, à Chicoutimi, à Montréal. Il doit terminer sa saison musicale à la Place des Arts, devant 4000 spectateurs, puis au Palais Montcalm, à Québec. Avant de négocier une éventuelle participation au Festival de jazz en France.

 

En clair, Colin Hunter s’amuse.