Droit du travail - Au tour de l’Europe de mettre de la pression sur le Bangladesh

La ministre des Affaires étrangères du Bangladesh, Dipu Moni, aux côtés du commissaire européen au commerce, Karel De Gucht.
Photo: Agence France-Presse (photo) Fabrice Coffrini La ministre des Affaires étrangères du Bangladesh, Dipu Moni, aux côtés du commissaire européen au commerce, Karel De Gucht.

Genève — L’Union européenne, maniant menaces et proposition d’aide, a appelé lundi le gouvernement du Bangladesh à faire évoluer son droit du travail pour éviter la répétition de drames avec les travailleurs de l’industrie textile dans une réunion qu’elle a organisée à Genève.


La réunion conduite par le Commissaire européen au Commerce, Karel De Gucht a rassemblé le Directeur général de l’OIT (Organisation Internationale du Travail) Guy Ryder, la ministre des Affaires étrangères du Bangladesh, Dipu Moni, des représentants syndicaux et des entrepreneurs, producteurs et importateurs.


« Le gouvernement vise à avoir une industrie textile robuste, où les droits des travailleurs sont respectés, où ils travaillent dans un environnement sûr et sans danger, avec des conditions de travail décentes », a assuré la ministre devant les journalistes. Elle a accepté une proposition de l’UE pour améliorer les conditions de travail et la sécurité, demandant notamment de garantir les droits syndicaux et une augmentation du nombre d’inspecteurs du travail qui devraient augmenter de 200 d’ici la fin de l’année, pour arriver à un total de 800 inspecteurs.


L’accord avec la participation de l’OIT vise à éviter la tragédie du mois de mai qui avait fait plus de 1100 tués dans l’effondrement d’un immeuble abritant plusieurs entreprises. «Ce qui s’est passé est tout simplement inacceptable et nous devons changer rapidement la situation », a souligné le Commissaire européen. Il a averti que si le Bangladesh ne respecte pas ses engagements, l’UE pourrait revoir l’exemption de droits de douane dont bénéficient les importations de textiles du pays, alors que l’Union Européenne absorbe 90 % de ces exportations qui font vivre 2,5 millions de travailleurs.


Le mois dernier les États Unis ont supprimé certains privilèges pour ce pays en estimant que le Bangladesh n’avait pas amélioré la situation. Toutefois ils ne concernaient pas l’industrie textile qui a été épargnée.


Des grandes marques textiles européennes se sont aussi engagées lundi à financer des travaux de sécurité dans les entreprises auxquelles elles ont recours et à faciliter les inspections.


L’effondrement du Rana Plaza, un immeuble de neuf étages à Savar, le 24 avril dans la banlieue de Dacca, est la pire tragédie industrielle du pays, le deuxième exportateur au monde de vêtements. Le bâtiment abritait cinq ateliers de confection et employait plus de 3500 ouvriers parfois payés moins de 40 dollars par mois. L’accident a fait 1127 morts.


Dans l’intervalle, un groupe constitué principalement de fabricants et détaillants de vêtements européens a indiqué lundi prévoir inspecter au cours des neuf prochains mois les centres de production au Bangladesh qui oeuvrent pour ces compagnies. Le groupe a aussi mentionné que des travaux de rénovations seraient effectués aux installations présentant les plus importants risques pour la sécurité. Le groupe de 70 entreprises comprend le détaillant suédois H M, le fabricant italien Benetton et le détaillant français Carrefour.


Selon les termes de l’accord entre les compagnies, celles-ci doivent payer les coûts administratifs des inspections, de la formation et d’autres programmes. Et elles sont aussi responsables de s’assurer que « des fonds suffisants sont disponibles pour payer des rénovations et d’autres améliorations à la sécurité ».


Les détails de l’entente sur cinq ans ayant force obligatoire émanent de négociations avec des groupes de défense des droits des travailleurs et d’autres organisations. Le plan, annoncé à la mi-mai, comptait initialement environ 30 entreprises signataires.