Convaincre les consommateurs

Steve Balmer, grand patron de Microsoft, et Risto Siilasmaa, président du conseil d’administration de Nokia, au moment de sceller leur entente.
Photo: Agence France-Presse (photo) Sari Gustafsson Steve Balmer, grand patron de Microsoft, et Risto Siilasmaa, président du conseil d’administration de Nokia, au moment de sceller leur entente.

Microsoft doit rattraper son retard dans le nerf de la guerre des appareils mobiles, à savoir les contenus et applications.

 

Le marché des téléphones intelligents et celui des tablettes électroniques sont désormais essentiels car les consommateurs en font de plus en plus le centre de leur vie informatique, au détriment des ordinateurs personnels (PC) sur lesquels Microsoft a bâti son succès.

 

David Cearley, analyste du cabinet de recherche spécialisé Gartner, souligne que ce rachat est une façon pour Microsoft de s’assurer de l’avenir des téléphones Nokia, avec qui le groupe de Seattle a noué un partenariat en 2011 et qui fabrique « 80 % des téléphones sous système d’exploitation Windows ».

 

L’analyste estime que le rapprochement avec le fabricant finlandais va permettre de «dynamiser l’innovation» chez Microsoft, même si, comme le remarque la banque Barclays dans une note, «on attend encore de voir Microsoft proposer un appareil mobile convaincant qui attire les consommateurs, la tablette Surface en étant le contre-exemple».

 

La part de marché de la Surface est minime et le manque de succès du produit a amené Microsoft à abaisser fortement son prix de vente, ce qui s’est traduit par une humiliante charge de dépréciation de près d’un milliard de dollars.

 

« Nokia comme Microsoft ont été lents à comprendre l’importance du marché des téléphones intelligents » mais « la course est loin d’être finie », affirme M. Cearley, selon qui le téléphone Lumia Windows de Nokia ou la Surface sont des appareils « solides ».

 

Il constate toutefois que la bataille du marché des appareils mobiles se joue plus sur les contenus que sur la qualité des téléphones elle-même : « C’est celui qui offre la plateforme la plus riche qui gagne ».

 

« Le problème de la Surface et de Windows pour mobiles est que tout l’environnement a jusque-là été faible », avec trop peu d’applications disponibles notamment, ajoute-t-il.

 

Microsoft, qui ne représente que 5 % du marché des téléphones intelligents, vise 15 % d’un secteur estimé à 1,7 milliard d’unités.

 

Il doit donc pour cela « mieux courtiser les développeurs d’applications », au besoin en les payant pour les convaincre de travailler sur l’offre pour son écosystème et non pas seulement sur celui des deux chefs de file, Apple et Google Android, note M. Cearley.

 

Jack Gold, analyste de J. Gold Associates, craint pour sa part qu’en intégrant Nokia, Microsoft « ne s’aliène les autres fabricants, non seulement dans les téléphones intelligents mais aussi dans les tablettes » électroniques.

 

Trip Chowdhry, analyste de Global Equities Research, est encore plus catégorique : « les gagnants du marché des téléphones intelligents sont déjà déclarés, avec 95 % du marché qui va rester aux mains de Google Android et Apple ».

 

Autre retard à rattraper pour Microsoft, dans ce qui était jusqu’à il y a peu une de ses cartes maîtresses : sa suite de logiciels de bureautique Office.

 

« C’est probablement le principal échec de Microsoft dans la mobilité à ce jour : il n’a pas réussi à développer une application d’Office optimisée pour les appareils mobiles », observe M. Cearley.

 

Maintenant que Nokia est dans le giron de Microsoft, beaucoup d’espoirs se portent sur Stephen Elop, directeur général du fabricant finlandais, un ex-dirigeant de Microsoft qui fait désormais figure de favori pour succéder à M. Ballmer.

 

« Microsoft va continuer à étudier des candidats extérieurs et intérieurs, Stephen devient donc l’un des candidats internes et c’est lui probablement qui est en tête de la course », conclut David Cearley.