Banque du Canada - Conseils d’un gouverneur à son pays

Mark Carney : « Nous avons la chance au Canada et au Québec de ne pas encore avoir à réparer l’économie. C’est une occasion presque unique parmi les pays avancés, il faut en profiter pour agir. »
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Mark Carney : « Nous avons la chance au Canada et au Québec de ne pas encore avoir à réparer l’économie. C’est une occasion presque unique parmi les pays avancés, il faut en profiter pour agir. »

Le Canada devrait profiter du fait qu’il s’est bien sorti de la Grande Récession pour redoubler d’efforts dans sa préparation à la nouvelle économie mondiale, a déclaré Mark Carney lors de sa dernière sortie publique à titre de gouverneur de la Banque du Canada.


Le banquier central, qui mettra bientôt les voiles vers l’Europe pour prendre les rênes de la banque centrale de l’Angleterre, ne croit pas que le Canada fasse encore le maximum, notamment, pour aider le déplacement nécessaire de sa croissance économique de la consommation des ménages et des dépenses publiques vers les exportations nettes et les investissements des entreprises. « Il est vrai que d’immenses incertitudes planent sur l’économie mondiale, mais nous devons concentrer nos efforts sur ce que nous pouvons maîtriser. Nous ne pouvons pas sauver l’euro, ni régler les problèmes budgétaires aux États-Unis » et l’on ne peut pas, non plus, « se contenter d’attendre dix ans que le reste [des pays] du G7 mène à terme le processus de réduction des leviers d’endettement », a-t-il plaidé, mardi, devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.


Il a salué la tenue de négociations de libre-échange entre autres avec l’Europe, mais aussi l’Inde et les pays du Partenariat transpacifique. Les économies émergentes sont « essentielles si le Canada veut solidifier ses positions au sein de la chaîne d’approvisionnement mondiale ». Il a appelé à « investir en permanence dans notre main-d’oeuvre ». Il a aussi souhaité, en point de presse par la suite, qu’on en fasse plus en matière de flexibilité du marché du travail et de commercialisation des innovations.


« Nous avons la chance, au Canada et au Québec, de ne pas encore avoir à réparer l’économie, a-t-il répété. C’est une occasion presque unique parmi les pays avancés, il faut en profiter pour agir. […] Le Canada est sorti de la crise relativement plus fort que les autres, mais il se retrouve aussi dans une économie mondiale qui sera plus dure. »

 

Je vais à Londres


L’événement de mardi devait être le dernier discours public de Mark Carney avant qu’il ne passe la main à son successeur, le président et chef de la direction d’Exportation et développement Canada (EDC), Stephen Poloz, le 3 juin. Il succédera lui-même, un mois plus tard, à un autre banquier central, Mervyn King, gouverneur de la Banque d’Angleterre, celui-là.


Choisi gouverneur à seulement 42 ans, après une fulgurante carrière au gouvernement et dans la haute finance privée, Mark Carney est arrivé en poste en 2008 en même temps que la crise financière se révélait dans toute son horreur. « Ce que j’en retiens, c’est que cela a été très intense, pendant très longtemps », a-t-il dit aux journalistes. Il a préféré laisser à d’autres le soin de dresser le bilan de ses cinq années passées au poste de gouverneur de la banque centrale canadienne. Répondant à ceux qui aiment bien le présenter comme la rock star des banquiers centraux, il a rappelé que tout était le fruit d’un travail d’équipe « au sein de la Banque du Canada, ainsi qu’entre les différentes banques centrales des pays ».


Aussi président du Conseil de stabilité financière du G20, il a estimé que le resserrement des règles financières entrepris à la suite de la faillite de Lehman Brothers contribuera à rendre le secteur plus sûr. « Je n’exagérais pas notre degré de protection, mais il est vrai, par exemple, que la quantité et la qualité des actifs des établissements financiers seront relevées. »

 

L’union monétaire canadienne


Dans son discours, il est longuement revenu sur les facteurs qui ont contribué au fait que l’économie et l’emploi au Canada ont, depuis longtemps, repris leur expansion, contrairement à tant d’autres pays développés. Outre la bonne santé de ses finances publiques et sa gestion prudente du secteur financier, le Canada a le grand avantage d’avoir « une union monétaire qui fonctionne », a-t-il dit.


Cela se remarque, entre autres, par l’intégration de son économie, qui a, par exemple, permis au Québec de voir le recul de ses exportations internationales « compensé dans une large mesure » par la demande accrue provenant des autres provinces. Cela se voit aussi par une mobilité interprovinciale de la main-d’oeuvre équivalente à celle entre les États américains et quatre fois plus ample qu’entre les pays de l’Union européenne. Cela vient également de la péréquation et des autres régimes d’assurance-emploi qui permettent une certaine forme de repartage de la richesse entre les provinces. « À moyen terme, a suggéré Mark Carney, l’une des composantes du fédéralisme budgétaire européen pourrait être un régime d’assurance-emploi paneuropéen fondé sur un marché du travail commun. »

 

Dernier tour de piste


Mark Carney présidera pour la dernière fois, mardi prochain, à la fixation du taux directeur de la Banque du Canada. Si personne ne s’attend à ce que le loyer de l’argent n’y soit changé, le gouverneur a fait savoir qu’on observera, à tout le moins, que « les dernières données sur l’économie canadienne sont meilleures » que la Banque du Canada ne le prévoyait encore en avril.

1 commentaire
  • Marc Stringer - Inscrit 22 mai 2013 13 h 51

    Économie?

    Avec le nouveau gouverneur de la banque du Canada qui veut un dollar faible pour favoriser l'exportation, on peut difficilement parler d'économie. Oui, une devise faible bénéficie au exportateur mais déstabilise notre économie. On oublie trop facilement que nos produits de consommation sont majoritairement importés ( fruits & légumes durant la saison froide, vêtement, véhicule...etc).

    Que dire de l'essence qui se négocie en dollar US; on la paye déjà suffisament cher avec les taxes. Toute ça pour dire que l'inflation va monter en flèche et que le conribuable va se faire manger la laine sur le dos encore une fois.